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Identité, langue, immigration : Éric Duhaime veut inverser le débat

Depuis qu’il a fait le saut en politique, le chef du Parti conservateur du Québec (PCQ), Éric Duhaime, s’est surtout fait connaître pour ses positions tranchées sur les questions sanitaires ou sur la protection des libertés individuelles. Pour une rare fois, il se prononce sur des sujets liés à la question nationale, pourtant fondamentale en politique québécoise.

Un portrait d'Éric Duhaime.

Éric Duhaime répond aux questions d'Alex Boissonneault.

Photo : Radio-Canada

Alex Boissonneault
Alex Boissonneault

La question nationale n’est pas un sujet prioritaire, a affirmé d’emblée Éric Duhaime lorsque nous l'avons rencontré chez lui pour discuter de langue, de culture et du statut du Québec dans la fédération canadienne. Il a insisté pour dire qu’il ne croit pas que c’est ce qui retiendra l’attention lors de la prochaine campagne électorale.

« Je ne dis pas que ce n'est pas important, mais je ne pense pas que ça va être l'enjeu sur lequel les gens vont voter… »

Il a pourtant ses idées sur ces questions qui, historiquement, rattrapaient déjà les chefs des partis en campagne électorale avant le nationaliste Maurice Duplessis. Au cœur de sa démarche, le souci constant de préserver les libertés individuelles, en bon conservateur, non sans prendre certaines libertés avec ce principe.

Le nationalisme conservateur

Le chef conservateur n’hésite pas à se décrire lui-même comme un nationaliste attaché à l’autonomie du Québec. Sur le fond, il admet que ses positions sont proches de celles de la Coalitions avenir Québec (CAQ), à la différence que lui ne cherche pas à démontrer qu'il est nationaliste et à faire voter les gens là-dessus.

Ainsi, Éric Duhaime s’oppose au projet de loi 96 qui doit servir à renforcer la loi 101, parce que ce projet de loi a recours à la disposition de dérogation et parce que lui-même voit quelque chose là-dedans qui va contre les libertés fondamentales. Il ne veut pas imposer la loi 101 au cégep parce qu’il y voit un aspect coercitif, mais il ne voit aucun problème à la maintenir au primaire et au secondaire pour préserver la paix linguistique.

Même chose avec la loi 21, qui se soustrait elle aussi aux chartes des droits : On n'enlève pas la liberté, au contraire : je trouve qu'on permet la liberté, parce qu'on me permet d'avoir des services laïques dans l'espace public. Je trouve que la logique est inversée, dit-il.

Il maintient pourtant ses positions sur d’autres questions : en culture, en préservation du patrimoine ou en financement de l’art, moins il y a d’État, mieux les choses se passent. Il estime par exemple que les quotas de musique francophone à la radio sont contre-productifs, donc superflus.

Le rêve de Duhaime

Le chef conservateur ne s’en cache pas : il veut combler le vide laissé par le Parti libéral au sein de la communauté anglophone. Il cherche donc activement à séduire cet électorat. En politique aussi, la nature a horreur du vide. Pour nous, c'est sûr que c'est une opportunité, puisqu'il y a beaucoup d'anglophones qui se cherchent une nouvelle enseigne.

Ce n’est pas étranger au fait que, là aussi, Éric Duhaime veut inverser le débat. Il voit d’un mauvais œil le plafonnement du nombre de places dans les cégeps anglophones. Plutôt que de restreindre l’accès des francophones au réseau anglophone, pourquoi ne pas inciter les élèves anglophones à aller étudier en français?

À son avis, il faut que les Anglo-Québécois prennent conscience du fait qu'ils ont la chance et même la possibilité de vivre dans un territoire francophone, puis de maîtriser deux langues. Comment les convaincre d’étudier en français? Avec des bourses, des programmes adaptés, une reconnaissance de leur formation.

Montréal, métropole bilingue?

D’ailleurs, plutôt que de s’inquiéter de la présence de l’anglais à Montréal, le chef conservateur propose de tabler sur l’avantage que le bilinguisme peut représenter.

Pour Éric Duhaime, le français doit demeurer la langue commune, mais il ajoute du même souffle qu’il faut aussi miser sur la communauté d’expression anglaise. Ainsi, il estime que Montréal est une métropole bilingue puisqu’elle peut compter sur des services universitaires et sur des centres de recherche dans les deux langues ainsi que sur deux communautés florissantes [...] qui ont des institutions historiques.

Cette fois encore, il propose un changement de perspective, même s’il reconnaît la fragilité du français dans la région. Le Québec est français, et même à Montréal, la langue commune est le français, mais il y a des institutions bilingues, il y a une présence, il y a une histoire.

Moins d’immigrants, mieux intégrés

Quant à la question de l’immigration, le politicien conservateur admet qu’il n’a pas toujours été sur la même longueur d'onde que son parti. Lui voulait que les seuils d’immigration soient établis en fonction des besoins du marché du travail, mais les militants de son parti ont insisté pour réduire le nombre d’immigrants admis au Québec.

Les membres ont choisi d'adopter une position qui est relativement similaire à celle de la Coalition avenir Québec, c'est-à-dire de réduire les seuils d'immigration sans nécessairement les chiffrer, dit-il.

Pourtant, même s’il est enclin à hausser les seuils, Éric Duhaime veut défendre le droit des Québécois d’en débattre. Je n'aime pas ça quand les Québécois se font taxer d'intolérance quand ils proposent de baisser les seuils d'immigration. Au contraire, le Québec accueille déjà beaucoup plus d'immigrants que les Américains per capita ou même que les Français... Donc, on pourrait diminuer les seuils tout en étant une des sociétés les plus accueillantes au monde.

Et même s’il est prêt à admettre plus de travailleurs étrangers, il rappelle que le Québec a un devoir d’intégration qui implique le choix des bons candidats à l’immigration fondé sur certaines valeurs. C’est ce qu’il appelle la compatibilité civilisationnelle.

Si quelqu'un arrive ici et pense qu'il y a des lois religieuses au-dessus du pays, eh bien, ça ne peut pas fonctionner. Et puis je pense que c'est important de le dire.

Fini, les quotas

Comme pour la santé ou pour l’économie, le chef du Parti conservateur du Québec voit dans la culture une autre victime collatérale de la crise sanitaire. À son avis, les artistes ont beaucoup souffert du manque de considération de la part du gouvernement pendant les cinq premières vagues de la pandémie.

Ce que j'ai vu depuis deux ans, c'est que les seuls qui ont pris la défense des artistes et qui ont dit qu'ils avaient un job essentiel, c'est nous, c'est les conservateurs! Bien qu’il ait toujours été très critique à propos des subventions accordées aux artistes, il n’a pas l’intention de les priver de l’aide de l’État s’il gagne les élections l'automne prochain.

Les artistes, avec les deux années qu'ils viennent d'avoir, il faut leur donner un répit, dit-il avant d’ajouter qu’il est essentiel qu’ils puissent continuer de divertir les Québécois.

Par contre, s’il peut s'accommoder des subventions, ce n’est pas le cas en ce qui a trait aux quotas de musique francophone à la radio, qui sont contre-productifs et qui doivent être abolis, selon lui. On est en train de vider d'auditeurs les médias traditionnels avec une législation qui ne se retrouve pas sur Internet.

L’alliance conservatrice

Sur le plan constitutionnel, Éric Duhaime reconnaît que, là aussi, sa position est sensiblement la même que celle de la Coalition avenir Québec. Tout comme le premier ministre François Legault, il a déjà partagé le rêve de faire du Québec un pays.

L’indépendance a été, selon lui, le projet d’une génération qui s’est soldé par les échecs de 1980 et de 1995. Je considère que le Québec est sorti perdant de ces deux échecs-là, et je ne parle pas juste des souverainistes.

Faute de convaincre les Québécois d’opter pour la souveraineté, il leur propose, comme la CAQ, davantage d’autonomie à l’intérieur du Canada. Pour moi, une stratégie gagnante, c'est que le Québec rapatrie des pouvoirs et que les Québécois s'unissent. Et là, je tends la main aux autres partis : il faut que ce soit à Ottawa qu'ils se divisent plutôt qu'à Québec dans la prochaine ronde.

Toutefois, à la différence du gouvernement actuel, Éric Duhaime mise sur la grande famille conservatrice canadienne pour faire des gains.

J'ai toujours considéré qu'on a des alliés stratégiques au Canada : ce n'est pas vrai qu'au Canada anglais, les gens sont tous centralisateurs. Il y a plusieurs gouvernements dans les autres provinces qui sont aussi frustrés que nous de voir le fédéral intervenir dans leurs champs de compétence : il faut faire alliance avec ces gens-là.

Et si Ottawa refuse? Unissons-nous pour les élections fédérales, lâche le chef du PCQ. Le quart des comtés sont chez nous! Et si Justin Trudeau maintient la ligne dure, il va perdre en partant le quart des circonscriptions disponibles au Canada!

Ce qui n’est pas sans rappeler un autre nationaliste, Honoré Mercier, qui, en 1889, avait déclaré : Cessons nos luttes fratricides! Unissons-nous! Comme quoi certains rêves ne meurent pas…

L’entrevue

Alors que certains célèbrent aujourd’hui la Journée nationale des patriotes et d’autres la fête de la Reine, Radio-Canada vous propose cette entrevue en profondeur réalisée avec le chef du Parti conservateur du Québec sur ces questions spécifiques à la nation québécoise que sont la langue, la culture et l'identité.

Le chef conservateur Éric Duhaime répond aux questions d'Alex Boissonneault.

Alex Boissonneault
Alex Boissonneault

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