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COVID-19 : le changement d’approche dans les hôpitaux du Québec est amorcé

Les établissements ont déjà commencé à freiner les entrées de patients et à accélérer les sorties.

Une civière dans les corridors du CHUM.

Québec essaye par tous les moyens de maintenir les soins hospitaliers malgré l'explosion des cas de COVID, qui met une pression intenable sur le réseau de la santé.

Photo : Radio-Canada / Jean-Claude Taliana

Jérôme Labbé porte une chemise bleu clair à motifs.
Jérôme Labbé

Les établissements de santé du Québec commencent à mettre en application certains principes issus d’un nouveau guide éthique qui prévoit notamment de faire des « compromis » pour vivre avec le virus et de mettre à contribution les familles de patients.

Lors d’un breffage technique, mardi après-midi, une représentante du ministère de la Santé et des Services sociaux (MSSS), Lucie Poitras, a confirmé que certaines des mesures issues du document en question étaient déjà en vigueur.

Par exemple, les hôpitaux ont déjà commencé à freiner les entrées de patients et à accélérer les sorties.

Mme Poitras a notamment évoqué les patients occupant des lits de soins alternatifs, qui attendent pour la plupart d’être transférés vers un CHSLD ou une résidence privée pour aînés (RPA). En général, 13 % des lits de chaque établissement leur sont réservés. Le ministère de la Santé et des Services sociaux aimerait voir ce taux diminuer à 5 %, ce qui permettrait de dégager au moins 600 lits, selon Mme Poitras.

La nouvelle approche dans les hôpitaux : accepter les risques d'intrusion du virus; limiter les entrées et accélérer les sorties; appeler les familles en renfort; et redéfinir la qualité minimale de soins.

La nouvelle approche du MSSS en ce qui a trait à la priorisation et à la gestion des hospitalisations en contexte de pandémie de COVID-19 se déploie en quatre axes.

Photo : Radio-Canada

À l’inverse, d’autres mesures prévues dans le guide du Comité éthique COVID-19 ne sont pas encore appliquées. Ainsi, la qualité des soins offerts dans les hôpitaux n’a pas été altérée, et les familles des patients n’ont pas encore été invitées à venir prêter main-forte dans les établissements pour offrir des soins de base à leurs proches, a assuré Mme Poitras.

De même, les cas confirmés de COVID-19 et les patients non infectés demeurent pour l'instant traités dans des unités hospitalières séparées, a-t-elle mentionné, ce qui pourrait éventuellement changer avec l'application complète et entière du nouveau guide préparé par le ministère de la Santé et des Services sociaux.

En entrevue à l'émission 24•60, à ICI RDI, la présidente du Comité éthique COVID-19, Marie-Ève Bouthillier, a expliqué que plusieurs des mesures sont déjà mises en place par certains établissements, parce que ce sont des mesures préventives.

Son comité, a-t-elle expliqué, s'est concentré sur les orientations à donner et non sur une date d'entrée précise ou des critères qui feraient en sorte qu'une fois atteints, l'ensemble des mesures évoquées dans le guide seraient déployées.

Ça, ça appartient au réseau de déterminer le moment où la capacité sera atteinte, alors ce sera vraiment une décision du ministère, a-t-elle mentionné.

Préparer le pire, espérer le mieux

Radio-Canada a révélé mardi matin l’existence du Guide pour la priorisation et la gestion des hospitalisations en courte durée en contexte de pandémie de COVID-19 (nouvelle fenêtre).

Il part du principe qu'il vaut mieux offrir un traitement satisfaisant au plus grand nombre que de viser l'excellence et risquer de se retrouver submergé, voire de ne pas être capable de traiter certains patients.

Au lieu de donner un A+ à peu de monde, on [va] donner un soin B à tous.
Une citation de Dre Lucie Opatrny, sous-ministre adjointe à la Santé

Ce document a reçu un accueil favorable chez les médecins, alors qu’à Québec, les partis d’opposition ont fait part de commentaires beaucoup plus mitigés (nouvelle fenêtre).

En vertu de ce plan, beaucoup plus de travailleurs de la santé touchés par la COVID-19 seront rappelés au travail pour pallier les 12 000 absences qui plombent actuellement le réseau.

Il permettra aussi de diminuer la durée des hospitalisations. Par exemple, l'Hôpital général juif a mis en place un protocole pour permettre à certains patients souffrant de symptômes légers découlant d'une infection à la COVID-19 de retourner à la maison avec une bouteille d'oxygène, a illustré mardi la sous-ministre adjointe à la Santé, la Dre Lucie Opatrny.

En conférence de presse aux côtés du ministre Dubé (nouvelle fenêtre), la Dre Optarny a toutefois insisté pour dire que le guide éthique élaboré par le ministère de la Santé et des Services sociaux, qu'elle a qualifié de plan de contingence, n'était pas encore appliqué.

Il importe de ne pas confondre le document dont il est question ici avec le protocole de priorisation aux soins intensifs (nouvelle fenêtre) basé, entre autres, sur les chances de survie des patients. Ce protocole, élaboré l'hiver dernier, n'a pas encore été activé.

Québec doit actuellement composer avec une explosion des cas de COVID-19 causée par la déferlante du variant Omicron du coronavirus qui met à mal son système de santé public.

Malgré l'optimisme affiché par François Legault (nouvelle fenêtre) la semaine dernière, le pic des hospitalisations (hors soins intensifs) n'est toujours pas atteint. Le délestage ne suffit plus (nouvelle fenêtre) dans certaines régions, des opérations de cancer sont reportées (nouvelle fenêtre) et les auteurs du guide pensent que l'augmentation pourrait se poursuivre jusqu'à la fin du mois.

Mardi, le Québec a recensé 36 hospitalisations de plus et 89 décès supplémentaires (nouvelle fenêtre) liés à la COVID-19.

Un risque calculé

Le Dr Hoang Duong, qui préside l’Association des spécialistes en médecine interne du Québec, a participé à l'élaboration du nouveau guide du Comité éthique COVID-19. Il admet que la nouvelle stratégie préconisée par le ministère, qui pourrait être déployée sur une période de quatre à six semaines, n'est pas sans risques. Mais il y a selon lui urgence de changer de paradigme.

Il y a des risques qui peuvent venir avec ça, mais c'est un risque calculé, a-t-il soutenu lors du breffage technique de mardi. Il a ajouté qu'au final c'est l'ensemble des patients qui profitera des fruits de la nouvelle stratégie du ministère de la Santé et des Services sociaux.

La situation dans les hôpitaux est aussi exceptionnelle que tendue, dit-il, et il devenait impératif de se préparer à toute éventualité, même si cette perspective est loin d'être confortable pour les travailleurs de la santé comme les médecins, qui doivent suivre un code de déontologie strict.

Si on m'avait demandé un jour si je travaillerais sur un tel document, j'aurais dit : "Jamais, c'est inconcevable", a admis le Dr Duong, mardi. Mais on est rendu là.

Diminuer le niveau de soins pour pouvoir s'occuper d'un plus grand nombre de patients, ce n'est pas quelque chose qu’on apprend à l’école de médecine, mais c'est quelque chose qui pourrait être nécessaire si on en vient là.
Une citation de Dr Hoang Duong, président de l’Association des spécialistes en médecine interne du Québec

Le Dr Duong appelle notamment les ordres professionnels, qui ont participé à l'élaboration du document, à moduler un peu leurs attentes.

Avec les informations de Thomas Gerbet

Jérôme Labbé porte une chemise bleu clair à motifs.
Jérôme Labbé

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