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Kiev tente de faire évacuer d’autres combattants terrés dans les bunkers d’Azovstal

Des parlementaires russes s'opposent à ce que les évacués fassent l'objet d'un échange de prisonniers. L'un d'eux croit que la peine de mort devrait être envisagée.

Trois hommes sont couchés dans des civières.

Des combattants ukrainiens, couchés, dans l'autobus qui a permis de les évacuer.

Photo : La Presse canadienne / AP/Service de presse du ministère russe de la Défense

François Messier

Moscou et Kiev demeurent silencieux mardi au sujet des combattants ukrainiens qui demeurent terrés dans les bunkers du complexe métallurgique d’Azovstal, à Marioupol, au lendemain de l’évacuation de plus de 260 de leurs camarades (nouvelle fenêtre).

Dans un message publié mardi sur Telegram, la vice-première ministre ukrainienne Iryna Verechtchouk s’est contentée de dire que son gouvernement travaillait sur les prochaines étapes de l’évacuation, sans donner plus de détails. Si Dieu le veut, tout ira bien.

Moscou n’en a pas dit davantage. En matinée, le ministère russe de la Défense s’est borné à dire qu’au cours des dernières 24 heures, 265 combattants ont rendu les armes et se sont constitués prisonniers, dont 51 gravement blessés.

Ces chiffres correspondent peu ou prou à ceux donnés lundi par la vice-ministre ukrainienne de la Défense, Ganna Malyar, qui a rapporté 53 blessés graves […] évacués d’Azovstal vers Novoazovsk pour assistance médicale et 211 autres […] transportés à Olenivka par un couloir humanitaire.

Les deux destinations se trouvent sur le territoire de la république autoproclamée prorusse de Donetsk, mais ils devraient être rapatriés en territoire contrôlé par l’Ukraine dans le cadre d’une procédure d’échange, a dit Mme Verechtchouk, sans offrir plus d’informations.

Contrairement à l'Ukraine, le ministère russe de la Défense n'a cependant pas évoqué d'échange potentiel de prisonniers.

L'agence Reuters cite mardi un témoin qui rapporte avoir vu sept autobus quitter l'usine d'Azovstal escortés par des militaires prorusses. Selon lui, ils transportaient des combattants qui ne semblaient pas blessés. Les bus sont arrivés quelques heures plus tard à Olevnika, a aussi rapporté l'agence, citant encore un témoin.

Ces informations n'ont été confirmées ni par Kiev ni par Moscou.

L'agence russe Tass affirme que les combattants évacués d'Azovstal seraient interrogés par un comité d'enquête russe au sujet de dossiers criminels concernant les crimes du régime ukrainien.

Des militaires sont penchés sur un autre militaire blessé à la jambe, couché dans une civière posée sur le sol.

Même les combattants ukrainiens blessés ont été fouillés par des militaires prorusses qui encadraient leur évacuation.

Photo : Reuters / Service de presse du ministère russe de la Défense

Une résistance qui a « changé le cours de la guerre »

Le nombre de combattants retranchés dans les galeries souterraines de la gigantesque usine d’Azovstal n’est pas connu. La semaine dernière, Kiev avait évoqué la présence de 1000 soldats, dont 600 blessés. Des centaines de combattants pourront donc s’y trouver encore.

Selon un conseiller du président Zelensky, Mykhaïlo Podolyak, la résistance acharnée de ces combattants, qui s’est étirée sur presque trois mois, a permis de changer le cours de la guerre.

Parce que Marioupol a réussi à retenir les forces de la Fédération de Russie pendant 82 jours, l’opération visant à s’emparer de l’est et du sud [de l’Ukraine] a été retardée. Ça a changé le cours de la guerre.
Une citation de Mykhaïlo Podolyak, conseiller du président de l'Ukraine

Les négociations visant à évacuer le reste des combattants sont difficiles, mais il y a un espoir qu’elles se concrétisent, a-t-il ajouté dans des commentaires livrés à la télévision ukrainienne.

L’état-major ukrainien avait aussi fait valoir lundi que la résistance à Marioupol a empêché la prise rapide par l’armée russe de Zaporijia, à 200 km au nord-ouest, et retardé le transfert de soldats russes vers d’autres fronts.

L'Ukraine a besoin de héros ukrainiens pour vivre. C'est notre principe. [...] Le travail continue pour ramener les gars à la maison, et cela demande de la délicatesse et du temps.
Une citation de Volodymyr Zelensky, président de l'Ukraine
Des hommes sont assis dans un autobus.

Des combattants ukrainiens sont assis dans un autobus après leur évacuation de l'usine d'Azovstal. Mais des centaines de combattants attendent toujours d'être extirpés des souterrains. Les précisions de Mariève Bégin.

Photo : Reuters / Service de presse du ministère russe de la Défense

Quel sera le sort des combattants évacués?

Le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov, a pour sa part assuré mardi que les combattants ukrainiens qui se sont rendus aux forces russes seront traités conformément aux règles internationales. Il a toutefois refusé de dire s'ils seraient considérés comme des prisonniers de guerre ou des criminels de guerre.

Des parlementaires russes s’opposent cependant ouvertement à ce que des combattants, dont ceux du régiment Azov, connu pour ses liens avec l’extrême droite, soient remis aux Ukrainiens. Ces derniers font partie des derniers défenseurs de Marioupol, avec des soldats de la 36e brigade de la marine nationale.

Notre         dossier Guerre en Ukraine

Lors d’un débat à la Douma, chambre basse du Parlement russe, le député Leonid Slutsky a plaidé que la Russie devrait réfléchir soigneusement à infliger la peine de mort aux combattants d’Azov, même si un moratoire sur la peine de mort est en vigueur dans le pays.

Ils ne méritent pas de vivre après les monstrueux crimes contre l’humanité qu’ils ont commis et qui sont commis de façon continue contre nos prisonniers, a fait valoir M. Slutsky, qui fait partie de l’équipe russe ayant participé à des négociations de paix avec l’Ukraine.

Un homme blessé à l'œil et au bras, couché, reçoit des soins.

Un combattant ukrainien reçoit des soins après avoir été évacué du complexe métallurgique d'Azovstal, à Marioupol.

Photo : La Presse canadienne / AP/Service de presse du ministère russe de la Défense

Sans parler du cas de Marioupol en particulier, le président de la Douma, Viatcheslav Volodine, a aussi affirmé sur son compte Telegram que les criminels nazis ne doivent pas faire l'objet d'un échange de prisonniers.

Concernant les nazis, notre position doit rester inchangée : ce sont des criminels de guerre, et nous devons tout faire pour qu'ils comparaissent en justice, a-t-il dit.

Selon l'agence russe Interfax, qui cite le site du ministère de la Justice, le procureur général de la Russie a d'ailleurs demandé à la Cour suprême du pays de désigner le régiment Azov organisation terroriste. L'audience devant le plus haut tribunal du pays serait prévue le 26 mai.

Des bombardements dans le Donbass et au nord de Kiev

Selon les autorités ukrainiennes, toute la ligne de front dans le Donbass est soumise mardi en permanence à des bombardements intensifs, notamment autour des villes voisines de Sievierodonetsk et Lyssytchansk.

L’état-major ukrainien affirme en outre que les forces russes se renforcent et se préparent à relancer leur offensive près de Sloviansk et de Drobysheve, au sud-est de la ville stratégique d'Izioum.

Ailleurs dans le pays, 8 personnes sont mortes et 12 autres, blessées, dans une frappe russe sur Desna, un village ukrainien à une soixantaine de kilomètres au nord de Kiev, selon un bilan fourni par les services de secours. Desna est connu pour abriter un grand camp d'entraînement militaire.

Dans la matinée, le gouverneur de la région, Viatchaslav Tchaous avait fait état sur la messagerie Telegram de morts et blessés dans des frappes de missiles russes contre Desna.

La guerre n'est pas finie, la guerre n'a pas quitté la région, la guerre n'a pas quitté nos villes , a ajouté M. Tchaous, dont la région a été partiellement bombardée par les troupes russes au début de la guerre, avant qu'elles ne reculent.

Une autre attaque russe a touché mardi matin une base militaire ukrainienne dans la région de Lviv (ouest) située à seulement cinq kilomètres de la frontière avec la Pologne, selon le gouverneur régional Maxim Kozitsky.

Le ministère russe de la Défense a confirmé de son côté que des missiles mer-sol Kalibr avaient frappé la gare de Starytchi, proche de cette base dans le district de Iavoriv, éliminant des réservistes en formation ainsi que des armes étrangères et des équipements militaires des États-Unis et de pays européens qui devaient être envoyés dans le Donbass.

Le ministère a aussi confirmé la frappe sur Desna et sur un autre camp d'entraînement à Okhtyrka, dans la région de Soumy, dans le nord du pays. Selon le gouverneur de la région de Soumy, Dmytro Jyvytsky, cette dernière frappe a fait au moins cinq blessés.

Il n'y a pas eu de bombardements aussi intenses et massifs depuis le début de la guerre , a-t-il précisé à l'agence de presse Interfax-Ukraine, disant constater une activité accrue de l'aviation russe, des hélicoptères ces derniers jours.

Kiev confirme la suspension des négociations de paix

Les négociations de paix entre l'Ukraine et la Russie sont en pause, a confirmé Mikhaïlo Podoliak, qui est membre de la délégation ukrainienne.

La Russie ne fait pas preuve d'un élément clé : la compréhension de [...] ce qui se passe actuellement dans le monde et de son rôle extrêmement négatif, a-t-il déclaré, cité par la présidence ukrainienne. Moscou ne comprend pas que la guerre ne se déroule plus selon ses règles, son calendrier ou ses plans, a-t-il ajouté.

L'objectif stratégique des Russes, c'est tout ou rien. [Les élites politiques russes] ont peur de dire la vérité, c'est-à-dire qu'il faut se retirer de la guerre selon des conditions tout à fait différentes que celles initialement annoncées.
Une citation de Mikhaïlo Podoliak, conseiller du président de l'Ukraine

Plusieurs rencontres entre négociateurs des deux camps ont eu lieu, mais n'ont donné aucun résultat concret. Selon les agences russes, la dernière rencontre entre les chefs des délégations, le Russe Vladimir Medinski et l'Ukrainien David Arakhamia, remonte au 22 avril.

Avec les informations de Agence France-Presse, Reuters et Associated Press.
François Messier

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