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Les États-Unis menacent d’utiliser le levier gazier si la Russie attaque

Un pipeline.

Le gazoduc Nord Stream 2, qui passe par la mer Baltique, est au cœur d'une bataille économique et géopolitique entre Washington, Moscou et l'Union européenne.

Photo : AP / Dmitry Lovetsky

Agence France-Presse

Les États-Unis ont assuré jeudi que le gazoduc Nord Stream 2 cher à Moscou serait mort-né en cas d'invasion russe de l'Ukraine et ont appelé la Russie à « revenir à la table des négociations », malgré sa première réaction plutôt froide au rejet américain de ses exigences clés.

Le sort de ce gazoduc entre la Russie et l'Allemagne, dont Washington n'a jamais voulu mais qui est désormais achevé avec la bénédiction de Berlin, sera certainement au cœur de la prochaine visite du chancelier allemand, Olaf Scholz, à la Maison-Blanche, le 7 février, pour rencontrer le président américain Joe Biden.

Accusé de timidité et de tergiversations, le gouvernement allemand a tenté de clarifier jeudi sa position. Les sanctions fortes en cours de préparation par les Occidentaux en cas d'offensive russe incluent Nord Stream 2, qui attend toujours sa mise en service, a déclaré la cheffe de la diplomatie allemande, Annalena Baerbock.

S'appuyant sur ces propos et sur ses conversations avec l'Allemagne, le gouvernement américain s'est montré encore plus catégorique.

Je veux être claire avec vous aujourd'hui : si la Russie envahit l'Ukraine, d'une manière ou d'une autre, Nord Stream 2 n'ira pas de l'avant, a prévenu la numéro 3 de la diplomatie américaine, Victoria Nuland.

Le reportage de Tamara Alteresco.

Les Occidentaux continuent donc de mettre la pression sur la Russie, qui s'est montrée pour le moins réservée au lendemain de la réception des réponses écrites des États-Unis et de l'Organisation du traité de l'Atlantique nord à ses demandes pour sortir de l'impasse actuelle.

La balle est dans leur camp, nous espérons que Moscou va étudier ce que nous leur proposons et revenir à la table des négociations, a dit Victoria Nuland, réaffirmant qu'en cas de rejet de cette offre de dialogue, les sanctions seraient très douloureuses.

Quelque 100 000 militaires russes campent à la frontière ukrainienne avec leurs blindés depuis la fin de 2021, si bien que les États-Unis jugent que le président russe Vladimir Poutine pourrait passer à l'action d'ici la mi-février.

La Russie dément tout projet d'invasion, mais s'estime menacée par l'expansion de l'Organisation du traité de l'Atlantique nord depuis 20 ans ainsi que par le soutien occidental à son voisin ukrainien.

Elle a réclamé la fin formelle de l'élargissement de l'Alliance atlantique, notamment à l'Ukraine, et un retour des déploiements militaires occidentaux aux frontières de 1997.

Les Occidentaux maintiennent leur position

John Sullivan entouré de photographes et de journalistes à sa sortie du ministère.

L'ambassadeur américain en Russie, John Sullivan, sort du ministère russe des Affaires étrangères, le 26 janvier 2022. Washington a remis mercredi la réponse écrite exigée par Moscou à ses demandes.

Photo : Reuters / Maxim Shemetov

Les États-Unis et l'Organisation du traité de l'Atlantique nord ont, sans surprise, formellement rejeté mercredi ces demandes clés de Moscou (nouvelle fenêtre), tout en ouvrant à nouveau la porte à des négociations sur des limites réciproques au déploiement des missiles de courte et moyenne portée des deux puissances nucléaires rivales en Europe ainsi qu'aux exercices militaires aux abords du camp adverse.

On ne peut pas dire que nos points de vue aient été pris en compte, a regretté le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov.

Le chef de la diplomatie Sergueï Lavrov a lui aussi constaté l'absence d'une réponse positive à la principale revendication russe.

Mais il n'a pas fermé la porte au dialogue, relevant qu'on pouvait espérer le début d'une conversation sérieuse sur des questions secondaires.

Le président Biden s'est entretenu jeudi au téléphone avec son homologue ukrainien Volodymyr Zelensky, qui a dit dans un tweet avoir évoqué les récents efforts diplomatiques pour une désescalade et des mesures conjointes pour l'avenir.

Un bon signal

Volodymyr Zelensky, devant un micro, la tête légèrement inclinée à sa gauche, regardant de l'autre côté.

Le président ukrainien, Volodymyr Zelensky

Photo : Associated Press / Efrem Lukatsky

Parmi les lueurs d'espoir, le président Zelensky avait salué plus tôt l'exercice diplomatique constructif de la veille à Paris, des négociateurs russes et ukrainiens s'étant retrouvés pour la première fois depuis des mois, sous égide franco-allemande, pour parler du conflit entre Kiev et des séparatistes prorusses dans l'est de l'Ukraine.

Avancée timide, mais rare, les émissaires ont annoncé un nouveau rendez-vous pour le début de février à Berlin.

La France y a vu un bon signal russe, avant un entretien entre les présidents Emmanuel Macron et Vladimir Poutine prévu pour vendredi.

C'est une bonne chose que la Russie ait décidé de négocier sur ce dossier, s'est aussi réjouie Victoria Nuland.

Quel rôle jouera la Chine?

La Russie peut se satisfaire du soutien explicite de la Chine, qui a défendu les préoccupations raisonnables du Kremlin.

Mais Washington a aussi appelé Pékin à utiliser son influence sur Moscou pour éviter un conflit en Ukraine, qui ne serait pas bon pour la Chine non plus, en raison de son impact important sur l'économie mondiale et le secteur énergétique.

Washington veut impliquer le Conseil de sécurité

Par ailleurs, les États-Unis ont annoncé jeudi dans un communiqué avoir demandé une réunion publique lundi du Conseil de sécurité de l'ONU sur la crise autour de l'Ukraine en raison de la menace que fait peser la Russie sur la sécurité et la paix internationales.

Les participants civils d'une unité de défense territoriale de Kiev s'entraînent dans une forêt.

Dans toute l'Ukraine, des milliers de civils reçoivent une formation de base.

Photo : Getty Images / Sean Gallup

Plus de 100 000 soldats russes sont déployés à la frontière ukrainienne et la Russie se livre à d'autres actes de déstabilisation visant l'Ukraine, ce qui constitue une menace claire pour la paix et la sécurité internationales et la Charte des Nations unies, affirme dans ce communiqué l'ambassadrice américaine à l'ONU, Linda Thomas-Greenfield.

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