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Analyse

Comment « vivre » avec la COVID-19?

Une foule dans un amphithéâtre. Les spectateurs en liesse attendent l'entrée des joueurs.

Les spectateurs du Centre Bell avant la présentation des joueurs.

Photo : La Presse canadienne / Graham Hughes

Gérald Fillion, Radio-Canada
Gérald Fillion

C’est 17 472 spectateurs qui ont assisté au match du Canadien contre les Blackhawks au United Center de Chicago, jeudi dernier. L’amphithéâtre était plein à 88 %. Et c’est 17 850 personnes qui ont assisté au match Canadien-Bruins du 12 janvier au TD Garden, qui était rempli au maximum de sa capacité. Pendant ce temps, chez nous, le Centre Bell est fermé. Et on ne peut même pas aller souper chez son voisin.

Je sais qu’il est difficile de faire des comparaisons parfaites entre Montréal, Chicago et Boston, et avec d’autres villes, provinces, états et pays. Mais l’écart de restrictions entre ces villes américaines avec ce que nous vivons chez nous est quand même frappant.

Voyez-vous, l’écart dans les niveaux d’hospitalisation n’est pas si grand. En moyenne, sur les sept dernières journées, le Québec affiche 37 hospitalisations liées à la COVID-19 par 100 000 habitants. Le Massachusetts est à 46 et l’Illinois à 56.

Sans dire qu’il faut passer de 0 à 20 000 spectateurs au Centre Bell cette semaine, il faut surtout se demander aujourd’hui comment on peut vivre ensemble avec la COVID-19, qui ne semble pas être sur le point de nous quitter. Comment parvenir à retrouver cette vie, celle qui nous permet d’aller voir le Canadien (perdre) au Centre Bell, d’aller au Théâtre du Nouveau Monde, d’aller au restaurant, dans un bar ou manger chez des amis, vivre à peu près normalement, malgré la présence de la COVID-19 et malgré les pressions que cela vient exercer sur le système de santé?

Comment y arriver? Comment arriver à reprendre le cours de nos vies, à retrouver nos repères, nos chemins, nos relations? Et comment des millions de personnes, partout dans le monde, peuvent-elles retrouver leurs heures de travail, leurs contrats, leurs clients, leur gagne-pain, sans demander l’aide de l’État, sans devoir composer avec des arrêts brutaux aux activités économiques? Comment les entrepreneurs, les salles de spectacles, les commerces peuvent-ils reprendre leurs activités, accueillir des gens comme avant?

Des pistes de solution

D’abord, il faut certainement déjà parler de la quatrième dose de vaccin. Les autorités publiques au Québec n’ont pas été suffisamment prévoyantes à l’automne en retardant l’administration de la troisième dose. Les premiers signaux d’Omicron autour du 24 novembre auraient dû sonner l’urgence. Il est absolument essentiel de mieux prévenir les prochaines vagues de COVID-19 et les prochains variants. Il faut donc déjà parler de cette quatrième dose et préparer la population.

Ensuite, les tests rapides doivent faire partie de notre vie quotidienne, au même titre que la distanciation, les masques et tout ce qui est entré dans nos vies depuis le début de la pandémie. Des experts réclament depuis plus d’un an l’utilisation des tests rapides dans la société. Il fallait agir bien avant. On ne l’a pas fait. Faisons mieux pour la suite.

Il faut aussi faire fonctionner tout ce qui est possible pour encadrer la COVID-19 sans fermer, sans restreindre, sans empêcher les activités sociales et économiques. Il faut mettre en place des solutions qui ne nous mèneront plus à des mesures d’arrêt économique jusqu’au fameux couvre-feu, jugé inutile par la plupart des experts qui se sont prononcés sur le sujet.

La solution phare, c’est le passeport vaccinal. Depuis mardi matin, il faut maintenant présenter notre passeport vaccinal pour entrer à la SAQ et à la SQDC (nouvelle fenêtre). Et ce sera le cas bientôt pour aller dans les grandes surfaces (nouvelle fenêtre) de 1500 mètres carrés et plus. Sur ce point d’ailleurs, les grandes entreprises, les employés et les syndicats doivent collaborer avec les pouvoirs publics et faire tout ce qui est possible pour que cette solution fonctionne. Les entreprises ont une responsabilité dans l’aménagement de conditions qui nous permettent de vivre avec la COVID-19.

L’utilité du passeport vaccinal

Maintenant, ne faudrait-il pas en faire davantage pour s’assurer que les milieux de travail soient sécuritaires pour tous? Le premier ministre du Québec, François Legault, a dit, dimanche soir à Tout le monde en parle, qu’il ne voulait pas imposer la vaccination obligatoire aux travailleurs en raison de possibles poursuites. Pourtant, le gouvernement fédéral impose la vaccination aux travailleurs de la fonction publique et aux sociétés qui relèvent de la réglementation fédérale, comme les compagnies aériennes et les banques.

Le Globe and Mail rapportait lundi que les poursuites contre les entreprises qui congédient des travailleurs non vaccinés se multiplient. N’est-il pas temps que les gouvernements légifèrent pour protéger les entreprises qui cherchent à protéger leurs travailleurs et leurs clients?

Dans une lettre publiée dans La Presse lundi, le PDG de la Fédération des chambres de commerce du Québec, Charles Milliard, affirme que les employeurs veulent s’assurer de maintenir un milieu de travail sain pour les employés, mais ils doivent avoir les moyens d’assurer des milieux de travailleurs sécuritaires. [...] La législation actuelle n’est pas claire quant au droit d’un employeur d’exiger la vaccination obligatoire de ses employés et il est encore moins certain qu’une telle exigence passerait le test des tribunaux.

La FCCQ réclame donc des lois qui viendraient valider le droit des employeurs d’exiger la vaccination de la part de leurs employés. L’avocate Marianne Plamondon affirmait dans un reportage diffusé à Zone économie lundi que l’enjeu de la sécurité sanitaire est tellement important qu’il ne faut qu’un peu de volonté politique pour aller de l’avant.

Apprendre des deux dernières années

La gestion de la pandémie est difficile au Québec depuis le début de 2020. C’est particulièrement le cas en ce moment : la vague actuelle ne serait certainement pas celle que l’on connaît si les autorités n’avaient pas pris du retard dans l’octroi de la troisième dose et si une stratégie de distribution de tests rapides avait été mise en place depuis un an.

Les enquêtes qui sont en cours nous rappellent aussi que les autorités québécoises ont semblé avoir du mal à reconnaître l’urgence de la situation au début de 2020. D’ailleurs, à Tout le monde en parle, François Legault a déclaré (nouvelle fenêtre) qu’en janvier 2020, la COVID-19 était vue comme une petite bordée de neige et qu’en mars, finalement, c'était une tempête.

Les choses sont quand même plus nuancées que cela.

Comme je l’ai écrit dans le passé, des voyants rouges sont apparus dès janvier 2020. La directrice de santé publique de Montréal, la Dre Mylène Drouin, a confirmé que son organisation est entrée en mesure d’urgence le 23 janvier 2020. Ce jour-là, le monde entier parlait du coronavirus en Chine et des sérieuses inquiétudes qu’il provoquait quant à sa propagation à l’échelle mondiale. La Chine a, le même jour, annulé les célébrations de son Nouvel An, l’événement le plus important de la planète avec 3 milliards de déplacements.

Le 30 janvier, l’OMS a annoncé que l'épidémie était devenue une urgence de santé publique internationale. Le 10 février, le ministre fédéral des Finances de l’époque, Bill Morneau, a dit que l'épidémie allait avoir un effet sur l'économie canadienne. Et le 11 février, le président de la Réserve fédérale américaine, Jerome Powell, a déclaré que l'épidémie pourrait entraîner une perturbation de l'économie chinoise susceptible de se répercuter sur l'ensemble de la planète.

Le 20 février, la chute boursière s’est amorcée. Le 24 février, l’OMS a demandé à tous les pays du monde de se préparer. Et le 26 février, on a appris que, pour la première fois depuis le début de l'épidémie, il y avait davantage de nouveaux cas dans le reste du monde qu'en Chine.

Personne ne pouvait prévoir l’ampleur de la crise qui s’annonçait. Mais les signaux d’alarme résonnaient déjà en janvier 2020.

Changer d’approche

Il est difficile de mesurer l’effet véritable du couvre-feu, de la fermeture des salles de spectacles et des commerces le dimanche. On peut extrapoler et appliquer, sur des graphiques, la coïncidence de certaines mesures avec des mouvements dans les courbes. Mais l’analyse doit être plus profonde.

Je comprends que, par prudence, les experts recommandent de suspendre les activités qui entraînent des contacts. C’est certainement la chose à faire. Mais en prévision des prochains variants et des prochaines vagues, le gouvernement devrait-il revoir son plan de match?

Préparer la quatrième dose, rendre disponibles des tests rapides et imposer largement le passeport vaccinal pourraient certainement prévenir les hospitalisations massives.

Et puis, en terminant, on doit répéter qu’il faut aussi faire pression sur le gouvernement du Canada pour qu’il fasse pression à son tour sur le G7 et le G20 afin qu’en 2022 la population mondiale soit vaccinée, en grande majorité, pour mettre fin à la production en série de nouveaux variants.

On veut bien apprendre à vivre avec le virus, mais il faut aussi, espérons-le, un jour, le faire disparaître!

Gérald Fillion, Radio-Canada
Gérald Fillion

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