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Existe-t-il d’autres options que le Paxlovid pour diminuer les hospitalisations?

Naka-glove na kamay kinuha ang Paxlovid pill gamit ang tweezer.

Le Paxlovid semble efficace, mais son coût est élevé.

Photo : Pfizer via AP Photo

Marie-Claude Lyonnais
Réjean Blais

Santé Canada donnait lundi le feu vert au Paxlovid (nouvelle fenêtre), un traitement pouvant diminuer les risques d'hospitalisation des personnes vulnérables atteintes de la COVID-19. S'il semble être un médicament efficace, il est également très cher - environ 875 $ par traitement. Pourtant, il existe d'autres options thérapeutiques qui pourraient être administrées à moindre coût.

Des chercheurs du Centre universitaire de santé McGill (CUSM) se sont penchés sur les traitements ambulatoires disponibles sur le marché afin d'évaluer leur efficacité et leur coût. Parmi eux, des médicaments connus depuis longtemps et utilisés à d'autres fins, mais qui pourraient être recommandés pour de nouvelles utilisations. Les résultats ont été publiés mercredi sur le site Open Forum Infectious Diseases.

Le Paxlovid vient en tête de liste quant au médicament le plus efficace : pour chaque tranche de 24 patients traités, une hospitalisation est évitée. Mais cette efficacité vient avec un coût, puisque le montant total pour traiter ces patients revient à 12 720 $. Ce prix est toutefois loin d'être le plus exorbitant, puisque le sotrovimab, développé par GlaxoSmithKline, ou encore le remdesivir, développé par Gilead, coûterait environ 52 000 $ pour un résultat similaire. De plus, ces deux derniers traitements doivent être administrés par intraveineuse, contrairement au Paxlovid qui est offert sous forme de comprimé.

Toutefois, la fluvoxamine, un antidépresseur commercialisé depuis les années 90, a démontré des résultats significatifs pour un coût 10 fois moins élevé. Il en coûte 1122 $ pour éviter une hospitalisation par tranche de 80 patients traités.

Une efficacité plus grande pour le Paxlovid, un coût moindre pour la fluvoxamine

Si le Paxlovid démontre nettement une efficacité supérieure, son coût très élevé force toutefois Ottawa à limiter ses achats... et à faire des choix.

Le Paxlovid est probablement le médicament le plus efficace, soutient la Dre Emily McDonald, une des chercheures de cette étude. Mais le gouvernement a acheté une quantité fixe. Chaque province aura droit à un certain nombre de médicaments et ce sera seulement administré aux personnes à haut risque.

On a annoncé que les doses de Paxlovid vont entrer au compte de goutte, soutient pour sa part le Dr Alex Carignan, microbiologiste-infectiologue au CIUSSS de l'Estrie - CHUS. Ça va être distribué dans certaines pharmacies et les critères vont être très stricts. Au départ, on va privilégier l'utilisation chez les patients immunosupprimés.

Il y a quand même d’autres personnes qui sont à risque de complications, et on aura un besoin certainement plus important que ce qu’on a va pouvoir utiliser.
Une citation de Dr Alex Carignan, microbiologiste-infectiologue au CIUSSS de l'Estrie - CHUS
Le Dr Alex Carignan.

Le Dr Alex Carignan est microbiologiste-infectiologue et épidémiologiste au CIUSSS de l'Estrie-CHUS.

Photo : Radio-Canada / Crédit photo : Fondation du CHUS

C'est ici, selon les deux médecins, que la fluvoxamine pourrait entrer davantage en jeu.

Je pense que la fluvoxamine pourrait être utilisée justement plus largement. Entre autres, dans les cas de COVID chez les patients plus âgés, pour éviter les complications. C’est un médicament qui est déjà accessible et qui est beaucoup moins dispendieux aussi, ajoute le Dr Carignan.

Ça ne devrait pas être Paxlovid ou rien, affirme la Dre MacDonald. Il y a d'autres options comme la fluvoxamine, les corticostéroïdes. Et là, il y a des patients qui ne reçoivent pas de traitements, et qui sont à haut risque. On devrait commencer à utiliser une des options.

Je crois qu'il y a des patients qui peuvent bénéficier du traitement avec fluvoxamine, surtout des patients qui n'ont pas accès au Paxlovid, ou des patients qui sont à haut risque et qui ont des interactions médicamenteuses avec le Paxlovid
Une citation de Dre Emily McDonald, scientifique au sein du Programme en maladies infectieuses et immunité en santé mondiale à l’IR-CUSM et professeure agrégée au Département de médecine de l’Université McGill
La Dre Emily MacDonald assise à son bureau.

La Dre Emily MacDonald croit que la fluvoxamine devrait faire partie de l'arsenal thérapeutique contre la COVID-19 (archives).

Photo : McGill University Health Centre (2019)

Une utilisation qui tarde à s'installer au Québec

L'utilisation de la fluvoxamine dans un contexte de COVID reste toutefois encore marginale. Le Dr Carignan, tout comme la Dre MacDonald, admettent que son usage reste méconnu et qu'il y a eu très peu de publicité à cet égard. J'ai l'impression, quand je parle à d'autres médecins ou à des étudiants, qu'ils n'ont pas souvent entendu parler de ce médicament, souligne la Dre MacDonald.

Trois études, dont deux publiées, se sont penchées sur la fluvoxamine. Si les résultats de la première ont démontré un bénéfice clair, la seconde, menée au Brésil, a rapporté des résultats un peu moins intéressants. La Dre MacDonald croit que la fluvoxamine a souffert de cette mauvaise presse et espère que les résultats positifs de la troisième étude, à laquelle elle a pris part, convaincront les médecins les plus réticents.

Au départ de la pandémie, il y avait justement une volonté d’utiliser des médicaments déjà existants, rappelle par ailleurs le Dr Carignan. Dans certains cas, malheureusement, il y a eu des dérapages. On parle ici d’ivermectine (nouvelle fenêtre), d'hydroxychloroquine (nouvelle fenêtre) [...] mais la fluvoxamine, c’est une autre chose. On sait maintenant que c’est un médicament qui a un impact potentiel, je dirais même un impact important.

Une femme masquée tient un comprimé de chloroquine.

La chloroquine ne s'est finalement pas révélée efficace contre la COVID-19.

Photo : Reuters / DIEGO VARA

Le Dr Carignan rappelle par ailleurs qu'au Québec, c'est l'Institut national d'excellence en santé et en services sociaux (INESSS) qui tend les lignes directrices quant à l'usage des médicaments. Il soutient que l'organisme devrait avoir l'agilité de réagir rapidement avant que la vague soit terminée, également pour s'assurer d'avoir les stocks à sa disposition.

Par écrit, l'Institut national d'excellence en santé et en services sociaux a affirmé que la fluvoxamine est un médicament que nous avons sous le radar depuis longtemps, mais qui présentent des résultats contradictoires pour le moment. Nous continuerons de suivre l’évolution des données en lien avec ce traitement, comme de tous les autres traitements possibles pour la COVID.

C'est possible qu'avec la totalité des "évidences" que les gouvernements vont réévaluer certains médicaments, croit toutefois la Dre MacDonald.

Au début, avec les deux études, dont une qui n'était pas très convaincante, c'était raisonnable d'attendre. Mais maintenant qu'on a d'autres "évidences", ce serait un bon moment de réévaluer les recommandations, souligne-t-elle. D'autant plus que le feu vert de l'Institut national d'excellence en santé et en services sociaux est la meilleure façon d'éveiller la population médicale à son usage.

Quand il y a la puissance de l'Institut national d'excellence en santé et en services sociaux derrière un médicament, il va y avoir beaucoup plus de publicité et les gens auront plus de confiance pour l'utiliser.
Une citation de Dre Emily McDonald, scientifique au sein du Programme en maladies infectieuses et immunité en santé mondiale à l’IR-CUSM et professeure agrégée au Département de médecine de l’Université McGill
Un infirmier s'occupe d'une femme hospitalisée.

Les deux médecins estiment qu'il faut utiliser tous les moyens pour diminuer les hospitalisations.

Photo : La Presse canadienne / Nathan Denette

L'Ontario recommande déjà la fluvoxamine

L'Ontario a récemment ajouté l'antidépresseur dans ses recommandations comme option thérapeutique pour diminuer le risque qu'un patient atteint de la COVID-19 soit hospitalisé.

La province a été proactive, soutient la Dre McDonald. Elle a demandé les résultats de notre dernière étude.

Il y a de plus en d’experts qui réclament une utilisation élargie et ce que je trouve intéressant en Ontario, il a été intégré dans les lignes directrices pour le traitement, souligne le Dr Carignan. La fluvoxamine fait partie des options possibles. C’est n’est pas nécessairement toujours la première option, mais ce qu’on dit, c’est si on n'a pas accès à d’autres médicaments, on pourrait certainement considéré cette option-là. Je pense que j’aimerais voir une utilisation accrue actuellement, surtout dans le contexte actuel où on a des taux d’infection élevés.

Marie-Claude Lyonnais
Réjean Blais

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