1. Accueil
  2. Économie
  3. Consommation

Une médaille en alimentation vaut-elle son pesant d’or?

Les concours récompensent habituellement les meilleurs. Certains vins, spiritueux, fromages, huiles d’olive et autres produits alimentaires affichent d’ailleurs sur leur emballage les distinctions obtenues. Mais que valent vraiment ces médailles? L’épicerie s’est intéressée à la question.

Une main tient une bouteille de vin sur laquelle un sceau signale l'obtention d'un prix à un concours.

Que vaut une médaille obtenue à un concours?

Photo : Radio-Canada

Barbara Ann Gauthier

Il n’y a pas que le monde du sport qui récompense les gagnants avec des médailles. Le monde alimentaire le fait aussi par l'intermédiaire de nombreux concours. Le vin est sans doute l’un des produits les plus primés. En magasin, les nombreuses bouteilles arborant un sceau d’excellence d’or ou d’argent peuvent parfois orienter la décision du consommateur. La prudence est de mise, car ce ne sont pas nécessairement de bons indicateurs pour aider à faire des choix éclairés.

Malheureusement pour les consommateurs, il n'y a pas de guide sur les tablettes à côté des bouteilles pour dire quel concours a vraiment une valeur. Si l’on ne connaît pas la valeur des concours, les médailles ont à peu près autant de valeur comme critère de sélection pour un consommateur que de se dire : "L'étiquette est jolie. Ça doit être bon", affirme Nadia Fournier, autrice du Guide du vin.

La fiabilité des concours

Les compétitions vinicoles nationales et internationales ne sont pas toutes fiables. Certaines s’apparentent à des entreprises de promotion alors que d’autres se déroulent en présence des producteurs, mais sans celle de spécialistes comme les sommeliers. Enfin, certains concours décernent presque autant de médailles qu’il y a de produits.

Trois bouteilles de vin

Des médaillées décernées dans un concours de vins

Photo : Getty Images / Mark Swallow

S’il n’existe aucune véritable norme pour régir les nombreux concours, Nadia Fournier précise que quelques critères permettent de jauger leur crédibilité. Tout dépend de la méthodologie, des juges qui sont invités et de la qualité de ceux-ci. Est-ce que le concours est sérieux? Est-ce que le concours reçoit 18 000 échantillons ou est-ce qu'il en reçoit 500?

L’autrice accorde tout de même sa confiance à quelques compétitions vinicoles telles que le Decanter World Wine Awards, les Vinalies internationales, le concours général agricole de Paris.

En somme, la transparence sur le déroulement du concours ainsi que la qualité de la méthodologie utilisée et des juges invités devraient être les fondements de tout bon concours.

Le monde fromager s’adonne aussi à la compétition par l’intermédiaire de nombreux concours, dont la crédibilité est moins remise en cause, selon Yannick Achim, fromager-marchand, qui a été juge dans plusieurs concours internationaux.

Je ne crois pas que des concours sont moins crédibles que d'autres. C'est sûr que leur fonctionnement est assez différent. On peut avoir des concours où on a beaucoup de jurés qui peuvent se parler durant l'évaluation, ce qui peut influencer certaines évaluations, précise M. Achim. Mais je pense que la sélection du jury est assez rigoureuse.

Aujourd’hui, le Québec possède une grande diversité fromagère, mais, il y a 30 ans, ce monde se faisait encore discret. Dans le but de faire connaître les nouveaux fromages et le savoir-faire des fromagers d’ici, on a d’abord créé un Salon des fromages fins, puis on a instauré, en 1999, le concours Sélection Caseus.

Au tout début, le Caseus servait surtout à la commercialisation des fromages. Aujourd'hui, les prix Caseus ont un impact sur le consommateur [...] Il s’agit d’une organisation rigoureuse qui a su s’adapter au fil des années.
Une citation de Yannick Achim, propriétaire de Yannick Fromagerie
Des personnes alignées devant des verres d'alcool.

Des juges évaluent différents produits présentés dans le cadre d'un concours.

Photo : Radio-Canada

Le monde des spiritueux n’est pas en reste

Depuis une dizaine d'années, l’offre de spiritueux explose et révèle des candidats tout aussi intéressants les uns que les autres. Certains se démarquent même sur la scène internationale grâce, précisément, à des concours.

On est rendu à quoi, 65 gins québécois à la SAQ? Comment faire pour que le nôtre se démarque des 60 et quelques autres? se demande Jean-François Pilon, chroniqueur et blogueur.

Plusieurs de ces concours se présentent alors comme de précieux outils de mise en marché. Certains d’entre eux sont devenus une véritable industrie.

Plusieurs concours vont, en plus des médailles traditionnelles, offrir des outils promotionnels. Par exemple pour 2000 $, il y aura production d’un podcast qui parlera du spiritueux, ou on va carrément vous faire une vidéo YouTube qui va parler de votre produit, précise Jean-François Pilon. Oui, il y a de la qualité. Et oui, il y a du marketing, ajoute-t-il.

Une main rédige des notes.

Un juge note un produit présenté dans le cadre d'un concours.

Photo : Radio-Canada

En somme, bien que certaines médailles vaillent leur pesant d’or, il ne faut pas oublier qu’elles jouent aussi un rôle de promotion. Il vaut donc mieux user de prudence et ne pas se laisser aveugler par la brillance de la médaille.

Les conseillers en succursale, les critiques et les chroniqueurs demeurent toujours de bonnes sources d’information qui peuvent guider vos choix. Rappelez-vous simplement que tout ce qui brille n’est pas or!

Le reportage de la journaliste-animatrice Johane Despins, de la journaliste à la recherche Barbara Ann Gauthier et de la réalisatrice Caroline Gagnon est diffusé dans le cadre de l’émission L’épicerie (nouvelle fenêtre) le mercredi à 19 h 30 à ICI TÉLÉ.

Barbara Ann Gauthier

À la une