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La doyenne de Uashat s’éteint, son héritage rayonne

Marie-Clara Jourdain.

Marie-Clara Jourdain était également appelée Pashin-Mali.

Photo : Gracieuseté de la famille Jourdain

Djavan Habel-Thurton, journaliste
Djavan Habel-Thurton

Marie-Clara Jourdain, Thernish de son nom de jeune fille, est décédée le 12 mai à 95 ans. Doyenne de la communauté innue de Uashat mak Mani-utenam, elle laisse derrière une impressionnante descendance et le fruit de son travail incessant pour la promotion et la transmission de sa culture.

On a eu une maman jusqu'à 95 ans, le bon Dieu en a décidé de même. Elle m'a beaucoup appris de choses, nous confie Henriette Vachon, la fille de Marie-Clara Jourdain, à la veille des funérailles de sa mère.

Mme Jourdain est née à une autre époque et dans un autre monde, en 1926, sous une tente et en forêt, dans le secteur de Clarke City, près de Sept-Îles.

Henriette Vachon, photographiée à l'extérieur.

Henriette Vachon est la fille de Marie-Clara Jourdain. La doyenne a eu quatre autres enfants.

Photo : Radio-Canada / Daniel Fontaine

Celle qui était aussi appelée Pashin-Mali a connu les plus grandes difficultés de la vie nomade. Aux dires de sa fille Henriette, Marie-Clara Jourdain a notamment survécu avec ses enfants à la privation de nourriture. Enfant, Mme Jourdain aurait aussi surmonté le décès de sa sœur, dont le corps a été transporté à pied par la famille en déplacement.

Plus tard dans sa vie, sa force de caractère s'est incarnée par sa volonté de vivre et de travailler en parlant presque uniquement l'innu.

Elle a toujours parlé en innu. Elle nous disait : ''Ne parlez pas français ici à la maison, vous n’êtes pas à l’école'', se souvient sa fille Henriette, dans la soixantaine.

Yvette Vachon, photographiée dans une cuisine.

Yvette Vachon ne conserve que d'excellents souvenirs de Marie-Clara Jourdain.

Photo : Radio-Canada / Djavan Habel-Thurton

C'est aussi sa détermination à protéger sa langue qui faisait de Marie-Clara Jourdain une enseignante tout indiquée pour la transmettre aux enfants de Uashat-mak-Mani-utenam. L'ancienne directrice de l’école Johnny-Pilot, Yvette Vachon, explique qu’en plus d’aider les enfants, Mme Jourdain a eu un impact significatif dans sa vie.

Marie-Clara nous a montré, nous a appris à redécouvrir notre culture et notre langue. C’est l'une des femmes qui m’a donné cette dignité, cette fierté d’être femme innue.
Une citation de Yvette Vachon, ex-directrice de l'école Johnny-Pilot

Mme Jourdain a aussi offert des cours privés d’innu à des hommes d’affaires allochtones voulant se familiariser avec la langue. Dans sa vie personnelle, l'amour de sa culture s'exprimait par l'artisanat et la composition de chansons en innu pour les enfants.

Photo de Marie-Clara Jourdain, en compagnie de son mari Robert et de ses cinq enfants.

Marie-Clara Jourdain, en compagnie de son mari Robert et de ses cinq enfants.

Photo : Gracieuseté de la famille Jourdain

Mme Jourdain étant porteuse de la mémoire de sa communauté, ses témoignages devant le Tribunal des revendications particulières ont permis de documenter la dépossession territoriale des Innus de Uashat au cours du 20e siècle.

Marie-Clara, on perd un grand morceau en la perdant, exprime Yvette Vachon, la voix nouée par l'émotion. C’est une femme qui participait dans toutes les sphères de notre société, de notre communauté, précise-t-elle.

La doyenne de Uashat mak Mani-utenam avait 5 enfants, 25 petits-enfants et était arrière-arrière-grand-mère.

Malgré son parcours impressionnant, sa famille souligne avant tout sa simplicité, sa foi, son humour et les chants qu'elle offrait à ses enfants et ses élèves.

Djavan Habel-Thurton, journaliste
Djavan Habel-Thurton

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