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Ouverture de fenêtres dans les écoles : les grands froids compliquent les choses

Un homme ouvre une fenêtre dans une salle de classe.

L'ouverture régulière des fenêtres dans les écoles pour préserver la qualité de l'air en période de pandémie cause des problèmes de confort dans les classes par grand froid.

Photo : Radio-Canada

Stéphane Bordeleau

Le froid intense qui s’est installé ces derniers jours au Québec engendre des problèmes de confort dans les classes, qui doivent être aérées régulièrement en vertu des règles sanitaires sur la ventilation. Québec demande au personnel des écoles de n’ouvrir que pendant de courtes périodes lorsque le mercure est aussi bas.

Bien que des milliers de classes soient aujourd’hui dotées de détecteurs de CO2 pour mesurer la qualité de l’air, une grande partie d'entre elles doivent être aérées en ouvrant les fenêtres, afin de réduire les risques de contagion par la COVID-19 dans les locaux.

Mais avec les froids polaires que connaît le Québec depuis le retour en classe, l’ouverture régulière des fenêtres, chaque fois que les lecteurs de CO2 atteignent la limite recommandée de1000 parties par million (ppm), refroidit rapidement les locaux.

Élèves et professeurs doivent apporter des vestes et parfois mettre leur manteau pour être confortables en classe dans certains établissements, où le système de chauffage met plus de temps à faire remonter la température.

Hier, quand je suis arrivée, il faisait à peu près 15 °C dans ma classe. […] Souvent, les concierges ouvrent les fenêtres avant notre arrivée. Évidemment, on referme les fenêtres et, ensuite, la température remonte, a témoigné Louise Henri, enseignante de maternelle à Montréal, sur les ondes d’ICI RDI.

Ça demande de l’ajustement […], d’utiliser notre discernement pour savoir à quel moment ouvrir les fenêtres et les refermer, parce qu’il fait -20, ajoute l’enseignante.

C’est ce qui est recommandé [d’ouvrir les fenêtres] avant, après et pendant les pauses, mais ce n’est pas suffisant, déplore pour sa part Daniel Gauthier, président du Syndicat de l’enseignement de la région de Québec.

Et même entre les pauses, ajoute-t-il, le temps que les locaux se réchauffent, ça crée un inconvénient important.

Une question d'équilibre, selon Québec

Un lecteur sur un mur.

La concentration de CO2, la température et l’humidité apparaissent sur les lecteurs installés dans moins de la moitié des classes au Québec.

Photo : Radio-Canada / Roby St-Gelais

Mis au fait de ces problèmes de confort dans les classes, le ministre de l’Éducation, Jean-François Roberge, a tenu à apporter des précisions, vendredi, sur l’aération des locaux.

Selon le ministre, la sécurité et le confort des élèves doivent primer. C’est pourquoi l’ouverture régulière des fenêtres qui est demandée au personnel des écoles ne devrait se faire que pendant de courtes périodes de temps pour conserver une température confortable dans les classes, a-t-il déclaré dans un communiqué.

Les lecteurs mesurent le taux d'humidité, la température ambiante et la concentration de CO2, qui sont trois paramètres de confort. La recherche d'un équilibre entre ces trois paramètres doit être préconisée.
Une citation de Jean-François Roberge, ministre de l'Éducation du Québec

Un guide a été transmis aux organismes scolaires ces derniers mois pour épauler le personnel scolaire dans l'utilisation des lecteurs de paramètres de confort, ajoute le ministre de l’Éducation.

Le problème de la récréation à l'intérieur

Le problème, souligne cependant Louise Henri, c’est que lorsqu’il fait très froid, les élèves prennent les récréations à l’intérieur et il n’est plus possible, alors, d’aérer les locaux pendant leur absence. Qui plus est, le fait que les élèves demeurent à l’intérieur fait augmenter de façon significative les lectures de CO2 dans les locaux.

S’ils ne vont pas du tout dehors, ça devient problématique. On va essayer d’ouvrir la fenêtre, mais vraiment d'un ou deux centimètres, pendant quelques minutes, le temps d’aérer, et refermer ensuite.
Une citation de Louise Henri, enseignante de maternelle à Montréal

S’il fait trop froid dehors, les enseignants disposent de marges de manœuvre pour préserver un niveau de confort acceptable dans leurs locaux, rappelle Jean-François Roberge. Selon le ministère de l'Éducation, une lecture moyenne de CO2 de 1500 ppm est tout à fait sécuritaire malgré tout.

S'il se peut que les taux montent exceptionnellement au-dessus de cette cible lors des journées très froides, alors qu'il est plus difficile d'ouvrir les fenêtres plus régulièrement, la sécurité des occupants n'est tout de même pas compromise, assure Jean-François Roberge, qui rappelle que la norme maximale de la CNESST en matière de ventilation est de 5000 ppm sur huit heures.

Bien que la qualité de l'air dans les classes puisse être préoccupante pour les enseignants et les parents, le ministère souligne que, pour tirer une conclusion sur la qualité de l'air, il importe de regarder les moyennes de concentration de CO2 sur une période plus longue qu'une seule lecture.

Si des lacunes persistantes sont observées au chapitre de la qualité de l'air dans une classe, des interventions de plus grande ampleur, comme l'installation d'un échangeur d'air, peuvent avoir lieu.
Une citation de Jean-François Roberge, ministre de l'Éducation du Québec

Les syndicats de l’enseignement, de leur côté, réclament des échangeurs d’air dans toutes les classes pour régler le problème de façon définitive.

Selon Ali Bahloul, chercheur à l'Institut de recherche Robert-Sauvé en santé et sécurité du travail et conseiller du ministère de l’Éducation, en contexte pandémique, l’aération des locaux aide en effet à diminuer les risques de transmission de la COVID-19, mais il faut savoir l’utiliser avec discernement.

On doit l'utiliser de manière optimale sans nuire au confort thermique [environ 20 °C] des occupants. Il faut ouvrir les fenêtres avant l'arrivée des élèves et garder la porte ouverte en tout temps. Il ne faut surtout pas mettre les élèves et les enseignants dans une situation d'inconfort, prévient l’expert.

J’ai suggéré des ajustements à faire pour couvrir les situations de froid. Il faut agir sur la ventilation naturelle en utilisant les lecteurs de CO2, mais sans compromettre le confort des élèves. Moi, je n’ai jamais dit, et le protocole ne le dit pas non plus, qu’on peut abaisser les températures jusqu’à 13 degrés, a précisé M. Bahloul sur les ondes d’ICI RDI.

Stéphane Bordeleau

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