1. Accueil
  2. Société
  3. Accidents et catastrophes

Lytton, un an après : une communauté sans services qui tente de renaître de ses cendres

Des débris de murs incendiés devant une piscine vide vraisemblablement intacte.

Depuis l'incendie qui a ravagé Lytton, les résidents n'ont plus de services à portée de main. Sur cette photo prise le 13 juin 2022, on voit les décombres d'une maison près de la piscine municipale qui a survécu aux flammes.

Photo : Radio-Canada / Nantou Soumahoro

Nantou Soumahoro

Il y a un an, jour pour jour, une température record de 49,6 degrés Celsius était enregistrée à Lytton, en Colombie-Britannique. Le lendemain, l’impensable s'est produit : un incendie a détruit 90 % du petit village de plus de 200 âmes. La communauté est forcée de s'éparpiller et se retrouve orpheline de ses services. Un an plus tard, elle n'aspire qu'à renaître de ses cendres.

Lytton est là depuis très longtemps, il ne peut pas simplement disparaître et s'en aller, dit Denise O'Connor, qui a toujours demeuré à Lytton.

Ses parents y ont posé leurs valises en 1965. Après son mariage, c'est encore à Lytton que Denise O'Connor a décidé de vivre, et depuis les 30 dernières années, elle occupe une maison en plein coeur du village.

Une femme se tient debout et sourit.

Denise O'Connor, une résidente de Lytton (photo prise le 14 juin 2022).

Photo : Radio-Canada / Simon Gohier

D'abord évacuée comme beaucoup d’autres, elle est maintenant installée dans sa maison d’enfance, nichée sur les hauteurs du village, en attendant que la reconstruction commence.

Cela m'a fait du bien de revenir, explique-t-elle. Ce qu'elle regrette toutefois, c'est la communauté qu’elle a connue toutes ses années. Car, si la reconstruction doit débuter en septembre, certains ne pensent pas retourner dans un village dépouillé de tout service, ce qu'elle comprend.

Quel genre de vie y a-t-il sans épicerie, sans café, sans toutes les choses qui font une communauté?

Une communauté sans services

De ce qui faisait le charme de Lytton, il ne reste que des stigmates : une tasse sur le sol de ce qui était jadis une maison, une trottinette abandonnée dans une cour, des nains de jardin à l'entrée d’une maison, ou encore le bassin et le toboggan d'une piscine municipale qui a survécu aux flammes.

Imaginez une rue principale qui n'a plus aucun service indispensable au bon fonctionnement d’une communauté. Plus de bureau de poste, d’épicerie ou encore de banque à la disposition des habitants. Voilà à quoi ressemble le nouveau visage de Lytton depuis un an.

Tout ce dont nous avons besoin est à au moins une heure de route, raconte une autre villageoise, Tricia Thorpe. C'est une simple annexe de la poste. On ne peut même pas acheter un timbre-poste. Ce n’est pas beau à voir.

Ce qu’elle déplore également, c’est la quasi-inexistence des services médicaux dans le village depuis le tragique incendie.

Il y avait une station d'ambulance ici, un centre d'aide d'urgence, une clinique, une pharmacie, des soins de longue durée, explique Tricia Thorpe.

Un homme et une femme qui se tiennent debout.

Tricia Thorpe et son mari, Don Glasgow (photo prise le 14 juin 2022)

Photo : CBC

En avril dernier, le mari de Tricia Thorpe, Don Glasgow, a été victime d’une crise cardiaque. Elle n’a eu d’autre choix que de l’amener par ses propres moyens à l’hôpital le plus proche.

L'ambulance peut mettre une heure et demie, voire deux heures, à venir jusqu'ici. Et si on avait attendu l'ambulance, il ne serait plus là. [...] C'est effrayant!

Pour ces raisons, de nombreux aînés ne reviendront pas, selon elle.

La lenteur de la reconstruction

Selon le maire de Lytton, Jan Polderman, il faudra de quatre à huit ans pour rétablir tous les services, mais il y aura des services temporaires.

Toutefois, cette attente prolongée ne fait qu'amplifier le sentiment de déracinement même chez ceux qui vivent encore à Lytton, comme Denise O'Connor.

Lytton, c'est chez moi, et j'ai envie d'y rester. Mais cela dépendra de ce qui se passe dans la communauté, raconte-t-elle.

Un homme se tient debout et sourit.

Bernie Fandrich, un résident de Lytton (photo prise le 14 juin 2022)

Photo : Radio-Canada / Simon Gohier

Bernie Fandrich, un autre résident de Lytton, pense que la lenteur de la reconstruction est en cause dans l'exode de certains résidents.

Plus le temps passe entre la reconstruction et l'incendie, plus il sera difficile pour eux de venir et de se réinstaller à Lytton. Mais c'est chez eux. C'est chez eux depuis des générations, explique Bernie Frandrich.

Je suis très déçu par le manque ou la lenteur de la reprise dans la communauté. Et c'est la raison pour laquelle je m'implique personnellement avec la Chambre de commerce. Nous avons fait ce que nous pouvions pour encourager le développement ou le nettoyage. Mais cela a été d'une lenteur frustrante, poursuit-il.

Aider la communauté pour accélérer sa reprise

Installé depuis près de 50 ans à Lytton, Bernie Fandrich y a créé le complexe touristique Kumsheen Rafting. Cet établissement en marge du village n'a pas été touché par l'incendie. Et, pour maintenir l'esprit communautaire, Bernie Fandrich a laissé ouvertes les portes de son établissement durant l'hiver, afin que la communauté puisse s'y retrouver.

Nous faisons partie de la communauté. Alors, pour aider la communauté et sa reprise, nous faisons tout ce que nous pouvons pour que les choses fonctionnent et pour aider les habitants, précise Bernie Fandrich.

Au cours de la dernière année, il a permis l'installation sur le terrain de son établissement, d'un bâtiment préfabriqué qui fait office de banque.

Les gens de la banque étaient à la recherche d'un endroit pour s'établir. Et nous leur avons proposé cet emplacement, raconte-t-il, ajoutant que les services d’incendie du village vont également s'établir sur son terrain pendant la saison estivale.

Bien que le village de Lytton soit défiguré, l’espoir subsiste parmi les résidents : celui de retrouver un jour le visage d'une communauté qu'ils chérissent depuis des années.

Nantou Soumahoro

À la une