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Pensionnats pour Autochtones : les recherches vont reprendre à Kamloops

Une affiche indique : « nous n'oublierons jamais ».

« Nous n'oublierons jamais », lit-on sur une affiche posée devant l'ancien pensionnat pour Autochtones à Kamloops.

Photo : Radio-Canada / Alex Lamic

RCI

Un an après la tragique découverte de 215 tombes non marquées potentielles sur le terrain de l'ancien pensionnat pour Autochtones de Kamloops (nouvelle fenêtre), la Première Nation Tk'emlups te Secwépemc s'apprête à lancer de nouvelles recherches, qui pourraient conduire à l'exhumation des restes des victimes. Une nouvelle épreuve pour les survivants, indispensable pour se reconstruire pour certains, insurmontable et vaine pour d’autres.

La Première Nation T'kemlups te Secwépemc a indiqué jeudi dans un communiqué qu'une nouvelle série de recherches à l'aide d'un radar pénétrant (nouvelle fenêtre) doit commencer cette semaine, près de l'ancien pensionnat de Kamloops, et qu'il faudra environ un mois pour la mener à bien.

Sarah Beaulieu, professeur à l'Université de la vallée du Fraser, demeure responsable des recherches, qui n’ont pour l'heure couvert qu’un peu moins de 1 hectare sur les 65 que compte la zone.

Cette nouvelle étape douloureuse ouvre la possibilité d'exhumer les restes humains des victimes de l'ancien pensionnat pour Autochtones, un fait sans précédent au Canada.

C'est quelque chose qui n'est jamais arrivé dans l'histoire du Canada, a déclaré Rosanne Casimir, la chef de la Première Nation Tk'emlups te Secwépemc, mercredi Il n'existe pas de protocole, d'ensemble de directives, pas de liste de contrôle.

Rosanne Casimir a précisé que ces recherches seraient placées sous le sceau du respect et de la dignité, et s'est engagée à informer les membres de la Première Nation des progrès et des découvertes sur le terrain, durant un processus continu allant de l'exhumation à la commémoration.

Nous utilisons la science pour soutenir chaque étape de ce processus, a-t-elle dit. Nous avons un groupe de travail technique qui a été mis en place et qui est composé de divers professeurs ainsi que d'archéologues et nous continuons à travailler avec un spécialiste du radar pénétrant.

Garry Gottfriedson, survivant du pensionnat de Kamloops, dit qu'il hésite au sujet de la question de l'excavation du terrain, mais qu'il préfère obtenir des preuves, susceptibles de lui apporter du réconfort et de permettre le deuil des enfants enterrés par les membres de la Première Nation.

Il faut imaginer que quelque chose vous ronge l'âme pendant toute votre vie, et qu'ensuite, enfin, il y a une certaine paix de l'esprit, dit-il. C'est comme ça que cela se passe pour moi. C'est une façon de mettre un terme à une partie de cette horrible histoire.

De petites robes rouges convenant à des enfants sont posées sur des croix en bordure d'une route. On aperçoit à l'arrière au loin un arc-en-ciel.

Cette photographie a été prise en juin 2021 près de Kamloops, en Colombie-Britannique.

Photo : Amber Bracken/New York Times/World Press Photo

De possibles exhumations

Garry Gottfriedson, poète de renommée internationale âgé de 69 ans, raconte que ses huit frères et sœurs, sa mère et jusqu'à 30 tantes, oncles et cousins ont fréquenté le pensionnat.

Lui-même y est resté de la maternelle à la troisième année, entre 1959 et 1963. Il dit avoir été protégé par ses frères aînés durant cette période, mais qu'il a été témoin d'abus.

Tous ceux d'entre nous qui ont fréquenté ce pensionnat savaient déjà qu'ils [les corps] étaient là, affirme M. Gottfriedson, désormais conseiller en matière de protocoles et de pratiques culturelles de la Première Nation Secwepemc à l'Université Thompson Rivers de Kamloops.

C'est un peu comme dire : "Nous croyez-vous?", affirme-t-il. Exhumer ces corps […] c'est une façon de dire : "Si c’était vos 215 parents mis dans une fosse commune comme ça, dites-moi comment vous vous en remettriez!"

Percy Casper, un autre survivant du pensionnat de Kamloops, voudrait que le lieu d'inhumation ne soit pas perturbé. Il considère que l'exhumation ne ferait que prouver ce qui a déjà été établi par le radar à pénétration de sol.

Les restes sont là, a-t-il dit. Quelle autre preuve veut-on?

Percy Casper a passé 10 ans au pensionnat de Kamloops. Membre de la Première Nation de Bonaparte et aujourd'hui âgé de 73 ans, il préférerait que l'ancien bâtiment scolaire, qui abrite actuellement des bureaux de la Première Nation, soit détruit. Je veux tellement que cette chose soit démolie, dit-il.

Geoff Bird, anthropologue et professeur à l'école de communication et de culture de l'Université Royal Roads de Victoria, pour sa part, considère déjà les preuves des tombes non marquées comme irréfutables.

Mais il affirme aussi que l'exhumation pourrait représenter une partie d'un puissant processus de reconnaissance et de réconciliation pour les Tk'emlups te Secwépemc.

C'est la communauté et les familles qui décident en fin de compte si elles veulent s'engager dans cet acte d'exhumation, précise Geoff Bird, qui a travaillé comme interprète du patrimoine au Mémorial national du Canada à Vimy, en France.

Si l'idée est de commémorer ceux qui sont enterrés là, c'est vraiment un objectif louable, ajoute-t-il.

Avec les informations de La Presse canadienne.

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