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Manifestation des camionneurs : des commerçants d’Ottawa entre crainte et solidarité

Un convoi de camions et de voitures.

Le rassemblement est attendu cette fin de semaine à Ottawa (archives).

Photo : CBC / Doug Kerr

RCI

Alors que les camions devraient arriver incessamment dans la capitale fédérale, les commerçants d'Ottawa espèrent que la manifestation se déroulera dans le calme. Certains craignent les effets d’éventuels blocages de la circulation au moment où l’Ontario s’apprête à desserrer un peu l’étau des restrictions sanitaires, tandis que d’autres soutiennent le mouvement.

Lundi, les restaurants d’Ottawa pourront de nouveau accueillir, partiellement, des clients dans leurs salles à manger (nouvelle fenêtre). Et dans la dernière ligne droite des préparatifs, la manifestation des camionneurs fait redouter quelques encombres.

Les entrepreneurs, surtout les restaurateurs, sont en train de se préparer pour une réouverture à 50 %, dès le 31 janvier. Donc, bloquer l'achalandage aux commerces qui sont déjà ouverts, c'est inquiétant, explique Julie Potvin, présidente du Regroupement des gens d’affaires de la capitale nationale (RGA).

Des camionneurs de tout le pays sont attendus cette fin de semaine à Ottawa pour une manifestation contre la vaccination obligatoire dans leur corps de métier.

L’impact d’un tel mouvement pourrait se faire sentir dans tous les secteurs à long terme, pense Mme Potvin.

Ça touche non seulement les petite et moyenne entreprise et les restaurateurs, mais d'autres entreprises aussi, qui dépendent des camionneurs pour livrer de la marchandise, dans les milieux de l'industrie de l'automobile, par exemple.

Le point de vue du camionneur de l'Outaouais Frédéric Bisson

Un centre-ville déserté?

Propriétaire du Moulin de Provence, Claude Bonnet compte un établissement dans le marché By et un en face du Parlement.

On ne sait pas vraiment qui on va recevoir, ce qui est un peu l'inquiétude. [...] Quand il y a des manifestations, ça ne prend pas grand monde pour faire du désordre. Ça prend juste un groupe qui décide de vraiment mettre la panique dans la ville, alors on va espérer que ce n'est pas ça, glisse-t-il. Mais qu'on soit ouverts ou fermés, ça ne changera pas grand-chose. S'il y a des mouvements incontrôlés, on va subir, comme d'habitude.

Claude Bonnet.

Claude Bonnet, propriétaire du Moulin de Provence (archives)

Photo : Radio-Canada

La durée du mouvement inquiète aussi M. Bonnet, car celui-ci pourrait s’étendre sur plusieurs jours.

Le Service de police d’Ottawa (SPO) comme le Service de police de la Ville de Gatineau (SPVG) ont jusqu’ici été avares de commentaires.

Par courriel, le Service de police d'Ottawa indique ne pas connaître le nombre de manifestants attendus à Ottawa. De l’information pour les résidents sera communiquée durant toute la fin de semaine, ajoute-t-il, encourageant les visiteurs et les résidents à se tenir au courant des mises à jour sur la circulation provenant de la Ville d'Ottawa et à éviter, dans la mesure du possible, de se déplacer au cœur de la ville.

Une nouvelle qui n’enchante guère M. Bonnet, qui explique que, depuis le début de l’année et les nouvelles fermetures pour lutter contre la pandémie, seules les fins de semaine permettent d’avoir un peu plus d’activité.

C’est à peu près le seul temps où on voit un peu de gens, un peu de trafic. Donc, [la manifestation], ça va sûrement occasionner un ralentissement pratiquement total.

La PPO déconseille également d’emprunter les autoroutes 417 et 416 entre vendredi après-midi et samedi.

Quand le chef de la police demande que, si on n'est pas obligé de sortir, on reste à la maison, ce n’est pas nécessairement de bonnes nouvelles pour les commerçants, parce qu'on veut que les gens viennent magasiner.
Une citation de Nathalie Carrier, directrice générale de la ZAC Vanier

Les perturbations pourraient perturber bien plus que le centre-ville, prévoit Nathalie Carrier, directrice générale de la Zone d'amélioration commerciale (ZAC) Vanier.

Le convoi lui-même est très, très long. [...] Dans un contexte comme ça, ce n'est pas juste le Parlement, le marché By et la rue Rideau [qui sont concernés]. Il va y avoir des délais sur nos autoroutes, on pense tout du moins. Ce qui veut dire que peut-être qu'il y a des chemins qui vont être utilisés, comme la promenade Vanier. Est-ce que ça va aller jusqu'à Saint-Laurent? On ne sait pas. On peut s'imaginer que la grande majorité de l'espace central de notre ville va subir un embouteillage assez important.

Le visage d'une dame en gros plan.

Nathalie Carrier, directrice générale de la Zone d'amélioration commerciale Vanier (archives)

Photo : Radio-Canada / Jonathan Dupaul

Même si la ville est habituée aux manifestations, rappelle Mme Carrier, plusieurs inconnues demeurent pour les commerçants.

Tout le monde se prépare à avoir des délais. Est-ce que nos employés vont pouvoir se rendre à temps? Est-ce qu'on va pouvoir avoir nos services de livraison? Est-ce qu'il va y avoir du stationnement? Est-ce que nos clients vont être capables de nous rejoindre? On ne le sait toujours pas, dit-elle.

Par ailleurs, le passage du convoi de camionneurs aura une incidence sur la campagne de vaccination contre la COVID-19. Santé publique Ottawa annonce que la clinique de vaccination de l'Université Ottawa sera fermée de vendredi à dimanche.

Le centre de vaccination de quartier de la Basse-Ville sera, lui aussi, fermé, mais seulement pour la journée de vendredi. Des rendez-vous étaient toujours disponibles, jeudi soir, dans d'autres cliniques d'Ottawa qui demeureront accessibles pour les prochains jours.

Un restaurant solidaire des camionneurs

Copropriétaire du restaurant The Crazy Horse Stonegrill Steakhouse & Saloon, dans le secteur de Kanata, à Ottawa, Gregg McCabe se montre solidaire des manifestants.

Son établissement a décidé de distribuer des repas gratuits à emporter, de jeudi à samedi, aux camionneurs venus manifester.

La façon dont l’industrie de la restauration a été traitée dans les deux dernières années est l’une des raisons pour lesquelles nous avons lancé cette initiative. L’industrie a été décimée, nous avons accumulé un grand montant de dettes. [...] [Il y a] de la frustration, de la colère. [...] Ça fait longtemps qu’on parlait de faire quelque chose et quand cette initiative a commencé, avec le convoi, on s’est dit que c’était une occasion d’aider à notre niveau.

M. McCabe insiste : il ne soutient en aucun cas d’éventuels débordements, pas plus qu’il ne s’oppose à la vaccination ou aux autres mesures sanitaires.

Les organisateurs du convoi nous ont assurés que ce serait une manifestation pacifique, dit-il.

Nous ne sommes pas antivaccins, antimasque ou antimesures sanitaires, mais on a besoin de travailler, ce n’est pas possible de continuer comme ça.
Une citation de Gregg McCabe, copropriétaire du restaurant The Crazy Horse Stonegrill Steakhouse & Saloon

Ce qui le préoccupe, c'est surtout la nécessité de rouvrir l’économie.

Il est temps qu’on apprenne à vivre avec ce virus et que nous retournions au travail. [...] Il y a d’autres endroits dans le monde où ils ont appris à vivre avec. On doit s’en inspirer. [...] Les enfants ont besoin d’aller à l’école, les gens de travailler…

Un homme en entrevue par vidéoconférence avec une guitare suspendue sur son mur.

Gregg McCabe, copropriétaire du restaurant The Crazy Horse Stonegrill Steakhouse & Saloon, à Ottawa

Photo : Radio-Canada / Capture d'écran

Comme d’autres, son restaurant, avec ses 32 000 $ de loyer mensuel, explique-t-il, a été très touché par la pandémie.

On a été ciblés dès le premier jour, les restaurants et les gyms, alors qu’il n’y a pas vraiment de preuves qu’on a été une source d’infection. On pense que c’est injuste. [...] On n’a aucun problème à porter le masque, à contrôler les passeports vaccinaux, on l’a fait [...]. On a toujours respecté les directives du gouvernement dès le premier jour et on va continuer à le faire. On a juste besoin d’être en opération.

Se faire dire que ce qu’on fait pour nourrir nos enfants n’est pas essentiel, pouvez-vous imaginer comment on se sent d’entendre ça?
Une citation de Gregg McCabe, copropriétaire du restaurant The Crazy Horse Stonegrill Steakhouse & Saloon

La réouverture à 50 %, lundi prochain, n’est pas suffisante, selon M. McCabe.

On n’a pas fait un dollar en deux ans. [...] Ouvrir à 50 %, ce n’est pas assez. On n’a pas vraiment pu ouvrir normalement depuis deux ans. Avant la pandémie, on employait une centaine de personnes, avions un business lucratif qui est aujourd’hui laissé pour mort. On apprécie les aides qui ont été mises en place et il n’y aurait sans doute plus aucun restaurant d’ouvert dans la province sans ça, mais ça nous permet juste de rester ouverts et de payer l’Hydro.

Avec les informations de Claudine Richard et de Benjamin Vachet

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