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[Reportage] Dans les souliers de deux cordonniers latinos au Canada

Sans se connaître, Ana María Arroyave et Juan Sebastián Aragón partagent des passions et des parcours similaires. Colombiens vivant au Canada, ils conçoivent tous deux des chaussures uniques.

Sans se connaître, Ana María Arroyave et Juan Sebastián Aragón partagent des passions et un parcours similaires. Colombiens vivant au Canada, ils conçoivent tous deux des chaussures uniques.

Photo : Cortesía Ana María Dessin y Jaragon World / RCI

Paloma Martínez Méndez

Ana María Arroyave et Juan Sebastián Aragón ne se connaissent pas, mais ils ont plusieurs choses en commun. Ils vivent au Canada, sont tous deux d'origine colombienne et sont tous deux créateurs de chaussures. Malgré les difficultés liées à toute entreprise et celles liées à la pandémie, leurs affaires vont de mieux en mieux.

Le chemin des cordonniers latino-américains au Canada est semé d'embûches. Cependant, pour Mme Arroyave et M. Aragón, les obstacles sont aussi des défis sur les plans personnel et professionnel. Des défis qui leur permettent continuellement d'avancer.

Voici leur histoire.

Mère, entrepreneure et immigrante

Ana María Arroyave touche un accessoire posé sur une étagère garnie de souliers et de sacs dans sa boutique.

Ana María Arroyave est créatrice de souliers.

Photo : Ana Maria Dessin / Cortesía

Pour Ana María Arroyave, la conception de chaussures et d'accessoires n'est pas quelque chose de nouveau. À l'âge de 14 ans, elle a créé sa première petite entreprise de fabrication de sacs en Colombie. Avec la vente de ses dessins, elle a payé ses études universitaires dans son pays natal.

Selon elle, le fait d'avoir commencé si jeune a transformé sa passion pour le design en une façon d'être et de vivre, et non en un simple moyen de gagner de l'argent.

Lorsqu'elle est arrivée au Canada, elle a hésité à rester. Elle ne pouvait pas imaginer sa vie sans pouvoir faire ce qu'elle aime le plus.

Mon mari est venu en premier et quand sa procédure d'immigration a été terminée, il m'a parrainée et je suis venue. Tout a été difficile au début, pour être honnête. Dans de nombreux endroits, on m'a dit que le commerce ne fonctionnait pas ici. Que l'industrie manufacturière était pratiquement inexistante. Pendant un certain temps, j'ai mis de côté mon rêve de pouvoir continuer à fabriquer mes chaussures et accessoires ici.
Une citation de Ana María Arroyave, créatrice de chaussures et d'accessoires

Cependant, c'est lorsqu'elle a acheté des chaussures ici et qu'elle ne trouvait pas de modèles qui lui convenaient qu'elle a recommencé à faire des chaussures pour elle-même.

J'ai commencé petit à petit. J'ai fait venir des matériaux de Colombie et j'ai commencé à fabriquer des chaussures pour moi. J'ai construit un petit atelier. Et puis des amis et des collègues ont commencé à me passer des commandes. J'ai fait des accessoires, des blouses avec des décorations et aussi des chaussures. Quelqu'un m'a recommandé de monter un kiosque dans une foire artisanale et c'est ainsi que j'ai relancé mon activité.
Une citation de Ana María Arroyave, créatrice de chaussures et d'accessoires
La boutique Anne-Marie Dessin à Blainville, Québec.

La boutique Anne-Marie Dessin à Sainte-Thérèse, au Québec.

Photo : Cortesía Ana María Dessin

Aujourd'hui, Ana María Arroyave possède sa propre boutique dans la ville de Sainte-Thérèse, au Québec, en plus de celle en ligne.

Elle partage son temps entre son fils de 6 ans, qui suit actuellement des cours en ligne, et la gestion de sa petite entreprise.

Ana Maria Dessin sous-traite une dizaine d'employés dans les villes de Hull et de Blainville. Ils connaissent tous bien ses produits et ses exigences de qualité.

Du luxe, des chaussures trophées et des célébrités

Juan Sebastián Aragón présentant ses chaussures trophées aux célébrités latino-américaines, de gauche à droite, Maluma, Marc Anthony et J. Balvin. Agrandir l’image (nouvelle fenêtre)

Juan Sebastián Aragón présente ses chaussures trophées aux musiciens, de gauche à droite, Maluma, Marc Anthony et J. Balvin.

Photo : Cortesía Jaragon World

En 2015, un peu par hasard, le jeune designer Juan Sebastián Aragón a commencé une aventure qui l'a amené à rencontrer des célébrités et à proposer des produits de luxe uniques.

L'objectif de ce jeune homme d'origine colombienne vivant à Toronto est de créer des chaussures trophées qui représentent la lutte, la persistance et le sacrifice de chaque client.

Peu importe que la personne soit un artiste, un athlète ou quelqu'un comme vous ou moi, mes modèles lui permettent de choisir les matériaux, les couleurs et les lacets, chaque détail de la chaussure pour construire un "trophée" qui la représente. Nous sommes une marque de luxe fabriquée en Italie au plus haut niveau et nous racontons des histoires à travers les chaussures. Telle est la vision de l'entreprise.
Une citation de Juan Sebastián Aragón, créateur de chaussures et entrepreneur

Pour terminer ses études en commerce international à l'Université d'Ottawa, Juan Sebastian Aragon a dû partir en échange dans un autre pays. Il a décidé d'aller à Milan, en Italie.

La via Monte Napoleone est une rue du centre de Milan, considérée comme l'un des quartiers les plus luxueux et un important centre commercial pour le prêt-à-porter. La via Monte Napoleone est connue comme la troisième rue la plus chère d'Europe.

Via Monte Napoleone est une rue du centre de Milan considérée comme l'un des quartiers les plus luxueux et un important centre commercial pour le prêt-à-porter. La via Monte Napoleone est connue comme la troisième rue la plus chère d'Europe.

Photo : Cortesía Jaragon World

Je me suis promené sur la via Monte Napoleone, à Milan, où se trouvent toutes les grandes marques de Milan. Cela m'a beaucoup inspiré car, à 15 ans, j'ai commencé à vendre une marque de luxe appelée Valentino, et j'ai vu leurs magasins. Je me suis dit que si je vendais déjà des produits de luxe, que je connaissais déjà différents designers et que je savais comment fonctionnaient les ventes, pourquoi ne pas créer ma propre marque?
Une citation de Juan Sebastián Aragón, créateur de chaussures et entrepreneur

C'est ainsi que j'ai dessiné un petit bonhomme, avec sa mallette, son t-shirt, son pantalon et une paire de petites chaussures. Le fait de voir ces petites chaussures m'a ouvert l'esprit, explique Juan Sebastián Aragón, qui a donc décidé de démarrer son entreprise en commençant par les pieds.

Et c'est ce qu'il fait depuis.

Juan Sebastián Aragón, designer de chaussures et entrepreneur colombo-canadien

Juan Sebastián Aragón

Photo : Cortesía Jaragon World

Entrepreneuriat immigrant

Au Canada, les immigrants ont généralement des taux plus élevés de propriété d'entreprise et d'emploi indépendant que les personnes nées au Canada.

Selon Statistique Canada, en 2016, 11,9 % des immigrants âgés de 25 à 69 ans possédaient une entreprise privée constituée en société ou étaient principalement des travailleurs autonomes, contre 10,1 % des personnes de la deuxième génération (nées au Canada avec un parent immigrant) et 8,4 % des personnes de la troisième génération et des générations suivantes (une catégorie composée de toutes les personnes nées au Canada avec deux parents nés au Canada).

L'agence publique explique également que des études antérieures ont montré que le taux plus élevé de travailleurs autonomes parmi les immigrants est dû, du moins en partie, à la difficulté de trouver un emploi rémunéré approprié.

Les entreprises des immigrants ont tendance à être plus petites que celles des Canadiens.

Quelques créations d'Ana Maria Dessin (à gauche) et de Jaragon World.

Quelques créations d'Ana Maria Dessin (à gauche) et de Jaragon World.

Photo : Cortesía Ana María Dessin y Jaragon World / RCI

De leur côté, Ana María Arroyave et Juan Sebastián Aragón veulent développer leurs entreprises dans le pays. À terme, Mme Arroyave aimerait créer un atelier en Colombie, où les maroquiniers ont été durement touchés par la pandémie.

Une autre satisfaction de l'entrepreneure est que la plupart de ses chaussures sont respectueuses de l'environnement, car elle récupère les matériaux mis au rebut par les industries et les transforme en produits qui peuvent être utilisés au quotidien.

De son côté, Jaragon World poursuit son expansion en Italie. En fait, Juan Sebastián Aragón est convaincu que son entreprise aura un jour sa propre boutique sur la via Monte Napoleone.

Pour l'instant, l'entreprise continue à créer des pièces uniques afin de soutenir des causes chères au jeune designer et fabricant.

Note : ce reportage est également disponible en espagnol

Paloma Martínez Méndez

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