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Washington et l’OTAN dénoncent la mise en alerte de la force nucléaire russe

Vladimir Poutine lors d'un entretien avec son ministre de la Défense Sergei Shoigu et chef d'état-major Valery Gerasimov le dimanche 27 février.

Les forces de dissuasion russes sont un ensemble d'unités dont le but est de décourager une attaque contre la Russie, y compris en cas de guerre impliquant l'utilisation d'armes nucléaires, selon le ministère de la Défense russe.

Photo : AFP / ALEXEY NIKOLSKY

RCI

Washington et l'OTAN ont condamné dimanche la décision « irresponsable » du président russe Vladimir Poutine d'ordonner la mise en alerte de la force nucléaire russe. Face à cette escalade, l'Union européenne (UE) a débloqué une nouvelle aide militaire à l'Ukraine et a durci ses sanctions contre Moscou.

Dans un entretien avec ses chefs militaires retransmis à la télévision, le président Poutine a ordonné la mise en alerte des forces de dissuasion de l'armée russe – qui comportent un volet nucléaire – invoquant des sanctions illégitimes prises contre Moscou par les Occidentaux et des déclarations belliqueuses de l'OTAN.

Le secrétaire général de l'Alliance atlantique, Jens Stoltenberg, a rejeté toute responsabilité. C'est la Russie qui a engagé la guerre, qui mène une invasion militaire à grande échelle d'une nation souveraine et pacifique, donc il n'y a aucun doute que la Russie est responsable, a-t-il insisté, dénonçant une rhétorique dangereuse.

Vladimir Poutine fabrique des menaces qui n'existent pas, a pour sa part dénoncé dimanche la porte-parole de la Maison-Blanche, Jen Psaki.

À aucun moment, la Russie n'a été menacée par l'OTAN ou par l'Ukraine.
Une citation de Jen Psaki, porte-parole de la Maison-Blanche

Selon l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA), qui a convoqué une réunion mercredi, le risque que pose la guerre en Ukraine sur les sites nucléaires est réel.

L'Ukraine dispose de quatre centrales opérationnelles et de plusieurs dépôts de déchets radioactifs, dont celui de Tchernobyl, tombé jeudi aux mains de l'armée russe (nouvelle fenêtre).

L'opération militaire sur ce site – théâtre du pire accident nucléaire de l'histoire, en 1986 – a d'ailleurs été suivie d'une légère hausse des niveaux de radiation.

Bien qu'inoffensif, un tel événement souligne le risque réel que des sites disposant de matière radioactive subissent des dégâts pendant le conflit, avec des conséquences potentiellement graves pour la santé humaine et l'environnement, croit l'Agence internationale de l'énergie atomique.

Le Conseil de sécurité de l'ONU se réunira pour sa part en urgence lundi.

Pluie de sanctions et d'aides militaires

Les annonces de sanctions et de nouvelles aides militaires se sont encore une fois multipliées au quatrième jour de l'invasion russe en Ukraine.

L'Union européenne a annoncé dimanche qu'elle allait fermer l'ensemble de son espace aérien aux avions russes, débloquer 450 millions d'euros pour financer des livraisons d'armes à l'Ukraine et bannir les médias russes RT et Sputnik.

La Suède, qui n'a pas exporté d'armes vers un pays en guerre depuis l'attaque de la Finlande par l'URSS en 1939, a elle aussi rompu avec la tradition en annonçant dimanche qu'elle allait envoyer 5000 lance-roquettes à Kiev.

Autre pays scandinave à soutenir l'Ukraine : la Norvège, qui a déclaré dimanche que le fonds souverain norvégien, le plus important au monde avec ses 1300 milliards de dollars américains d'actifs, céderait ses actifs russes. Ces actifs s'élèvent actuellement à 2,8 milliards de dollars américains, contre 3,3 milliards il y a un an.

Par ailleurs, l'UE s'est entendue avec le G7 pour bloquer toutes les transactions de la Banque centrale russe d'ici l'ouverture des marchés lundi.

Plus de la moitié des réserves [de l'institution] vont être paralysées, parce qu'elles sont conservées dans des établissements des pays du G7, a expliqué Josep Borrell, chef de la diplomatie de l'Union.

Complice de la Russie, le Bélarus subit lui aussi de nouvelles représailles, en plus de celles déjà en vigueur depuis l'été dernier (nouvelle fenêtre) contre le régime de Minsk. L'UE a pris la décision dimanche d'interdire les exportations vers le Bélarus d'hydrocarbures, de tabac, de ciment, de fer et d'acier – d'importants secteurs économiques pour le pays.

De son côté, Washington a annoncé dimanche 54 millions de dollars d'aide humanitaire supplémentaire à Kiev, alors que le Canada a annoncé une aide supplémentaire de 25 millions de dollars en matériel militaire non létal à l'Ukraine (nouvelle fenêtre).

Ces mesures viennent s'ajouter aux sanctions prises contre Moscou, dont l'exclusion de nombreuses banques russes de la plateforme interbancaire SWIFT (nouvelle fenêtre). Le réseau a d'ailleurs annoncé tard samedi qu'il se préparait à mettre en œuvre dans les prochains jours les nouvelles mesures (nouvelle fenêtre) décrétées par les puissances occidentales.

La Russie bannie du ciel européen et canadien

Outre l'UE, plusieurs autres pays européens (Royaume-Uni, Norvège, Macédoine du Nord, Islande...) ont annoncé qu'ils entendaient fermer l'ensemble de leur espace aérien aux avions russes. Et le Canada s'est ajouté à la liste, dimanche matin.

En vigueur immédiatement, l'espace aérien canadien est fermé à tous les exploitants d’aéronefs russes, a indiqué sur Twitter le ministre canadien des Transports, Omar Alghabra. Cette interdiction vise les avions et les exploitants d'avions russes pour trois mois, mais ne concerne pas d'éventuels vols humanitaires, a-t-il précisé.

Il n'existe actuellement aucune liaison directe entre les aéroports canadiens et russes. Toutefois, cette décision risque de compliquer grandement les vols opérés par la compagnie russe Aeroflot entre la Russie et les États-Unis, et d'autres pays américains, via le ciel canadien.

Moscou a répliqué en commençant à interdire le survol de son territoire à plusieurs pays. Aeroflot a également annoncé l'annulation de tous ses vols vers l'Europe à compter de lundi.

La compagnie a toutefois enfreint en soirée l’interdiction de pénétrer dans l’espace aérien canadien – un geste dénoncé sur Twitter par Transports Canada, qui dit avoir lancé un examen de la conduite d’Aeroflot et du fournisseur indépendant de services de navigation aérienne, NAVCAN, qui ont mené à cette infraction.

La Cour internationale de la justice saisie

Enfin, la Cour internationale de la justice (CIJ) – l'organe judiciaire principal des Nations unies, basé à La Haye, aux Pays-Bas – a confirmé dimanche avoir été saisie par l'Ukraine pour l'attaque militaire de la Russie sur son territoire.

Dans sa requête, Kiev accuse Moscou de planifier des actes de génocide en Ukraine et affirme que la Russie de manière intentionnelle tue des personnes de nationalité ukrainienne et porte atteinte gravement à leur intégrité physique.

La requête de l'Ukraine a été déposée samedi, a précisé la Cour créée en 1946 pour régler les disputes entre les États. Ses jugements sont contraignants et sans appel, mais la Cour n'a aucun moyen de les faire respecter.

Précision

Une version précédente indiquait que la Suède n'avait pas exporté d'armes depuis en 1939. Nous avons corrigé ce passage pour indiquer que la Suède n'a pas exporté d'armes dans un pays en guerre depuis cette date.

Avec les informations de Reuters, Agence France-Presse et La Presse canadienne.

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