1. Accueil
  2. Économie
  3. Bourse

Wall Street dégringole, inflation et hausse des taux font fuir les investisseurs

Un courtier en valeurs mobilières à la Bourse de New York.

Les craintes d'une récession secouent les marchés du monde entier, et les États-Unis n'échappent pas à ce phénomène.

Photo : Associated Press / Courtney Crow

Agence France-Presse

La Bourse de New York a terminé en fort repli lundi, car on redoute que l'inflation ne pousse la Réserve fédérale américaine (Fed) à serrer encore la vis alors que se profile à l'horizon un ralentissement économique, voire une récession.

Le Dow Jones a perdu 2,79 % à 30 517,06 points, l'indice NASDAQ, sous influence technologique, a lâché 4,68 % à 10 809,22 points, tandis que l'indice élargi S&P 500 a abandonné 3,87 % à 3749,91 points.

Le S&P 500, considéré comme l'indice le plus représentatif de Wall Street, est entré en « marché baissier » (bear market, en anglais), ce qui signifie qu'il a perdu plus de 20 % depuis son pic historique du début de janvier (-22 % en clôture lundi).

Cette secousse s'est également fait sentir à la Bourse de Toronto, qui a connu sa deuxième des pires journées de l'année. L'indice S&P/TSX a dégringolé de 532,26 points, et a terminé la séance à 19 742,56 points.

Un moment charnière pour les marchés?

Déjà malmené vendredi, le marché new-yorkais a été encore davantage secoué lundi, toujours préoccupé par l'indice des prix à la consommation (nouvelle fenêtre), qui a montré que l'inflation avait encore pris de la vitesse en mai aux États-Unis, alors que beaucoup attendaient le début d'une décélération.

Vendredi aura probablement été un moment charnière pour les marchés, a commenté Angelo Kourkafas, d'Edward Jones. La thèse centrale [des investisseurs] a été invalidée, montrant que l'inflation n'avait pas encore atteint son pic.

Dès lors, les opérateurs ont revu leurs projections de politique monétaire et estiment désormais à près de 80 % la probabilité que la Réserve fédérale augmente ses taux de 1,75 point de pourcentage au moins d'ici la fin de septembre, soit deux hausses d'un demi-point et une autre de 0,75 point.

Un relèvement aussi brutal serait une première depuis 1994.

Jerome Powell dans le bureau ovale.

Le président de la Réserve fédérale américaine, Jerome Powell

Photo : Associated Press / Evan Vucci

Nous nous attendons à ce que la Fed surprenne les marchés en remontant de 0,75 point de pourcentage ses taux dès juin pour renforcer leur crédibilité et reprendre l'ascendant sur les pressions inflationnistes, ont écrit, dans une note, les analystes de Barclays, au sujet de la réunion de la Fed qui aura lieu mardi et mercredi.

Cette révision des anticipations a contribué non seulement à la volatilité des obligations, mais aussi à celle des actions, a expliqué Angelo Kourkafas.

Selon lui, le fait que des vents contraires se lèvent [pour l'économie] alors que la Fed est contrainte de monter ses taux à un rythme plus soutenu a provoqué une indigestion pour les marchés.

Wall Street fait face à pléthore de mauvaises nouvelles, a abondé, dans une note, Edward Moya, d'Oanda, mais le problème est que, tant que nous ne voyons pas une détérioration des conditions de crédit et du fonctionnement du marché, la Fed a le feu vert pour resserrer autant que possible et mettre l'inflation sous contrôle.

Globalement, les investisseurs affichent un manque de confiance dans les valorisations, sachant que les avertissements sur résultats sont encore peu nombreux malgré les anticipations d'une croissance bien plus lente, voire d'une récession dans les prochains mois, selon Edward Moya.

Les taux pourraient s'inverser

La perspective d'un jaillissement des taux d'intérêt a aussi bousculé le marché obligataire, qui a été victime d'un désengagement massif. Le rendement des emprunts d'État américains à 10 ans, qui évolue en sens opposé de leur prix, s'est envolé jusqu'à 3,38 %, une première depuis plus de 11 ans.

La courbe des taux, qui relie l'ensemble des échéances obligataires entre taux courts et taux longs, s'est disloquée lundi, le rendement des bons du Trésor américains à 2 ans passant même brièvement au-dessus de 10 ans, signe parfois interprété comme avant-coureur d'une récession.

D'après Angelo Kourkafas, la place new-yorkaise ne montre pas de signe de capitulation, un terme utilisé pour signifier que le courant vendeur ne rencontre plus d'opposition et que le marché s'approche d'un plancher.

Beaucoup estiment ainsi que l'indice VIX, qui mesure la volatilité du marché, bien qu'il ait bondi de près de 25 % lundi, est encore à bonne distance des niveaux qui correspondent historiquement à un marché approchant de son plus bas.

Les cryptos délaissées

À la cote, ils ont été très rares à échapper à la déferlante qui a tout emporté sur son passage, avec une férocité particulière pour la technologie, les cryptomonnaies en particulier (nouvelle fenêtre), et l'industrie du voyage.

Parmi les plus touchées, Amazon (-5,45 %), Tesla (-7,10 %) et Meta (-6,44 %). Depuis son record du début de septembre 2021, le réseau social a perdu 57 % de sa capitalisation boursière.

Dans un climat d'aversion générale pour le risque, tout ce qui touchait de près ou de loin aux cryptomonnaies a été fui comme la peste, comme en témoignent les performances de la plateforme Coinbase (-11,41 %) ou du spécialiste du « minage » (création de bitcoins) Riot Blockhain (-10,06 %).

Alors qu'approche la saison estivale, les croisiéristes ont souffert des craintes d'un ralentissement économique, à l'image de Norwegian (-12,23 %) ou de Royal Caribbean (-9,74 %). Dans leur sillage, les compagnies aériennes ont volé à très basse altitude, d'American Airlines (-9,45 %) à United Airlines (-10,06 %).

À la une