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Des survivants de pensionnats consultés sur la décision de hisser l’unifolié

Le drapeau canadien en berne sur la tour de la Paix, à Ottawa.

Le drapeau du Canada a été mis en berne sur les édifices fédéraux, y compris la tour de la Paix du parlement, après la découverte de Kamloops.

Photo : La Presse canadienne / Adrian Wyld

La Presse canadienne

Certains survivants des pensionnats pour Autochtones ont dit à Ottawa qu'ils ne voulaient pas « porter » la décision de hisser le drapeau canadien mis en berne en mai dernier après la découverte de ce que l'on croit être les restes de 215 enfants sur le site de l'ancien pensionnat de Kamloops, en Colombie-Britannique.

Le gouvernement a ensuite passé des mois à réfléchir à la façon de hisser l’unifolié et ce sujet a généré de nombreux débats.

Il y aura un an la semaine prochaine que cette découverte a été faite à l’aide d'un radar pénétrant le sol (nouvelle fenêtre) par la Première Nation Tk'emlups te Secwepemc. La nouvelle a suscité chagrin, choc et colère dans tout le pays, que ce soit dans les communautés autochtones ou ailleurs.

Le premier ministre Justin Trudeau a alors ordonné la mise en berne des drapeaux sur tous les bâtiments fédéraux, y compris celui situé au sommet de la tour de la Paix, à Ottawa.

Consultations pour hisser l'unifolié

Dès juin, les fonctionnaires fédéraux ont voulu trouver le moment opportun pour hisser le drapeau. Ils ont contacté des dirigeants autochtones et préparé différents scénarios.

C'est la plus longue période dans l'histoire du Canada où les drapeaux ont été en berne , ont écrit les responsables des relations entre la Couronne et les Autochtones dans une note d'information transmise à La Presse canadienne en vertu de la loi sur l'accès à l'information.

La durée pendant laquelle le drapeau reste en berne est généralement dictée par des règles strictes. Cependant, lorsque le gouvernement fédéral a descendu l'unifolié pour honorer les enfants autochtones morts et disparus dans le système des pensionnats, la date de sa levée n'a pas été précisée.

Selon les documents, Ottawa tentait de remettre le drapeau en place avant le jour du Souvenir (nouvelle fenêtre), ce qui est finalement arrivé.

On y lit que des survivants et des membres des organisations autochtones nationales du pays croyaient qu'il était nécessaire de le hisser pour le remettre en berne le 8 novembre, journée des Anciens combattants autochtones, et le 11 novembre, jour du Souvenir.

Le cercle des survivants du Centre national pour la vérité et la réconciliation a notamment été consulté. Le groupe a rencontré l'automne dernier Carolyn Bennett, qui était ministre fédérale des Relations Couronne-Autochtones avant d'être nommée à un nouveau portefeuille.

Plusieurs participants ont mentionné qu'ils ne voulaient pas que le Canada utilise cet engagement pour justifier que le drapeau soit hissé à sa pleine hauteur, ont indiqué les responsables dans un résumé de la réunion.

Ils ne voulaient pas porter cette décision, ajoute le résumé, précisant que Mme Bennett comprenait et voyait que tout le monde n'était pas d'accord.

Certains ont dit qu'ils n'étaient pas prêts à voir le drapeau hissé à sa pleine hauteur, d'autres ont signalé que les Canadiens avaient encore besoin de comprendre pourquoi le drapeau avait été mis en berne.

Des opinions divergentes

Les fonctionnaires ont noté des opinions divergentes sur l’utilisation du drapeau et sur la façon dont le pays prévoit marquer la découverte d'autres tombes non marquées.

Les représentants d'Inuit Tapiriit Kanatami ont insisté sur le besoin crucial d'honorer tous les enfants disparus [plus de 6000] et de continuer à sensibiliser le public à la tragédie des pensionnats, indiquent les documents.

Les représentants du Ralliement national des Métis ont également suggéré que le drapeau soit mis en berne pendant une semaine chaque fois qu'un nouveau site de sépulture est découvert, poursuivent-ils.

En outre, les organisations estimaient que, même si la levée du drapeau était compliquée, il s'agissait d'une question que le gouvernement canadien devait résoudre, ont déclaré les responsables.

Aller au-delà des symboles

Deux personnes tiennent un drapeau orange.

Le drapeau des survivants comporte neuf éléments qui ont été choisis en consultation avec plus de 30 survivants des pensionnats.

Photo : Centre national pour la vérité et la réconciliation

Les organisations jugeaient aussi nécessaire qu’il y ait une autre reconnaissance symbolique au niveau national comme remplacement si le drapeau n'était plus en berne.

Le bureau de l'actuel ministre des Relations Couronne-Autochtones, Marc Miller, a déclaré dans un communiqué qu'il travaillait avec les bureaux des présidents de la Chambre des communes et du Sénat et avec des députés pour que le drapeau des survivants du Centre national de vérité et de réconciliation soit hissé sur la colline du Parlement en juin, mois de l'histoire des Autochtones.

Il prévoit également mettre en berne le drapeau canadien tous les 30 septembre, date de la Journée nationale de la vérité et de la réconciliation.

La Première Nation de Cowessess, près de Regina, a découvert 751 tombes non marquées (nouvelle fenêtre) l'année dernière. Les responsables ont noté que, selon le chef Cadmus Delorme, il s'agit d'un moment historique pour le Canada et qu’avec le nombre de pensionnats, cette question sera présente pour les années à venir.

Les groupes autochtones ont également pressé les gouvernements de prendre des mesures significatives en faveur de la réconciliation et de ne pas en rester à des gestes symboliques, soulignent les documents.

Bien souvent, nous sommes traités comme des étrangers

Le chef Harvey McLeod, de la bande d'Upper Nicola à Merritt, en Colombie-Britannique, a déclaré récemment qu'il fallait débattre davantage de ce que le drapeau représente pour les peuples autochtones et les Canadiens, plutôt que de discuter de combien de temps il doit rester en berne ou levé.

Je pense qu'il est plus important de continuer à dialoguer pour corriger ce qui a été mis en œuvre dans ce projet [les pensionnats] qui était la manière de mettre en œuvre la vision de la Confédération, a-t-il déclaré. C'était une vision où il fallait nous sauver, nous, les sauvages, nous, les Indiens, pour nous incorporer dans la société générale.

Nous devons vraiment nous retrousser les manches et trouver un moyen de savoir comment être inclusifs pour des gens comme moi.

Le vice-président national du Congrès des peuples autochtones, Kim Beaudin, a déclaré qu'il était plus préoccupé par la justice pour les survivants que par les symboles d'Ottawa.

Très honnêtement, nous ne sommes pas vraiment traités comme des Canadiens non plus, n'est-ce pas? Des citoyens canadiens à part entière dans notre propre pays, a-t-il déclaré.

Bien souvent, nous sommes traités comme des étrangers.

Un survivant du pensionnat de Kamloops a déclaré que tout geste du gouvernement canadien sur le drapeau est significatif.

Toute reconnaissance offerte par le Canada est bonne, a déclaré Garry Gottfriedson, un poète de 69 ans qui a fréquenté l'établissement de la maternelle à la troisième année.

Les plus petits gestes sont bons. Tout petit geste que le Canada peut offrir est un pas vers la guérison.

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