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Envoyé spécial

Réfugiés ukrainiens : « C’est ce qu’on voit dans les films sur la 2e Guerre mondiale »

Les réfugiés arrivent en grand nombre à Medyka, en Pologne.

Les réfugiés ukrainiens arrivent en grand nombre à Medyka, en Pologne.

Photo : Radio-Canada / Raphaël Bouvier-Auclair.

Raphaël Bouvier-Auclair
Raphaël Bouvier-Auclair

Depuis le début de l’invasion russe en Ukraine, le Haut-Commissariat pour les réfugiés estime que la guerre a fait 368 000 déplacés, un nombre qui continue de croître. Des dizaines de milliers de personnes en exil ont trouvé refuge en Pologne. Rencontre avec elles et celles qui les accueillent de l'autre coté de la frontière.

Les Ukrainiens sont nos voisins, presque nos frères, nous dit un bénévole polonais venu au poste frontalier de Dorohusk, à trois heures de Varsovie, pour déposer de l’équipement de soins qui sera livré à l’est.

Malgré les liens culturels qui unissent la Pologne et l’Ukraine, on constate dans les zones frontalières ce qui distingue les deux pays. Dans l’un d'eux, on écrit en alphabet latin, dans l’autre, en cyrillique. D’un côté des douanes, on se trouve dans l’Union européenne, pas de l’autre.

Et surtout, la frontière qui sépare ces deux pays marque la délimitation entre la paix et la guerre.

Des réfugiés ukrainiens en Pologne.

Les Ukrainiens quittant le conflit arrivent par dizaines de milliers en Pologne.

Photo : Radio-Canada / Franck Pierron

Depuis jeudi, c’est donc chez leurs voisins polonais que des dizaines de milliers d’Ukrainiens viennent trouver refuge.

Certains traversent à pied, d’autres à bord de leurs voitures ou encore d’autocars. Les passagers de ces véhicules sont en grande majorité des femmes et des enfants, puisqu’en vertu de la loi martiale, les hommes âgés de 18 à 60 ans doivent rester en Ukraine pour défendre leur pays.

Maria, réfugiée ukrainienne en Pologne.

Les parents de Maria sont toujours en Ukraine.

Photo : Radio-Canada / Franck Pierron

Le père de Maria, qui n’a pas encore célébré ses 61 ans, n’a pas pu fuir avec elle. Sa mère a décidé de rester en Ukraine. C’est donc seule que la jeune femme est descendue de l’autocar, vendredi soir, après un voyage périlleux.

C’est terrible. Je suis montée dans un bus sans pouvoir serrer mes parents dans mes bras, en sachant qu’ils retournent dans une ville bombardée.
Une citation de Maria, une réfugiée ukrainienne

Nous avons vu des dizaines de chars entrer dans la ville quand nous tentions de partir, raconte-t-elle à propos du trajet de 24 heures qui lui a permis de relier Kiev à la Pologne. C’est ce qu’on voit dans des films sur la Deuxième Guerre mondiale, ajoute Maria.

Des heures d’attentes

La gare de Premyzi, en Pologne.

La gare de Premyzi est devenue un véritable centre d'accueil pour les réfugiés.

Photo : Radio-Canada / Raphaël Bouvier-Auclair.

Près du poste frontalier de Medyka, dans le sud du pays, une femme et sa fille posent enfin les pieds sur le sol polonais.

Venues de Lviv, une ville pourtant située à seulement 85 kilomètres, elles ont dû s'armer de patience. Les deux femmes expliquent qu’à elle seule, l’étape de la traversée de la frontière a pris une vingtaine d'heures. J'ai marché presque 20 kilomètres à pied parce qu'il n'y avait pas de transports, les Ukrainiens, les chauffeurs disaient : "là-bas, il y a embouteillage, il n'y a pas moyen de continuer", raconte Mehdi, un Congolais, arrivé à Kiev il y a deux ans dans l’espoir de trouver une vie meilleure.

Des réfugiés d'origine congolaise, rencontrés en Pologne.

Ces Congolais ont dû fuir leur pays d'accueil, en marchant des dizaines de kilomètres.

Photo : Radio-Canada / Raphaël Bouvier-Auclair.

Ce sont des images dont je ne sais pas si je pourrai les oublier, témoigne cet homme que nous rencontrons à la gare de Przemyśl, à une quinzaine de kilomètres de la frontière.

La gare où s’arrêtent encore les rares trains qui arrivent de Kiev et de Lviv est devenue un centre d’accueil de réfugiés. Des bénévoles offrent de la nourriture, des cartes pour téléphones portables, et quelques chaises ou lits pour se reposer après un long voyage.

Des denrées sont distribuées aux réfugiés à la gare de Premyzi.

Des denrées sont distribuées aux réfugiés à la gare de Premyzi.

Photo : Radio-Canada / Raphaël Bouvier-Auclair.

J’ai mal. C’est difficile de parler. Les gens qui sont ici arrivent de l’enfer, dit, les larmes aux yeux, Mira, une jeune Polonaise d’origine ukrainienne venue distribuer de la nourriture.

C’est ici que Tania tente d’organiser son exil. Elle est arrivée en Pologne avec quelques sacs et un chat visiblement nerveux dans sa cage. Ses parents, originaires de Kharkiv dans l’est de l’Ukraine, sont toujours bloqués au pays.

Un train venu d'Ukraine

L'un des rares trains qui sont arrivés d'Ukraine.

Photo : Radio-Canada / Raphaël Bouvier-Auclair.

Je leur envoie de l’argent et j’envoie de l’argent à l’armée ukrainienne. Mais je veux vraiment que ma mère vienne, alors je suis arrivée en premier afin de trouver un endroit où vivre pour que ma famille puisse venir ensuite, explique-t-elle.

Je n’aurais jamais pensé que nos voisins et nos frères puissent faire une chose pareille. Ça me rend furieuse.
Une citation de Tania, une réfugiée ukrainienne
Tania, une réfugiée ukrainienne.

Tania est arrivée en Pologne, mais ses parents sont toujours en Ukraine.

Photo : Radio-Canada / Raphaël Bouvier-Auclair.

Si des dizaines de milliers d’Ukrainiens ont déjà trouvé refuge en Pologne, certains ont choisi de prendre le chemin inverse.

C’est le cas de Yuri, un homme rencontré au poste frontalier de Dorohusk tout juste avant qu’il saute dans un autocar en direction de l’est et de la guerre.

Je retourne en Ukraine parce que ma région est bombardée, ma femme et mon enfant se cachent dans un sous-sol, raconte cet Ukrainien qui travaillait en Pologne au moment où la guerre a éclaté.

Un père retrouve son fils à la frontière entre la Pologne et l'Ukraine.

La frontière entre l'Ukraine et la Pologne est devenue le lieu de nombreuses retrouvailles.

Photo : Radio-Canada / Franck Pierron

À quelques dizaines de mètres, sur la voie opposée, Maria entend livrer un autre type de combat, loin du front. Répéter aux pays occidentaux que les Ukrainiens ont besoin de leur appui.

Ce n’est pas seulement l’histoire d’un pays qui est attaqué par un autre. On parle de démocratie et de gens qui veulent la liberté et qui souhaitent vivre dans un pays libre et prospère. Comme tout le monde, lance-t-elle.

Notre     dossier Guerre en Ukraine
Raphaël Bouvier-Auclair
Raphaël Bouvier-Auclair

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