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Que sait-on des cas d’hépatite infantile grave, soudainement nombreux?

Le SRAS-CoV-2, un adénovirus ou une co-infection sont parmi les hypothèses étudiées.

Un adulte tient la main d'un jeune patient.

Des centaines de cas d'hépatite grave ont été recensés dans le monde.

Photo : Shutterstock

Mélanie Meloche-Holubowski

Plus de 400 enfants dans le monde ont contracté des hépatites graves dans les six derniers mois, un nombre beaucoup plus élevé que d’habitude. Les experts peinent à comprendre quelle en est la cause sous-jacente. Voici six questions et réponses pour expliquer ce que l’on sait à ce jour.

1. Qu’est-ce que l’hépatite?

L'hépatite est une inflammation du foie qui peut être causée par des infections virales (notamment les virus Hep-A, Hep-B et Hep-C), la consommation d'alcool, des toxines, des médicaments et certaines anomalies médicales.

Les symptômes sont des nausées, des vomissements, des douleurs abdominales, une urine foncée, la jaunisse, la fièvre et la fatigue.

L'hépatite aiguë se manifeste rarement chez les enfants et la cause exacte est souvent difficile à circonscrire. La Dre Theresa Tam, administratrice en chef de la santé publique du Canada, a d’ailleurs rappelé cette semaine que, même avant la pandémie, environ la moitié des cas d'hépatite pédiatrique grave n’avaient aucune cause connue.

Au Canada, on voit des cas d'hépatite indéterminée chaque année, peut-être deux ou trois, normalement, dit le Dr Fernando Alvarez, directeur du programme de transplantation hépatique au Centre hospitalier universitaire Sainte-Justine.

2. Combien de cas ont été rapportés?

Selon un rapport publié cette semaine par le Centre européen de prévention et de contrôle des maladies (nouvelle fenêtre), on recense à ce jour environ 450 cas dans le monde et 11 décès (5 en Indonésie, 1 en Palestine et 5 aux États-Unis).

Au Royaume-Uni, on compte plus de 160 enfants de moins de 16 ans touchés. Onze d'entre eux ont reçu une greffe du foie. Aux États-Unis, où 109 cas ont été recensés, 90 % des enfants ont été hospitalisés; une quinzaine d'entre eux ont eu besoin d'une greffe du foie.

On rapporte aussi des cas en Italie (36), au Portugal (22) en Argentine (8), au Brésil (8), au Costa Rica (2), en Indonésie (15), en Israël (12), au Japon (7), au Panama (1), en Palestine (1), en Serbie (1), à Singapour (1) et en Corée du Sud (1).

Au Canada, en date du 13 mai, on compte 7 cas en Ontario, 2 en Alberta et 2 au Manitoba.

Il reste à déterminer si ce nombre représente une augmentation des cas d'origine inconnue par rapport aux années précédentes, écrit dans un courriel une porte-parole de l’hôpital SickKids de Toronto.

Les cas sont encore relativement rares, mais il y a suffisamment de cas graves pour surveiller de près la situation, dit le Dr Christopher Labos, épidémiologiste montréalais.

Les premiers cas ont été observés en Alabama, aux États-Unis, en octobre 2021, mais les chercheurs croyaient d'abord qu’il s’agissait d’un problème localisé. Ce n’est qu’au début d'avril que le Royaume-Uni a informé l’Organisation mondiale de la santé d’un nombre anormalement élevé de cas.

Le Dr Labos précise qu’il est encore difficile de connaître avec certitude le nombre réel de cas d’hépatite grave dans le monde. Maintenant que la communauté internationale a été alertée, nous pourrons mieux détecter les cas, nous pourrons faire des associations entre eux et ainsi mieux comprendre la cause.

3. Quelles hypothèses sont étudiées pour déterminer la cause?

Les Drs Labos et Alvarez affirment que les chercheurs n'excluent rien.

Pour l’instant, les facteurs environnementaux ne semblent pas être en cause. Les virus normalement associés aux hépatites virales (Hep-A, Hep-B et Hep-C) n’ont pas été détectés chez ces enfants.

Un autre élément est clair, selon le Dr Labos : la vaccination contre la COVID-19 n’est pas en cause puisque la majorité des cas ont moins de cinq ans et ne sont pas encore admissibles au vaccin contre la COVID-19. Plus de 65 % des enfants atteints d'hépatite grave au Royaume-Uni et plus de 80 % des enfants en Europe n'étaient pas vaccinés.

Tout le reste est possible. Il peut s'agir d'une combinaison de facteurs qui ont provoqué les cas d'hépatite, dit le Dr Alvarez, en ajoutant qu’il ne faut pas sauter à des conclusions prématurées.

Le Dr Labos avance qu'il est possible que certains des cas récemment rapportés soient liés, d’autres non. Il se peut qu’on ne trouve pas la cause de certains de ces cas.

En ce moment, les autorités et les chercheurs se penchent principalement sur deux causes possibles : un adénovirus et le SRAS-CoV-2.

4. Un adénovirus pourrait-il être la cause?

Selon la Dre Caroline Quach, microbiologiste-infectiologue et pédiatre au Centre hospitalier universitaire Sainte-Justine, la théorie de l’adénovirus semble la plus plausible. Cette théorie est aussi celle qui prévaut en ce moment au Royaume-Uni.

Les adénovirus sont des virus qui se propagent par contact personnel étroit. Il en existe plus de 50 types qui peuvent provoquer des infections chez l'humain (maladies respiratoires, gastro-entérites, conjonctivites, cystites et, moins fréquemment, maladies neurologiques).

Selon le dernier rapport de l’Organisation mondiale de la santé (nouvelle fenêtre), parmi 169 cas, 74 enfants ont reçu un test positif pour un adénovirus, dont 18 pour l’adénovirus 41. Chez les enfants, il provoque généralement une gastro-entérite aiguë qui se présente sous forme de diarrhée, de vomissements et de fièvre.

Au Royaume-Uni, 72 % des enfants étaient positifs pour un adénovirus. En Alabama, 7 des 9 enfants avaient été infectés par un adénovirus.

Mais selon l’Organisation mondiale de la santé, bien que l'adénovirus soit actuellement considéré comme une cause sous-jacente, il n'explique pas entièrement la gravité des cas. Par exemple, aucun enfant en Israël atteint d'une hépatite sévère n'a reçu un test positif pour un adénovirus.

Cet adénovirus a été détecté dans certains cas, mais pas dans tous. C'est peut-être plausible comme théorie, mais cela n'explique pas tout.
Une citation de Dr Christopher Labos

De plus, selon le Dr Alvarez, l'adénovirus de type 41 n'est généralement pas connu pour être une cause d'hépatite chez des enfants en santé. Chez ceux qui ne prennent pas de médicaments ou qui ne sont pas immunosupprimés, les hépatites causées par les adénovirus sont généralement légères ou presque inexistantes.

La Dre Quach, comme d’autres experts, se demande si l’adénovirus possiblement en cause possède un génotype différent, ce qui mènerait à des lésions plus graves que ce qu’on observe habituellement.

Les chercheurs se demandent également si le fait que les enfants aient été moins exposés aux adénovirus pendant la pandémie pourrait expliquer en partie cette hausse des hépatites. Une exposition soudaine et plus fréquente aux adénovirus lorsque les mesures sanitaires ont été levées a peut-être entraîné une réponse immunitaire plus vigoureuse chez certains, causant une hépatite grave.

5. Qu’en est-il du SRAS-CoV-2?

Les chercheurs étudient également le rôle potentiel du SRAS-CoV-2.

Une autre théorie serait la COVID-19, ce qui ne serait pas surprenant considérant le nombre récent de cas, particulièrement au Royaume-Uni et aux États-Unis, où on a déclaré de nombreux cas d’hépatite. Mais ce ne sont pas tous les enfants atteints d'hépatite qui ont eu un test positif pour la COVID-19, dit le Dr Labos.

Selon le Dr Alvarez, on sait qu'une infection à la COVID-19 peut augmenter l'incidence d’hépatite chez certaines personnes, mais que, généralement, ces hépatites ne sont pas aussi graves que celles actuellement étudiées.

En Israël, 11 des 12 enfants étaient atteints de la COVID-19. Toutefois, parmi les huit cas enregistrés en Alabama, aucun n'avait reçu un diagnostic de COVID-19 lors de son admission à l'hôpital. On ignore toutefois si ces enfants ont été infectés dans le passé et on ne sait pas combien des autres enfants atteints d'hépatite aux États-Unis ont été infectés par la COVID-19.

Au Royaume-Uni, seulement 18 % des enfants ont reçu un test positif pour le SRAS-CoV-2 lors de leur hospitalisation. En Écosse, 8 des 13 enfants ont été déclarés négatifs lors du test PCR.

En Europe, (nouvelle fenêtre) seulement 12 % des 173 cas ont été diagnostiqués pour la COVID-19 grâce à un test PCR. Par contre, parmi les 19 cas où un test sérologique a été fait (permettant de détecter une infection antérieure), 74 % étaient positifs pour la COVID-19. C'est pourquoi plusieurs chercheurs estiment qu'il faut réaliser un test sérologique chez tous les enfants atteints d'hépatite sévère afin de savoir exactement combien d'entre eux ont été infectés par le SRAS-CoV-2 au cours des derniers mois.

Par ailleurs, des chercheurs en Inde (nouvelle fenêtre) estiment que la COVID-19 pourrait avoir causé des dizaines de cas d’hépatite sévère inexpliqués entre avril et juillet 2021.

Leur étude, non révisée par les pairs, montre que parmi 475 enfants atteints de la COVID-19, 47 présentaient une hépatite sévère. Parmi ces 47 enfants, 37 étaient classés comme ayant ce que les chercheurs ont appelé une hépatite associée à la COVID-19 .

Le seul facteur commun que nous avons trouvé était qu'ils étaient tous infectés par la COVID-19 ou qu'ils avaient tous une infection antérieure de COVID-19, a déclaré à CBC (nouvelle fenêtre) le Dr Sumit Rawat, auteur principal, microbiologiste et professeur agrégé au Bundelkhand Medical College du Madhya Pradesh, en Inde.

Il ajoute que les cas d'hépatite ont soudainement diminué lorsque les taux d’infection de la COVID-19 ont baissé, mais ont augmenté lorsque le nombre de cas était élevé. Selon le Dr Rawat, c’est un autre signe que la COVID-19 pourrait être en cause.

Une autre hypothèse, avancée par des chercheurs dans The Lancet (nouvelle fenêtre), est qu'une co-infection d’un adénovirus et du SRAS-CoV-2 aurait possiblement provoqué ces hépatites.

6. Les parents doivent-ils s’inquiéter?

Les trois médecins disent que les autorités doivent être sur un pied d'alerte, mais qu’il ne faut pas paniquer. Le nombre de cas reste relativement bas, rappellent-ils.

Pour la plupart des enfants, la gastro est une maladie banale. Mais comme d'habitude, il faut consulter si elle dure plus de quelques jours et s'il y a des signes de jaunissement dans les yeux, dit le Dr Alvarez.

La Dre Quach tient à rappeler que l’adénovirus peut être facilement détruit avec les produits de nettoyage courants. Il faut continuer de maintenir nos pratiques d’hygiène habituelles.

Pour sa part, le Dr Labos ajoute qu’il est sage de continuer de protéger les enfants de la COVID-19 en portant le masque dans les endroits bondés et clos. C’est le gros bon sens, même si on découvre que le SRAS-CoV-2 n’est pas la cause des hépatites.

Mélanie Meloche-Holubowski

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