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Le Dr Tedros, surnommé l’« enfant de la guerre », est réélu à la tête de l’OMS

Le Dr Tedros serre la main d'une autre personne.

Le Dr Tedros Adhanom Ghebreyesus a célébré sa réélection durant la 75e Assemblée mondiale de la santé aux Nations unies, à Genève.

Photo : Reuters / Denis Balibouse

Agence France-Presse

Premier Africain à diriger l'Organisation mondiale de la santé (OMS), l'Éthiopien Tedros Adhanom Ghebreyesus a été reconduit mardi pour un second mandat de 5 ans.

Avant même le vote, les jeux étaient quasiment faits à l'Assemblée mondiale qui se tient à Genève, puisque le docteur Tedros était le seul candidat en lice.

Je suis fier d'être à l'OMS, a-t-il lancé en remerciant les délégués.

Selon plusieurs sources, il a obtenu 155 voix contre 5.

Spécialiste du paludisme, diplômé en immunologie et docteur en santé communautaire, le Dr Tedros, comme il aime à se faire appeler, a été ministre de la Santé et chef de la diplomatie de son pays.

Son visage a été connu dans le monde entier pour sa lutte contre la pandémie, qui reste l'une de ses principales préoccupations.

Après un premier mandat marqué par la COVID-19, qui a mis à nu les défaillances de l'Organisation mondiale de la santé et du système sanitaire mondial, le Dr Tedros va devoir remporter le pari du renforcement de l'agence onusienne pour notamment mieux prévenir et gérer les futures épidémies.

Cette pandémie a été totalement sans précédent et nous avons construit le bateau pendant que nous naviguions. J'espère que nous serons capables d'empêcher la prochaine pandémie ou de la gérer aussi efficacement que possible, a soulevé le Dr Tedros.

Une proximité avec la guerre

Celui qui se pose en homme de paix a été marqué par une enfance plongée dans la guerre, mais aussi par les conflits en Ukraine, au Yémen, en Syrie et en Éthiopie durant premier mandat.

Plus encore que les pandémies, la guerre ébranle et détruit les fondations sur lesquelles reposaient des sociétés auparavant stables et [laissent] des cicatrices psychologiques qui peuvent mettre des années ou des décennies à se refermer
Une citation de Le Dr Tedros Adhanom Ghebreyesus, chef de l'Organisation mondiale de la santé

Je suis un enfant de la guerre, avait lancé dimanche le chef de l'Organisation mondiale de la santé, très ému, à l'ouverture de l'Assemblée mondiale de la santé.

Le bruit des coups de feu et des obus qui sifflent dans l'air, l'odeur de la fumée après l'impact, les balles traçantes dans le ciel nocturne, la peur, la douleur, la perte – ces choses sont restées en moi tout au long de ma vie, parce que j'étais au milieu de la guerre quand j'étais très jeune, a-t-il expliqué.

Lorsque sa mère entendait des coups de feu la nuit, elle nous faisait dormir sous le lit [...] dans l'espoir que nous soyons protégés si un obus tombait sur notre maison.

Des années plus tard, la guerre ressurgissant en Éthiopie en 1998, cette peur est revenue lorsque ce fut au tour de ses enfants de se cacher dans un bunker.

Et alors que la région éthiopienne du Tigré, sa région natale, est en proie à un conflit depuis fin 2020, il avoue ressentir à nouveau la même douleur.

Je ne suis pas seulement un enfant de la guerre, elle me suit partout.

Son enfance a également été marquée par le décès d'un frère, faute de médicaments.

Chaleureux, le Dr Tedros est très apprécié, en particulier des Africains, pour avoir permis que le regard de la communauté internationale, notamment pendant la pandémie, se tourne davantage vers ce continent.

Les critiques

C'est de son propre pays qu'est venue la principale critique, l'Éthiopie l'accusant d'avoir abusé de ses fonctions après ses commentaires sur la situation humanitaire dans le Tigré.

L'arrivée du démocrate Joe Biden à la Maison-Blanche, qui a remis les États-Unis dans le giron de l'OMS, lui a offert un second souffle, alors qu'il était attaqué sans cesse par Donald Trump, lequel avait coupé les vivres à l'organisation qu'il accusait de mal gérer la pandémie de coronavirus et d'être trop proche de Pékin.

Le ton plus critique du Dr Tedros envers la Chine, qu'il estime ne pas être assez transparente sur l'origine de la pandémie, lui a valu quelques réprimandes de Pékin, qui soutient toutefois sa reconduction.

Un scandale de violences sexuelles en République démocratique du Congo perpétrées par des employés de l'Organisation mondiale de la santé– parmi d'autres travailleurs humanitaires – lui a valu une volée de bois vert à deux reprises de plusieurs dizaines de pays membres, qui jugeaient sa réaction trop molle et trop lente.

Loyce Pace, représentante de l'administration américaine, n'a pas manqué de rappeler au directeur général fraîchement réélu qu'il ne s'agissait pas de se reposer sur ses lauriers.

À la vérité, il reste encore beaucoup à faire pour moderniser l'Organisation mondiale de la santé pour qu'elle soit beaucoup plus efficace et réactive et nous savons que vous vous y engagez, a-t-elle déclaré, se faisant l'écho d'un sentiment largement partagé parmi les membres.

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