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Les jeunes, ces grands oubliés de la campagne électorale

Des étudiants font la file pour voter par anticipation à un bureau de vote établi  à l'Université d'Irvine, en Californie.

Les experts ne s'attendent pas à voir une très grande participation des jeunes.

Photo : Reuters / Mike Blake

Elvis Nouemsi Njiké

À environ trois semaines des élections provinciales en Ontario, des jeunes qui vont voter pour la première fois ont le sentiment qu’ils ne sont pas au centre des préoccupations des grands partis politiques.

Âgée de 18 ans et en première année à l’Université métropolitaine de Toronto, Zoha Naghar trouve cette situation d’autant plus regrettable qu’elle estime que les jeunes ont particulièrement souffert de la pandémie.

Nombre d’étudiants ont eu un accès limité aux ressources que les établissements d’enseignement fournissent d’ordinaire, en particulier en ce qui concerne les universités et les collèges, mais ils continuent à payer le même montant de frais de scolarité, explique-t-elle.

J’ai le sentiment que nous payons beaucoup plus que nous ne devrions, nous n’obtenons pas les ressources auxquelles nous avons droit.
Une citation de Zoha Naghar, étudiante
Zoha Naghar souriante.

Zoha Naghar est préoccupée à la fois par les questions environnementales et les frais de scolarité.

Photo : Gracieuseté de Zoha

Zoha Naghar, qui est également préoccupée par les questions environnementales, pense que les jeunes doivent s’engager et voter parce que les politiciens actuels, qui ne font pas partie de leur génération, font des promesses qu’ils ne tiennent pas et prennent des décisions dont les conséquences seront vécues par les jeunes générations.

Un avis que partage Aliénor Rougeot. L'activiste environnementale de 23 ans déplore pour sa part le fait que les enjeux climatiques ne soient pas plus présents depuis le début de la campagne électorale, fustigeant même le fait que certains partis proposent des plateformes électorales qui vont dans le sens inverse (nouvelle fenêtre).

Il y a des partis qui pensent encore qu’on devrait être dans un moment où on a plus de voitures, plus d’autoroutes et moins de nature. Ça, pour moi, c’est assez éliminatoire, tranche-t-elle.

Compter pour peu

Aliénor Rougeot se dit très inquiète chaque fois que le Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat produit un nouveau rapport sur les changements climatiques et se demande si les partis lisent ces rapports.

De manière plus générale, la jeune femme affirme que les plateformes électorales et les moyens de communication des grandes formations politiques ne donnent pas l’impression que les jeunes sont un électorat qui compte.

Quand la plupart des gens qui veulent être élus parlent de jeunesse, ils en parlent souvent en disant : "vos enfants". En fait, ils parlent aux adultes en parlant de vos enfants. Mais il y a toute cette tranche d’âge où on n’est plus seulement les enfants de, mais aussi des votants. Moi j’ai l’impression qu’on s’adresse très peu à nous, explique-t-elle.

Je pourrais m’attendre à des pubs sur les réseaux sociaux. On pourrait s’attendre à des techniques que les entreprises savent faire quand elles veulent atteindre des jeunes, et là, les partis ne le font pas.
Une citation de Aliénor Rougeot, coordonnatrice des Grèves des jeunes pour le climat à Toronto
Aliénor Rougeot, coordonnatrice des Grèves des jeunes pour le climat à Toronto, répond aux questions d'un journaliste dans un parc.

Aliénor Rougeot regrette que les partis politiques parlent trop peu des enjeux climatiques et environnementaux pendant la campagne.

Photo : Radio-Canada

Jamey Essex est professeur de sciences politiques à l’Université de Windsor. Il confirme que les jeunes ne sont pas une cible d’importance en ce moment pour les partis politiques et attribue cela au fait que nombre de leurs préoccupations sont celles des autres couches de la population.

Le coût des études supérieures par exemple (le coût de la vie), la possibilité de s’acheter une première maison, c’est devenu très cher, notamment dans la région de Toronto. Je pense que les préoccupations sont les mêmes que pour les autres électeurs et il n’y a pas d’intérêt particulier pour les jeunes électeurs en tant que groupe, explique-t-il.

Les conservateurs n’ont pas réellement besoin d’eux [pour être majoritaires] et les autres partis n’ont pas encore trouvé le moyen de leur parler.
Une citation de Jamey Essex, professeur de sciences politiques

M. Essex affirme que la pandémie a eu une certaine action sur les priorités électorales. Il constate que les propositions des progressistes-conservateurs en matière d’infrastructures ne vont pas dans le sens de la protection de l’environnement.

Jamey Essex en visioconférence.

Jamey Essex pense que certains partis pourraient souffrir du manque de mobilisation des jeunes.

Photo : Elvis Nouemsi Njiké

Il note par ailleurs que ni les libéraux ni le NPD ne mettent vraiment de l’avant des politiques environnementales, trop occupés qu’ils sont à essayer de rattraper le Parti progressiste-conservateur, ce qui les oblige à traiter surtout de questions économiques.

L’environnement est vu comme un sujet à part et ils [les partis] ne l'intègrent pas réellement dans les autres choses qu’ils font. Les libéraux ont parlé de réduire les frais de transport en commun (nouvelle fenêtre), ce qui de manière tangible est une question environnementale, mais ils ne l’ont pas présenté ainsi, explique-t-il.

Encourager le vote

Quoi qu’il en soit, à l’Université Western à London, on essaie d’aider le maximum d’étudiants à aller voter. Le conseil étudiant de l’université a même mis sur pied une campagne allant dans ce sens, baptisée Get out to vote.

Eunice Oladejo est la vice-présidente aux affaires extérieures du conseil. Elle indique que son organisme veut s’assurer que les étudiants sachent en quoi consiste le vote et de quelle manière voter.

Nous leur disons où est-ce qu’ils peuvent trouver les plateformes des partis, quels sont les sujets pour lesquels nous nous battons, souligne-t-elle.

Eunice Oladejo souriante.

Eunice Oladejo veut aider les jeunes de son université à voter.

Photo : Gracieuseté d'Eunice Oladejo

Elle affirme que le conseil s'assure également d'informer les étudiants sur des sujets qui les concernent comme l’abordabilité, l’équité raciale ou les questions de genre.

Malgré cela, Jamey Essex ne s’attend pas à voir une importante participation des jeunes durant cette élection, ce qui pourrait être dommageable pour les libéraux, le NPD et les verts, qui accusent déjà du retard sur les progressistes-conservateurs, et pour qui les jeunes ont le plus souvent tendance à voter, souligne-t-il.

De son côté, Élections Ontario dit travailler à l’élimination des obstacles au vote pour toutes les électrices et tous les électeurs.

Dans un courriel envoyé à Radio-Canada, l’organisme affirme que les étudiantes et les étudiants en Ontario qui vivent loin de leur résidence domiciliaire pour suivre leurs études ont l’option de voter dans la circonscription électorale de leur résidence domiciliaire ou dans la circonscription de leur résidence pour les études.

Les étudiantes et les étudiants qui souhaitent voter dans la circonscription électorale de leur résidence domiciliaire, mais qui se trouvent trop loin pour se déplacer, peuvent le faire en remplissant une demande de vote par la poste.
Une citation de Extrait du courriel d’Élections Ontario.

Élections Ontario indique par ailleurs avoir tenu 52 événements en mars sur des campus dans tout l’Ontario dans le cadre du Mois d’inscription des électeurs afin d’inciter les étudiantes et les étudiants à s'inscrire sur les listes électorales notamment.

En attendant, Aliénor Rougeot souhaite que les jeunes se mobilisent et mise sur l'éducation pour cela. L'éducation, un autre sujet qui aurait dû être, selon elle, au cœur de la campagne électorale.

Elvis Nouemsi Njiké

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