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L’accès à de nouveaux documents ravive l’espoir d’identifier les tombes anonymes

Un vêtement d’enfant est suspendu à un piquet près d’un ancien pensionnat pour Autochtones.

Le Canada compte 139 établissements reconnus par le gouvernement fédéral comme ayant appartenu au système de pensionnats.

Photo : Reuters / Jennifer Gauthier

RCI

La Première Nation Tk'emlúps te Secwépemc espère parvenir à localiser et à identifier les restes d’enfants disparus dont les tombes anonymes se trouvent près de l’ancien pensionnat pour Autochtones de Kamloops grâce à des documents qui lui seront transmis par Ottawa.

Le gouvernement fédéral prévoit transférer plus de 875 000 documents d'archives à la suite d’un accord signé avec le Centre national pour la vérité et la réconciliation (nouvelle fenêtre) (CNVR), qui conserve toutes les archives et tous les témoignages recueillis pendant la Commission de vérité et réconciliation.

Ces documents incluent le récit du pensionnat pour Autochtones de Kamloops, notamment l’histoire de l’institution ainsi que celle de son administration, les registres de présence, les événements importants et les rapports d’abus.

Rosanne Casimir, cheffe de la Première Nation Tk'emlups te Secwépemc.

Rosanne Casimir, cheffe de la Première Nation Tk'emlups te Secwépemc, lors d'un rassemblement devant l'ancien pensionnat pour Autochtones de Kamloops le 18 octobre dernier

Photo : Radio-Canada / Ben Nelms

Avoir accès à ces documents va permettre de ne pas traumatiser à nouveau les survivants des pensionnats pour obtenir des informations précises concernant ceux qui étaient présents au pensionnat et qui pourraient se trouver enterrés dans ces sépultures anonymes, souligne la kukpi7 (cheffe) de la nation, Rosanne Casimir.

La communauté travaille avec le Centre national pour la vérité et la réconciliation pour signer un protocole d’entente afin d’avoir accès à ces documents, indique le conseiller juridique de la nation, Don Worme. Ce sera la première fois que la communauté pourra consulter ces documents d’Ottawa.

La première tâche des Tk'emlúps te Secwépemc consistera à identifier les enfants qui sont disparus, dit-il avant d'ajouter qu’ils suivront les indices pour ce faire.

Selon le gouvernement fédéral, ces documents n’avaient pas pu être transmis plus tôt en raison d’une absence de consentement de la part d’organisations religieuses, mais aujourd’hui, Ottawa retire cette obligation.

L’année dernière a été un moment décisif pour tous les Canadiens, a souligné le ministre des Relations Couronne-Autochtones, Marc Miller, lors d’une conférence de presse jeudi.

La découverte de tombes anonymes près d’anciens pensionnats dans tout le pays a été une preuve tangible et douloureuse des abus dont ont souffert les enfants autochtones dans ces pensionnats, a-t-il indiqué.

Long processus

Survivante du pensionnat pour Autochtones de Kamloops, Rose Miller n’a jamais vu ces documents qui seront transmis par Ottawa. Elle sait toutefois qu’ils contiennent des informations qu’elle souhaite révéler au grand jour.

Je veux que les gens connaissent la vérité à propos de ce qui s’est passé, dit-elle.

Selon elle, il faudra cependant que les survivants aient accès à ces documents avant qu’ils ne soient rendus publics afin de s’assurer que certaines informations personnelles ne soient pas divulguées sans leur consentement.

Il y a des enfants qui sont nés de prêtres, de frères ou de travailleurs qui œuvraient là-bas, dit-elle avant d'ajouter que ces informations peuvent être très personnelles et que seuls les survivants sont en droit de décider ce qui sera rendu public ou non.

Des chandelles et des fleurs sont déposées devant l'ancien pensionnat pour Autochtones de Kamloops.

L'ancien pensionnat pour Autochtones de Kamloops est devenu un lieu de recueillement.

Photo : Radio-Canada / Alex Lamic

Aujourd’hui âgée de 80 ans, Rose Miller souligne que le temps presse puisque plusieurs survivants des pensionnats sont déjà décédés alors que les années qui passent amenuisent la mémoire des autres. Elle ne veut pas laisser à ses enfants la responsabilité de fouiller dans ces documents et de tenter d’en comprendre le sens.

J’ai une maladie aux reins et je peux avoir une insuffisance rénale à n’importe quel moment. Si j’ai ces documents en ma possession, je pourrai voir ce que je donnerai à mes enfants ou si je devrai leur expliquer ce que je souhaite voir publier ou non, explique-t-elle.

Les documents concernant dix autres pensionnats seront également transférés au Centre national pour la vérité et la réconciliation, soit les documents des pensionnats d'Assumption, de Fort Vermilion, de Grouard et de Sturgeon Lake en Alberta, de Kuper Island et de St. Mary’s en Colombie-Britannique, de Mistassini Hostels et de Fort George au Québec, de Kivalliq Hall au Nunavut et de Norway House au Manitoba.

Avec les informations d'Olivia Stefanovich

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