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La pénurie de préposées aux soins pèse lourd sur la vie des patients en Ontario

À quelques jours des élections provinciales, les appels se multiplient pour que le parti qui formera le prochain gouvernement se penche sérieusement sur cette question.

Gros plan sur les mains de Zoé dans son fauteuil roulant.

Atteinte de paralysie cérébrale spastique, Zoé (pseudonyme) a besoin qu'un travailleur social lui rende visite plusieurs fois par jour pour vivre chez elle.

Photo : Evan Mitsui / CBC

RCI

Même s'ils sont financés par le gouvernement, les services d’aide à domicile peinent de plus en plus à respecter leurs engagements à cause de la pénurie de personnel. Cette situation force les patients qui le peuvent à chercher de l’aide ailleurs, auprès d’un ami ou d’un membre de leur famille.

Je me demande toujours si l’aide à domicile va se présenter aujourd'hui ou si quelqu'un va appeler pour annuler. Quel est mon plan de secours? raconte Zoé (un pseudonyme, car elle préfère garder l’anonymat de peur d’être pénalisée en raison de son témoignage).

Atteinte de paralysie cérébrale spastique, cette Ontarienne requiert l’intervention d’un ou d'une préposée aux services de soutien à la personne (PSS) pour l'aider à accomplir ses tâches quotidiennes, notamment utiliser les toilettes, prendre une douche, changer de vêtements et préparer ses repas.

Le fait de devoir compter sur ses proches pour pallier le manque de personnel lui donne l’impression d’être un fardeau.

Nous ne sommes pas des numéros. Le gouvernement devrait nous considérer comme des personnes qui ont des sentiments, de l'espoir et une vie.
Une citation de Zoé (pseudonyme), une Ontarienne atteinte de paralysie cérébrale spastique

Certains professionnels de la santé affirment que la pénurie de préposéaux services desoutienà la personne en Ontario est plus grave que jamais. Non seulement cette situation laisse sans aide des personnes vulnérables comme Zoé, mais elle accentue aussi la pression sur ceux qui travaillent encore dans ce domaine.

Avec l’amer sentiment d’avoir été laissée pour compte et oubliée, Zoé précise qu’il y avait une pénurie de personnel dans son agence avant même la pandémie mais que la COVID-19 a aggravé la situation.

Je ne veux pas rejeter la faute sur qui que ce soit, dit-elle. Je comprends qu'ils sont surchargés de travail et qu'ils sont aussi sous-payés. Très très sous-payés, à mon avis. Elle ajoute toutefois qu'elle ne devrait pas avoir à subir de la violence émotionnelle ou verbale pour obtenir les soins dont elle a besoin.

Épuisement professionnel

Certaines professionnelles expliquent qu'elles sont de plus en plus nombreuses à quitter leur emploi en raison de l'épuisement professionnel et du stress.

Gina Wray fait partie des préposées aux soins qui s'apprêtent à changer de métier alors qu'elle œuvre dans ce domaine depuis 32 ans.

Mon corps me dit que je suis fatiguée, tant mentalement que physiquement, confie cette employée d’un foyer pour personnes atteintes de déficience intellectuelle à Muskoka.

C'est un travail difficile et je cherche tout simplement à passer à autre chose maintenant.
Une citation de Gina Wray, assistante sociale

La pénurie de personnel a réduit comme peau de chagrin le temps qu’elle peut accorder à chacun de ses patients. C'est plusieurs minutes de moins, précise-t-elle.

Gina Wray.

Assistante sociale depuis 32 ans, Gina Wray reconnaît que le manque de personnel l'oblige à consacrer moins de temps à chaque usager.

Photo : Gina Wray

Quelles sont les solutions qui pourraient remédier à cette situation? Des augmentations de salaire et une plus grande stabilité d'emploi contribueraient à garder sur le terrain les préposées aux services de soutien personnel et à en recruter davantage, croit Mme Wray.

Pour le syndicat SEIU Healthcare (Union internationale des employés des services de santé), la situation actuelle est la pire jamais observée, résume sans ambages sa présidente, Sharleen Stewart.

Les préposées fraîchement diplômées ne tiennent pas plus de trois mois à cause des conditions de travail, se désole Mme Stewart.

Ces employées reçoivent en moyenne 35 cents pour chaque litre d'essence qu'elles consomment afin de faire leur travail, poursuit-elle, et avec la hausse des prix à la pompe, beaucoup d'entre elles paient de plus en plus de leur poche.

Selon Mme Stewart, un des principaux problèmes, outre les bas salaires, demeure la précarité d'emploi. Bon nombre de préposées délaissent les soins à domicile à cause du manque de postes à temps plein et se réorientent vers d'autres secteurs où elles peuvent occuper un emploi stable à temps plein.

Promesses électorales

S'il est réélu, le Parti progressiste-conservateur de l'Ontario a indiqué à CBC qu'il comptait investir 2,8 milliards de dollars au cours des trois prochaines années pour rendre permanente la hausse de salaire de 3 $ de l'heure pour les préposées aux services de soutien personnel.

Les libéraux, quant à eux, s'engagent à offrir des salaires équitables à tous les préposés de soutien personnel et promettent d’augmenter le salaire de base de ces employés à 25 $ de l'heure.

Le Nouveau Parti démocratique de l'Ontario s'engage à embaucher 10 000 préposéaux services desoutienà la personnede plus et à leur offrir une augmentation de 5 $ de l'heure en se basant sur le salaire qu'ils touchaient avant la pandémie.

De leur côté, les verts promettent d'augmenter le salaire horaire minimum à 25 $ pour les travailleurs en s'engageant aussi à payer le temps de déplacement des employés entre les visites.

Les libéraux, les néo-démocrates et les verts s'engagent tous trois à abroger le projet de loi 124 (nouvelle fenêtre), une loi qui limite les augmentations de salaire annuelles à 1 % pour de nombreux travailleurs du secteur public ontarien.

D'après les informations de Farrah Merali, CBC

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