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Les phoques sont partout en Atlantique; des scientifiques et le MPO s’inquiètent

Un phoque nage dans l'eau.

Le nombre de phoques du Groenland a presque quadruplé entre 2019 et 1970. (Archives)

Photo : Maxime Descoteaux

Gabrielle Drumond
Gabrielle Drumond

L’augmentation du nombre de phoques et une réduction des populations de poissons de fond du Canada atlantique jamais vue auparavant inquiètent les scientifiques.

Selon le rapport du groupe de travail sur la science des phoques de l’Atlantique (nouvelle fenêtre), commandé par le ministère des Pêches et des Océans (MPO), la région compte la plus grande concentration de phoques gris au monde.

Cette population était presque 30 fois plus importante en 2016 que celle observée dans les années 1960.

Le nombre de phoques du Groenland a presque quadruplé entre 2019 et 1970.

Par contre, les stocks de poissons de fond du Canada atlantique sont à leur niveau le plus bas jamais observé.

Les résultats de ce rapport ont été dévoilés la semaine dernière.

Glenn Blackwood donne une entrevue.

L’ancien vice-président de l’Institut des pêches à l’Université Memorial, Glenn Blackwood, a collaboré à la rédaction du rapport du groupe de travail sur la science des phoques de l’Atlantique commandé par Pêches et Océans.

Photo : Radio-Canada

Pour l’ancien vice-président de l’Institut des pêches à l’Université Memorial et membre de l’équipe de recherche de Pêches et Océans, Glenn Blackwood, il est nécessaire de faire davantage d’études sur cette surpopulation de phoques.

Il rappelle que ces animaux sont les prédateurs naturels de ces poissons.

La question est de savoir quel impact cela a sur les stocks de poissons. […] Ces populations de phoques ont connu des taux de consommation de poissons très élevés.
Une citation de Glenn Blackwood, ancien vice-président de l’Institut des pêches à l’Université Memorial

Le scientifique explique que les recherches devraient se concentrer sur les habitudes alimentaires de ces animaux.

Nous avons besoin de voir cet échantillonnage effectué sur le littoral et au large, où ces phoques sont présents tout au long de l’année, et au nord lorsqu’ils migrent vers ces endroits, précise Glenn Blackwood.

Directeur de la science des mammifères marins à Pêches et Océans, Simon Nadeau explique que la technique la plus traditionnelle pour connaître les habitudes alimentaires des phoques consiste à récolter des échantillons de leur nourriture dans leur estomac.

Il y a aussi d’autres techniques qu’on peut utiliser, comme attacher des caméras dans les phoques, et on voit ce qu’ils mangent en temps réel. Il y a aussi des analyses de tissus et d’ADN pour savoir quelles espèces sont plus consommées que d’autres, ajoute le scientifique.

Une petite colonie de phoques gris dans l'eau du Saint-Laurent.

Un phoque gris peut manger entre une tonne et une tonne et demie de poisson par année. (archives)

Photo : Radio-Canada

Des explications pour le phénomène

Selon Glenn Blackwood, la mortalité naturelle des poissons pourrait être attribuée aux phoques dans certaines régions, mais pas dans d’autres.

Pour Simon Nadeau, la diminution des populations de certaines espèces de poissons pourrait être aussi attribuée à d’autres espèces.

On a pu démontrer que deux tiers de la mortalité des morues est dus à d’autres poissons. Il y a beaucoup de prédateurs dans cette région. Les phoques mangent des poissons, mais d’autres poissons mangent aussi ces morues, précise-t-il.

Le scientifique explique également que le réchauffement des eaux pourrait aussi collaborer à la migration de certaines espèces et au changement de leurs habitudes alimentaires.

Avec les changements climatiques, il y a des changements dans la chaîne alimentaire, la température de l’eau, et il y a des endroits où il y a moins d’oxygène pour les espèces marines. Ces changements vont provoquer des modifications dans les populations, notamment celles des poissons et, par conséquent, celles des phoques.
Une citation de Simon Nadeau, directeur de la science des mammifères marins à Pêches et Océans

Il cite l'exemple des phoques du Groenland, qui dépendent de la présence des glaces pour se reproduire.

La réduction de la quantité de glace dans certaines zones de l’Atlantique force cette espèce à migrer vers des endroits où les eaux sont plus froides, vers le nord de la région.

Ça change aussi leur régime alimentaire. C’est pour cela que c’est important d’observer ce qui se passe, souligne Simon Nadeau.

Un phoque du Groenland sur une banquise au large des Îles-de-la-Madeleine.

Un phoque du Groenland sur une banquise de glace au large des Îles-de-la-Madeleine (archives)

Photo : Gil Thériault

Les changements climatiques pourraient aussi entraîner une variation de la taille des populations marines dans certaines régions, selon lui.

Si ça demande beaucoup d’énergie pour rechercher une proie qui est de moins en moins abondante dans un certain endroit, ça n’en vaut pas la peine. Donc à ce moment-là leur régime alimentaire va changer, ajoute-t-il.

Depuis que la chasse au phoque a été réglementée, il y a 20 ans, les populations de phoques gris et du phoque du Groenland ont augmenté considérablement, rappelle Simon Nadeau.

Lors d’une conférence de presse à Terre-Neuve le 12 mai, la ministre des Pêches et des Océans, Joyce Murray, s’est engagée pour sa part à suivre les recommandations du rapport et à étudier ce déséquilibre (nouvelle fenêtre) entre ces populations marines.

Le rapport indique clairement qu’il y a des éléments sur lesquels nous devons travailler davantage. […] Notre gouvernement appuie chaque décision sur les meilleures données scientifiques disponibles, indique la ministre dans une déclaration écrite envoyée à Radio-Canada.

Pêche et Océans prévoit d’organiser un sommet sur les phoques cet automne afin de trouver des pistes de solution à ce problème.

Gabrielle Drumond
Gabrielle Drumond

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