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6 personnes arrêtées en Inde après la découverte de 4 corps à la frontière au Canada

Un marqueur à la frontière entre le Canada et les États-Unis au Manitoba, dans un champ couvert de neige.

La GRC a trouvé les corps des quatre victimes à quelques mètres de la frontière avec les États-Unis.

Photo : La Presse canadienne / JOHN WOODS

La Presse canadienne

La police d’un état de l’ouest de l’Inde a arrêté six personnes en lien avec une enquête sur la mort de quatre personnes au Manitoba.

Un représentant de la police indienne, A. K. Jhala, a indiqué à l’agence de presse Reuters que six personnes qui géraient une entreprise de voyage et de tourisme ont été arrêtées dans l’État du Gujarat.

Nous essayons maintenant d’attraper les trafiquants d’êtres humains qui ont réussi à envoyer cette famille [NDLR : les quatre morts dont les autorités canadiennes n’ont pas dévoilé l’identité] et d’autres à l’étranger par des voies illégales, indique M. Jhala, qui se trouve dans la capitale de l’État, Gandhinagar.

Le directeur général de la police au Gujarat, Ashish Bhatia, indique que les enquêteurs essaient de déterminer si l’agent de voyage qui a aidé le groupe se trouvait au Canada ou en Inde.

C’est très clair que ces personnes se sont rendues au Canada et qu’elles essayaient d’entrer aux États-Unis illégalement, dit-il.

La Gendarmerie royale du Canada a découvert les corps d’un homme, d'une femme, d'un bébé et d'un adolescent la semaine dernière, près d'Emerson, au Manitoba, à quelques mètres de la frontière avec les États-Unis.

La police soupçonne que le groupe a tenté de traverser la frontière lors d’une tempête de neige, alors que la température était glaciale.

Les enquêteurs croient que les morts sont liées au passage de clandestins.

Les autorités américaines indiquent que sept personnes qui faisaient partie du même groupe ont réussi à traverser la frontière. Deux ont été découvertes dans le véhicule d’un citoyen américain, qui fait maintenant l’objet d’accusations. Les autres ont été retrouvées un peu plus loin.

Steve Shand devant des machines lumineuses.

Steve Shand, arrêté aux États-Unis et accusé de passage de clandestins, a été remis en liberté lundi.

Photo :  Facebook

Steve Shand, de Deltona, en Floride, est accusé d’avoir fait passer clandestinement des migrants à la frontière canado-américaine. Il a été libéré sous conditions lundi.

Une question d’argent

L’agent spécial responsable des enquêtes du département américain de la Sécurité intérieure sur le mouvement illégal de personnes, Jamie Holt, veut faire comprendre la triste réalité du passage de clandestins.

De nombreux trafiquants prétendront faussement qu’il est sécuritaire et facile de traverser illégalement, affirme-t-il.

Les trafiquants ont une manière très précise de faire les choses. C’est une entreprise pour eux. Il s’agit d’argent, et non de personnes.

Selon des documents de cour américains, l’une des personnes arrêtées aux États-Unis, un homme, a dit aux policiers que son groupe marchait dans le froid depuis 11 heures. Une femme a été hospitalisée et elle a dû subir l'amputation d'une partie d’une main.

L’homme a indiqué qu’il avait payé une somme considérable pour obtenir un faux visa étudiant au Canada et qu’il voulait rejoindre un parent à Chicago, selon les documents.

Le criminologue de l’Université de la Vallée du Fraser, en Colombie-Britannique, Yvon Dandurand explique que les gens se tournent vers des passeurs parce qu’ils n’obtiendraient pas de statut légalement. Le processus juridique peut aussi prendre des années.

Huit migrants tentent de pénétrer au Canada en traversant une voie ferrée.

Tôt le matin au mois de février 2017, des migrants entrent illégalement au Canada en provenance des États-Unis en empruntant cette voie ferrée pour se rendre dans la ville d'Emerson, au Manitoba. (archives)

Photo : La Presse canadienne / JOHN WOODS

Les personnes migrent pour deux raisons principales, poursuit le criminologue : trouver une meilleure situation économique et retrouver leur famille.

M. Dandurand indique que certains passeurs réclament de 12 600 $ à 63 000 $ par personne (10 000 à 50 000 $US).

Des réseaux peuvent être composés de 5 à 10 personnes situées dans différents pays, poursuit-il.

Ils gagnent beaucoup d’argent sur le désespoir et parfois l’ignorance des gens, ajoute Yvon Dandurand, qui étudie le passage de clandestins depuis 25 ans.

Des morts brutales

Une avocate spécialisée en immigration canadienne, qui travaille avec des demandeurs d’asile en Californie, Deepak Ahluwalia, indique que le passage frontalier d’Emerson est fréquenté par des passeurs et des migrants qui savent que le fait qu'il est isolé le rend difficile d’accès pour les patrouilles.

Deepak Ahluwalia dit qu’elle a aidé de nombreux demandeurs d’asile indiens qui sont arrivés aux États-Unis en passant par le Canada. Elle ajoute que les migrants se font souvent tromper au Canada, avec des promesses de faux documents.

Lorsque les migrants ont payé leur passeur, ils reçoivent normalement des instructions générales, dit l'avocate.

Il est commun que les passeurs disent : "Oh, la frontière est juste là", mais ils omettent de dire qu’il faut marcher pendant deux jours. Ils savent que, lorsqu’ils font traverser les personnes, leur travail est terminé. Ils ne sont pas vraiment incités à s’assurer que celles-ci sont en sécurité.

Dans cette affaire, je ne connais personne qui pourrait être sain d’esprit et leur dire de faire ce périple, sachant que la mère avait un bébé dans les bras, poursuit Deepak Ahluwalia.

C’est vraiment triste que quatre personnes soient mortes, et qu’elles soient mortes de manière si brutale et tragique.

Avec les informations de Reuters

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