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Qui sont les participants à la manifestation des camionneurs?

Un camion passe au milieu de la route alors que des gens autour brandissent affiche et drapeau.

Des camionneurs qui participent au convoi vers Ottawa.

Photo : Radio-Canada / Cameron MacIntosh

Frédérik-Xavier Duhamel

Le mouvement qui a débuté comme une réponse à l’obligation vaccinale imposée aux camionneurs transfrontaliers est devenu quelque chose de beaucoup plus large. Survol des demandes et portrait des organisateurs, participants et sympathisants du mouvement.

Des camionneurs de l’est (nouvelle fenêtre) et de l’ouest du pays, accompagnés de sympathisants dans leurs véhicules, se sont rassemblés dans ce qu'ils ont appelé un Convoi de la liberté et convergent vers Ottawa pour la fin de semaine.

Le convoi, d’abord organisé en réponse à l’obligation vaccinale imposée aux camionneurs (nouvelle fenêtre) transfrontaliers depuis le 15 janvier au Canada, et le 22 janvier aux États-Unis, a maintenant des revendications beaucoup plus larges.

On veut que les gouvernements, à un moment donné, arrêtent leur tyrannie, a déclaré en entrevue François Harding, un entrepreneur en construction non vacciné qui s’est joint au convoi.

Le mouvement s’est fait connaître à l’international. Des personnalités telles que l’animateur Tucker Carlson et l’entrepreneur Elon Musk, qui a déclaré sur Twitter que [l]es camionneurs canadiens sont les meilleurs, lui ont notamment donné leur soutien.

Dans un communiqué de presse publié sur les médias sociaux mercredi, les organisateurs Tamara Lich et Benjamin Dichter demandent notamment que les gouvernements fédéral et provinciaux mettent fin aux passeports vaccinaux et aux obligations vaccinales, et qu’ils respectent les droits de ceux qui ne souhaitent pas se faire vacciner.

Plus de 7 millions amassés

Les organisateurs demandent aussi que les gouvernements cessent d’utiliser une rhétorique de division attaquant les Canadiens qui sont en désaccord avec les consignes gouvernementales et de limiter le débat par des mesures coercitives dans le but de censurer ceux qui ont des opinions variables ou incorrectes.

La chaîne d’approvisionnement a été perturbée depuis plus d’un an en raison des divers gouvernements au Canada imposant des restrictions draconiennes et illibérales sur les activités commerciales, dénoncent-ils.

Mme Lich s’identifie comme une fière Métis de l’Ouest sur Twitter. Dans une vidéo publiée sur Facebook cette semaine, elle dit plutôt être Crie, avant de rectifier Crie-Métis, j’imagine.

Elle est membre du Western Canadian Maverick Party, qui milite pour une plus grande autonomie pour l'Ouest canadien, voire pour son indépendance. Le parti prône également les droits des propriétaires d’armes à feu, l’expansion des pipelines et le développement des ressources énergétiques de l’Ouest, ainsi qu'une plus grande autonomie des provinces dans la gestion de l’immigration et de la fiscalité.

Benjamin Dichter se présente sur Twitter comme le cofondateur de Possibly Correct, qui produit divers balados sur des sujets allant du terrorisme islamique à la philosophie. Certains épisodes semblent véhiculer des théories conspirationnistes et d’autres fausses informations concernant les vaccins contre la COVID-19, notamment.

Au moment d’écrire ces lignes, une campagne de sociofinancement GoFundMe, qui liste également Tamara Lich et Benjamin Dichter comme organisateurs, avait récolté plus de 7 millions de dollars en dons pour le convoi. Celle-ci dénonce des règles et des obligations qui détruisent les fondements de nos entreprises, de nos industries et de nos moyens de subsistance mises en place par le gouvernement.

Survol des demandes des camionneurs et portrait des organisateurs, participants et sympathisants du mouvement, avec Alexis De Lancer.

Plus de 92 000 personnes ont fait un don jusqu’à présent. L’argent récolté devrait servir à couvrir les frais de carburant d'abord, et, espérons-le, de la nourriture et du logement pour les participants au convoi.

Au moins un tiers des dons ont été faits par des sources anonymes ou sous de faux noms, d’après une analyse de CBC News, y compris une proportion importante des contributions les plus élevées. De nombreux dons proviennent de l’étranger, selon les commentaires laissés sur la page de la campagne.

Dans une publication épinglée, la page Facebook du Freedom Convoy 2022 encourage le public à signer un protocole d’accord du groupe Canada Unity. Cet accord, rédigé en langage pseudojuridique, demande entre autres que tous les niveaux des gouvernements fédéral, provinciaux et municipaux non seulement cessent, mais annulent également toutes les amendes reliées au SRAS-CoV-2 et que l’utilisation nocive d’un passeport vaccinal en sol canadien doit cesser immédiatement.

Le document, qui n’a de toute évidence aucune valeur légale, aurait été signé par plus de 243 000 personnes, selon le site web de Canada Unity.

Des camions et voitures sont rassemblés avec des drapeaux du Canada.

Une centaine de camion, camionnettes et voitures se sont mis en route à Stanstead vendredi matin.

Photo : Radio-Canada / Thomas Deshaies

Des messages conspirationnistes et violents

Dans un groupe de l’application de messagerie Telegram, aussi promu par la page Facebook du Freedom Convoy 2022, les messages conspirationnistes abondent. Le groupe The OFFICIAL Freedom Canada Convoy 2022, qui rassemble plus de 41 000 membres, semble toutefois surveillé de près par des modérateurs qui retirent les propos violents.

Outre les nombreux messages de soutien pour les participants au convoi, qui semblent venir d’un peu partout dans le monde, la rhétorique antivaccin occupe une place importante dans le groupe Telegram. Des membres soutiennent que ce sont les vaccins expérimentaux qui causent le plus de décès, ce que le gouvernement et les médias traditionnels chercheraient à cacher.

Beaucoup de messages réclament aussi la démission du premier ministre Trudeau ou d’autres élus. Les prières et autres messages à caractère religieux sont aussi très nombreux.

Après l'apparition d'opinions plus extrémistes dans le mouvement et autour de celui-ci, l'organisatrice Tamara Lich a demandé aux participants du convoi de ne pas tolérer la violence ni le vandalisme, et de signaler le numéro de camion et la plaque d'immatriculation de toute personne incitant à la violence ou à la haine.

Mais cela n’a pas empêché des participants d’arborer des drapeaux confédérés ou des slogans tels que joignez-vous ou mourez ou encore la liberté ou la mort. Un sympathisant du convoi a été vu avec un drapeau du groupe d’extrême droite des Proud Boys à Vaughan, en Ontario. D’autres ont appelé à une insurrection canadienne rappelant celle du 6 janvier 2021 au Capitole à Washington (nouvelle fenêtre).

La capitale fédérale se prépare à un rassemblement d'envergure et jugé risqué par les autorités. Des milliers de personnes convergent vers Ottawa pour un rassemblement contre les restrictions sanitaires, dans le sillage du convoi de camionneurs. Le gouvernement Trudeau appelle au calme. Reportage sur le terrain de Louis Blouin.

Des conditions de travail difficiles

Mais tous les participants ne tiennent pas des propos conspirationnistes, violents ou antivaccins. Mike Millian, président du Private Motor Truck Council du Canada, dit que son organisation s’oppose à l'obligation vaccinale des camionneurs transfrontaliers parce que nous ne pouvons pas nous permettre d'endommager notre chaîne d'approvisionnement plus qu'elle ne l'est.

Les chauffeurs routiers sont isolés dans leur travail, et ils n'ont pas été associés à la propagation [de la COVID-19], a-t-il ajouté en entrevue à l’émission Metro Morning de CBC.

Des camionneurs vaccinés comme Donald Foucault se sont également joints au convoi (nouvelle fenêtre) pour protester contre les restrictions sanitaires qui nuisent à leur travail et rendent les conditions encore plus difficiles.

D’autres s’indignent de possibles répercussions sur les quelque 15 % de camionneurs encore non vaccinés. Il est où le danger que cet employé-là continue à travailler? Là, il va être privé 14 jours sans salaire chez lui, a déploré en entrevue Dominic Goudreau, propriétaire de l’entreprise de transport DG Express, en faisant référence à la quarantaine imposée aux camionneurs canadiens non vaccinés qui entrent au pays. M. Goudreau va participer à la manifestation avec une dizaine de ses chauffeurs.

L'Alliance canadienne du camionnage s'est dissociée de cette manifestation et soutient que plus de 85 % des camionneurs sont vaccinés.

Avec des informations d’Olivier Bachand, Patrick Bergeron, Claudine Richard, Shanifa Nasser, Chris Glover, Elizabeth Thompson, Roberto Rocha, et La Presse canadienne

Frédérik-Xavier Duhamel

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