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St. Catharines consultera les travailleurs migrants sur les transports après un décès

Une cérémonie dans un champ en mémoire de Fermin Soto Sanchez.

Des dizaines de personnes se sont réunies à St. Catharines en mémoire de Fermin Soto Sanchez, un travailleur migrant qui est mort renversé par un VUS en juin.

Photo : Karrie Porter

RCI

Lorsque la travailleuse agricole Blanca Islas Perez a appris la mort de son compatriote mexicain Fermin Soto Sanchez, renversé en juin par une voiture à St. Catharines, en Ontario, elle a replongé dans de sombres souvenirs remontant aux années 1990.

C'est à cette époque que son mari est mort dans des circonstances nébuleuses et qu'elle est devenue une travailleuse migrante, comme lui, pour subvenir aux besoins de sa famille.

Bouleversée par cette nouvelle tragédie, Blanca Islas Perez se demande ce qu’il adviendra désormais de la famille de M. Soto Sanchez au Mexique, notamment financièrement.

Blanca Islas Perez entourée de travailleuses migrantes au visage flouté, dans un champ.

Blanca Islas Perez (avec la pancarte) est originaire de Tlaxcala, au Mexique, et vient au Canada pour travailler depuis 20 ans.

Photo : Luisa Ortiz-Garza / Migrant Workers Alliance for Change

Mme Islas Perez fait partie des 4000 travailleurs saisonniers de la région qui forment l'épine dorsale de l'industrie agricole du Niagara qui vaut un milliard de dollars. Mais leur voix continue d'être exclue des politiques et de la planification urbaine, dénonce Karrie Porter, conseillère municipale de St. Catharines.

Lundi, le conseil municipal a adopté une motion qu’elle a présentée pour consulter les travailleurs migrants sur les initiatives les concernant, comme le prochain plan directeur pour le transport actif.

Mme Porter a eu l’idée de cette proposition après avoir appris avec émotion la mort de Soto Sanchez, renversé par un véhicule utilitaire sport le 13 juin alors qu'il marchait au bord de la route avec deux amis, eux aussi mexicains.

Les travailleurs migrants utilisent généralement des vélos, ils marchent, ils utilisent le transport en commun, mais ils ont été historiquement exclus des droits, dénonce la conseillère municipale.

Ils vivent ici huit mois par an et devraient avoir les mêmes droits que tout le monde. Cela inclut le droit de s'exprimer lors des réunions du conseil et d'être consultés sur les questions municipales et régionales qui les concernent.
Une citation de Karrie Porter, conseillère municipale de St. Catharines

Pour Blanca Islas Perez, cette motion constitue un pas dans la bonne direction. Mais il faut que ce soit fait, et pas seulement des promesses, nuance-t-elle. Que ce soit une réalité, qu'il y ait une protection, une sécurité pour tous.

Peur des représailles

La conseillère municipale a reconnu que la région était très en retard en ce qui a trait aux infrastructures cyclistes et piétonnes, ce que confirme l’expérience de Mme Islas Perez qui ne se sent pas à l’aise de circuler à pied ou à vélo dans les rues de St. Catharines, surtout après ce qui est arrivé à son compatriote, dit-elle.

Aujourd'hui, à deux ans de la retraite, la travailleuse agricole ose s’exprimer librement et demande à ce que la justice soit appliquée pour tous et aussi que ses collègues saisonniers puissent bénéficier de transports et de trottoirs sécuritaires ainsi que du statut de résident permanent.

Il y a beaucoup de gens qui ont très peur de s'exprimer. Pourquoi? Parce qu'il arrive que les patrons apprennent [ce que nous disons] et qu'ils ne nous sollicitent plus.
Une citation de Blanca Islas Perez, travailleuse saisonnière agricole

Comme la sécurité d'emploi constitue l'une des préoccupations majeures des membres de la communauté de travailleurs agricoles migrants, Mme Porter anticipe que leur consultation sera complexe et que la Ville devra octroyer des financements et rédiger de nouvelles politiques pour lever ces obstacles.

Les différences de langue, le transport et l'accès à un ordinateur seront également des éléments à prendre en compte pour les futures consultations.

Karrie Porter et sa famille en sortie vélo.

Mme Porter estime qu'il est temps que les autorités municipales considèrent les travailleurs migrants comme des résidents et des usagers de la route vulnérables.

Photo : Karrie Porter

Mme Porter souligne également la nécessité de mettre en œuvre une coopération régionale.

Les accidents les plus récents se sont produits sur des routes régionales relevant de la région du Niagara, et non de notre Ville, précise-t-elle. La région de Niagara et les 12 municipalités de la région doivent aussi prendre en charge cet enjeu.

Une copie de la motion sera envoyée à toutes les municipalités de la région et aux conseils régionaux des comtés du Niagara, d'Essex et de Norfolk.

Beaucoup de gens s'en viennent, témoigne Blanca Islas Perez à propos de ses compatriotes qui rejoignent les rangs des travailleurs saisonniers au Canada. Ce n'est pas juste qu'ils continuent à souffrir, qu'ils continuent à vivre leur vie ici avec tant d'injustice, conclut-elle.

Aura Carreño Rosas, reporter indépendante pour CBC

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