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Santé mentale : refuser de l’aide pour éviter la stigmatisation

Une homme visiblement triste est assis par terre. Il tient son visage dans ses mains. Il est habillé avec un chandail à capuche et un pantalon en jean.

Les gens éprouvent une détresse mentale croissante depuis la pandémie.

Photo : Getty Images / coldsnowstorm

Gabriel Nikundana

Alors que la demande d'aide en matière de santé mentale ne cesse d'augmenter au pays depuis la pandémie, certains sont loin d'être prêts à solliciter un appui dans ce domaine, même s'ils sont en difficulté.

Congolais d'origine, Jacques Lehani Kagayo a perdu un enfant quatre mois seulement après son arrivée au Canada en 2014. Malgré le choc à l'époque, lui et son épouse n’ont accepté aucun soutien en matière de santé mentale que bon nombre d'organismes de Windsor leur proposaient.

On a dit non au service parce que pour nous, ce service de santé mentale, c'est comme si l’on perdait le mental et qu'on était considéré comme des fous, explique M. Kagayo.

Jacques Lehani Kagayo assis dans un salon d'attente au Carrefour communautaire de Windsor.

Jacques Lehani Kagayo souhaite que les communautés immigrantes surtout d'origine africaine soient sensibilisées à l'importance des services de santé mentale.

Photo : GABRIEL NIKUNDANA

Aujourd'hui, il ne serait forcément pas plus à l'aise d'accepter ce type d'aide en raison du regard que sa communauté pourrait porter sur lui et sa famille.

Dans la plupart des communautés traditionnelles africaines, ceux qui font appel au service de santé mentale sont marginalisés, souligne-t-il.

Être connu comme quelqu'un qui est passé par des services de santé mentale, ou avoir bénéficié des services des psychologues, culturellement ou mentalement sonne comme si quelqu’un a perdu des pédales ou comme si quelques boules ne tiennent plus dans son cerveau.
Une citation de Jacques Lehani Kagayo, résident de Windsor
Philippine Ishak, gestionnaire principale de l'organisme 5 W. Elle est assise dans son bureau à Windsor.

Selon Philippine Ishak, gestionnaire principale à 5 W, certains de leurs clients hésitent à parler ouvertement de leurs problèmes de santé mentale.

Photo : GABRIEL NIKUNDANA

Cette crainte du rejet, Philippine Ishak le constate aussi. Gestionnaire principale à 5W, un organisme de Windsor qui aide notamment les femmes immigrantes à accéder au marché du travail, elle est bien souvent témoin de situation où ses clientes hésitent à se confier sur leurs problèmes de santé mentale.

Le plus grand défi est souvent la stigmatisation que les gens associent aux maladies de santé mentale , explique-t-elle.

La méconnaissance du milieu

Il est déjà arrivé à Richard Makitu Dolomingo d'éprouver anxiété et stress intense, mais quand il a besoin d’aide, il puise dans ses propres ressources.

Je recours à mes méthodes personnelles, aller faire du sport. Il m’est arrivé un jour de me réveiller à minuit pour aller faire mon sport, j’ai travaillé et je suis rentré. C'était fini, confie-t-il.

Richard Makitu Dolomingo s'assied dans son bureau. Il regarde tout droit à la caméra.

Richard Makitu Dolomingo dit ne pas aimer exposer ses difficultés à d’autres personnes en dehors de sa communauté.

Photo : GABRIEL NIKUNDANA

Dans les situations plus graves, il fait appel à son entourage.

Lorsque j’ai un problème qui me dépasse, je peux aller voir mon frère, je peux voir les personnes qui m'entourent et peuvent résoudre mon problème, confie-t-il.

Il pourrait arriver que je puisse tomber suite au stress, c’est à ce moment-là que peut être où je n'aurais pas la volonté pour y aller, les gens pourront m’y emmener, mais de moi-même, je n’ai jamais pensé à y aller quand j’ai un problème d'anxiété ou de stress.
Une citation de Richard Makitu Dolomingo, résident de Windsor

Il admet aussi que même s'il voulait chercher de l'aide à l'extérieur, il ne saurait pas vers qui se tourner. Un constat que partage Jacques Lehani Kagayo.

Les gens n'ont pas assez d'informations sur ces services, les gens ne parviennent pas à prendre ces services parce qu’ils ne sont pas assez informés, explique-t-il.

Des pistes de solution

Pour Jacque Lehani Kagayo, il faudrait aller plus loin et explorer comment les services de ce type sont perçus dans leur pays d’origine et utiliser la terminologie rassurante pour convaincre les gens d'y avoir recours.

Basile Bakumbane est du même avis. Selon lui, il faudrait expliquer aux nouveaux arrivants dès leur arrivée, l’importance des services de santé mentale.

Ce n’est pas qu’ils n’en ont pas besoin. Ils ignorent que cela existe et que cela peut être une solution, dit-il.

On n’est pas suffisamment informés. On n’y va pas. Des fois on dit qu’on sait régler nos problèmes, on croit que ça va se calmer en nous, on ne sait pas que ça aura des répercussions sur notre mental plus tard.
Une citation de Basile Bakumbane
Basile Bakumbane est assis dans un fauteuil. Il regarde à la caméra.

Basile Bakumbane serait lui-même prêt à faire appel à des services psychologiques, mais en toute discrétion seulement.

Photo : GABRIEL NIKUNDANA

Selon lui, le mieux serait de multiplier les séances d'information sur l’importance de cette question parce qu’il y a un problème culturel.

Si l'information circule et que la communauté l’adopte, le reste va aller de soi, affirme-t-il.

La sensibilisation est certainement une bonne avenue, selon l'expérience de Philippine Ishak qui constate que quand la barrière de la peur est surmontée, les clients commencent à parler, acceptent les conseils et des propositions de traitement.

Maisha Buuma, professeur de psychothérapie à l'Université Saint-Paul d’Ottawa, plaide aussi en faveur de la promotion des services de santé mentale auprès des nouveaux arrivants.

Je dirai que la population immigrante africaine consulte très peu [...] ils sont moins nombreux, ils sont rares en termes de fréquence [...]., explique-t-il.

Pour lui, c'est d'ailleurs aux organismes communautaires que revient le rôle d'élargir la compréhension du concept de santé auprès de ces groupes.

Gabriel Nikundana

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