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[Entrevue] Invasion de l’Ukraine : un journaliste de Radio Prague explique les enjeux

Daniel Ordoñez, de Radio Prague International, explique les enjeux pour la République tchèque et la position officielle sur le conflit.

Daniel Ordóñez explique les enjeux pour la République tchèque et la position officielle sur le conflit.

Photo : RCI/Captura de pantalla

Paloma Martínez Méndez

« Nous connaissons tous un Ukrainien en République tchèque », déclare Daniel Ordoñez, un collègue journaliste de Radio Prague International (RPI), partenaire de Radio Canada International. Les liens culturels et humains sont évidents.

Dans l'actuelle République tchèque, la population d'origine ukrainienne est la troisième en importance après celles d'origine slovaque et vietnamienne.

Selon M. Ordóñez, à cette importante solidarité avec le peuple ukrainien s'ajoute toutefois quelque chose de plus fort encore. La situation fait ressurgir le spectre d'une histoire similaire.

La première république de Tchécoslovaquie, qui a duré de 1918 à 1939, possédait une partie du territoire qui appartient aujourd'hui à l'Ukraine.

Cette région a ensuite été intégrée à l'Union soviétique après la Seconde Guerre mondiale.

En outre, avant la division entre la République tchèque et la Slovaquie, l'ancienne Tchécoslovaquie était un État limitrophe de l'Ukraine.

Ces événements rappellent fortement le passé de la République tchèque. Beaucoup de gens comparent la situation actuelle à ce qui s'est passé en Tchécoslovaquie lors de son invasion par Hitler en 1939 et, bien sûr, lors de l'occupation russe en 1968. Rappelons qu'après la Seconde Guerre mondiale, la Tchécoslovaquie est devenue membre du Pacte de Varsovie. Jusqu'à ce que, un jour, sans avertissement, des chars et des avions soviétiques apparaissent en République tchèque.
Une citation de Daniel Ordóñez, journaliste à Radio Prague International

Et ça a marqué le début d'une occupation militaire qui a duré 20 ans et qui n'a pris fin qu'avec la fin de communisme tant en Russie qu'en Tchécoslovaquie, dit le journaliste.

C'est pourquoi les Tchèques s'identifient à ce que vivent les Ukrainiens, qui forment un État souverain depuis leur séparation de l'Union soviétique il y a 30 ans, explique M. Ordóñez.

Et donc on comprend que ce qu'ils vivent, les Tchèques l'ont vécu. Ils en ont souffert et ils en gardent un très mauvais souvenir. C'est pourquoi la solidarité avec l'Ukraine est unanime et énorme.
Une citation de Daniel Ordóñez, journaliste à Radio Prague International

La position officielle du gouvernement tchèque

La proximité entre l'Ukraine et la République tchèque est à la fois humaine, sociale, culturelle et historique.

On s'attend à ce qu'une proportion importante des 5 millions d'Ukrainiens qui voudraient quitter le pays se dirigent vers la République tchèque, où ils ont des liens familiaux et autres, explique Daniel Ordóñez.

Cependant, il y a aussi l'aspect politique qui ne peut être ignoré.

Pour Daniel Ordóñez, ce point est d'autant plus intéressant étant donné que le président tchèque Miloš Zeman n'a jamais caché sa proximité avec le pouvoir russe. Mais cette fois-ci, les choses semblent avoir changé.

Milos Zeman.

Le président tchèque Miloš Zeman (archives).

Photo : Getty Images / Gabriel Kuchta

Comme le rapporte Radio Prague International, les autorités tchèques ont proposé une aide humanitaire à l'Ukraine, qui subit toujours l'agression russe.

Alors que les politiciens tchèques s'accordent avec leurs partenaires de l'Union européenne et de l'Organisation du traité de l'Atlantique Nord (Organisation du traité de l'Atlantique nord) sur les mesures à prendre contre Moscou, les citoyens organisent des manifestations de soutien à l'Ukraine.

Effets sur le portefeuille des familles tchèques

L'invasion russe de l'Ukraine aura avant tout des conséquences pour les Ukrainiens. On estime qu'environ 5 millions d'Ukrainiens seront touchés d'un point de vue commercial. La pénurie de gaz et de pétrole russes pourrait avoir des effets directs sur le portefeuille des Tchèques et des autres Européens.

 Une file d'attente devant une banque russe à Prague.

La police garde l'entrée de la banque alors que des personnes font la queue devant une succursale de la banque publique russe Sberbank pour retirer leurs économies et clôturer leurs comptes à Prague, vendredi, avant que Sberbank ne ferme toutes ses succursales en République tchèque.

Photo : Getty Images / MICHAL CIZEK

Selon un récent sondage d'opinion réalisé par l'agence Median pour la radio tchèque, 87 % des personnes en République tchèque considèrent l'agression de la Russie contre l'Ukraine comme un acte d'agression injustifiable.

Plus des deux tiers des personnes interrogées ont réaffirmé qu'elles étaient prêtes à accueillir et à aider les Ukrainiens qui, face à l'opération militaire russe, préféreraient quitter leur pays.

La majorité des Tchèques (88 %) sont favorables à une solution négociée pour mettre un terme au conflit en Ukraine, et 80 % des personnes interrogées sont d'accord avec l'imposition de sanctions politiques et économiques sévères à la Russie.

RCI remercie sincèrement Daniel Ordóñez d'avoir accepté cette collaboration.

Radio Prague International (nouvelle fenêtre) est un partenaire de Radio Canada International.

Note : cette entrevue est également disponible en espagnol

Paloma Martínez Méndez

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