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La pilule anti-COVID de Pfizer approuvée par Santé Canada

Le Canada a commandé 1 million de ces traitements. Plus de 30 000 ont déjà été reçus et 120 000 autres seront livrés d'ici la fin mars.

Des pilules.

Des pilules Paxlovid de Pfizer.

Photo : Associated Press

François Messier

Santé Canada a approuvé lundi l'utilisation du Paxlovid, un traitement anti-COVID de Pfizer qui permettra à certaines personnes infectées de se soigner à la maison et ainsi éviter d'être hospitalisées. Plus de 30 000 traitements ont déjà été reçus au pays, et 120 000 autres arriveront d'ici la fin mars.

Le médicament est conçu pour le traitement des formes légères ou modérées de la COVID-19 chez les adultes présentant un risque élevé d’évolution vers une maladie grave, y compris l’hospitalisation ou la mort, a résumé en conférence de presse le directeur du Bureau des sciences médicales à Santé Canada, le Dr Marc Berthiaume.

Jusqu’à présent, les médicaments pour le traitement de la COVID-19 que nous avons autorisés devaient être administrés par voie intraveineuse ou par injection dans un hôpital. […] Il s’agit du premier médicament oral contre la COVID-19 qui peut être pris par les patients à domicile, ce qui constitue une distinction importante.
Une citation de Dr Marc Berthiaume, directeur du Bureau des sciences médicales à Santé Canada

L'approbation de Santé Canada a été donnée après un examen accéléré des données soumises, qui ont démontré qu'elles étaient conformes aux normes de Santé Canada en matière de sécurité, d'efficacité et de qualité, a déclaré le Dr Berthiaume. Des données récentes ont en outre confirmé son efficacité contre le variant Omicron, a-t-il précisé.

Le Paxlovid est une combinaison de comprimés – deux comprimés de nirmatrelvir et un de ritonavir – qui doivent être pris deux fois par jour pendant cinq jours, dès le diagnostic ou au cours des cinq jours suivant l'apparition des symptômes. Un diagnostic par test PCR est idéal, mais un test rapide pourrait aussi être utilisé, a précisé l'Agence de la santé publique du Canada (ASPC).

Selon un essai clinique effectué chez des adultes non vaccinés, non hospitalisés, à haut risque et présentant des symptômes, il permettrait de réduire de 89 % le nombre d'hospitalisations et de décès s'il était administré dans les trois premiers jours après l'apparition des symptômes, ou de 85 % s'il l'était dans les cinq premiers jours.

Même si Santé Canada a conclu après examen que les avantages de Paxlovid l’emportent sur ses risques, le Dr Berthiaume a rappelé que tout médicament comporte des risques, et qu'il convient donc de discuter de la situation avec un professionnel, notamment pour s'assurer qu'il peut être consommé avec d'autres médicaments.

Paxlovid est un médicament d’ordonnance [qui] a le potentiel d’interagir avec un certain nombre d’autres médicaments, pouvant diminuer son efficacité ou, dans certains cas, provoquer des effets potentiellement graves.
Une citation de Dr Marc Berthiaume, directeur du Bureau des sciences médicales à Santé Canada

Le sommaire décisionnel de Santé Canada précise que ces interactions médicamenteuses peuvent engendrer des réactions indésirables cliniquement importantes pouvant mener à des événements graves ou mettant la vie du patient en danger, ainsi qu'à la perte de l'effet thérapeutique du Paxlovid et au développement possible de résistance virale.

Parmi les événements indésirables du Paxlovid signalés lors des essais cliniques, on note le trouble du goût (dysgueusie), signalé par 6 % des participants ayant reçu le médicament (contre 1 % dans le groupe placebo), de la diarrhée (3 % contre 2 %), ainsi que de l'hypertension et des douleurs musculaires (myalgie).

Selon le Dr Berthiaume, Santé Canada continuera de recevoir des données de Pfizer, notamment afin de faire une évaluation plus poussée de l'innocuité du Paxlovid chez les femmes enceintes ou qui allaitent. Des rapports sur son innocuité post-commercialisation et une mise à jour de l'évaluation des risques sont aussi attendus.

Le traitement de Pfizer n'est pas autorisé jusqu'à nouvel ordre chez les enfants de 12 ans pesant au moins 40 kilos, comme l'avait demandé la pharmaceutique. Santé Canada indique simplement qu'elle n'a reçu aucune donnée sur l'innocuité et l'efficacité du médicament pour cette clientèle.

À quand des doses au Canada?

Le Canada a conclu un contrat pour acheter un million de traitements de Pfizer, mais cet approvisionnement ne sera livré qu'au compte-gouttes, selon ce qui été dévoilé lundi après-midi par la ministre des Services publics et de l'Approvisionnement, Filomena Tassi.

Le Canada a en fait déjà reçu 30 400 traitements de Paxlovid, qui sont en voie d'être distribués aux provinces au prorata de leur population, a-t-elle révélé, et 120 000 autres traitements doivent être livrés d'ici la fin du mois de mars.

Des discussions sont en cours avec Pfizer pour établir un calendrier de livraison à plus long terme, a ajouté la ministre Tassi, sans s'avancer sur le rythme de livraison qui pourrait être atteint plus tard ce printemps.

Le ministre fédéral de la Santé, Jean-Yves Duclos, a fait valoir que les Canadiens pouvaient être fiers que leur pays soit un des premiers pays non seulement à autoriser le médicament, mais à en recevoir. La concurrence est très forte, mais le Canada s'en sort très bien, a-t-il dit.

Selon lui, ce succès s'explique notamment par le fait que les pharmaceutiques font confiance au processus d'approbation de Santé Canada et estiment qu'un feu vert obtenu ici les aide à en recevoir d'autres ailleurs. L'approvisionnement suit en conséquence, dit-il.

Étant donné que l'approvisionnement du Paxlovid s'annonce limité, l'ASPC a pour sa part recommandé aux provinces de le réserver aux personnes présentant les risques les plus élevés de développer une maladie grave, soit :

  • les personnes modérément ou sévèrement immunodéprimées;
  • les personnes de 80 ans qui ne sont pas adéquatement vaccinées;
  • les personnes de 60 ans qui ne sont pas convenablement vaccinées et qui résident dans des communautés rurales ou éloignées, dans une communauté autochtone ou dans un établissement de soins de longue durée.

L'ASPC recommande aussi aux provinces de mettre de côté une plus grande quantité de traitements pour les personnes qui habitent dans des communautés rurales et éloignées dont l'accès aux hôpitaux est limité ou dans des régions où règnent de l'insécurité alimentaire et des mauvaises conditions de logements, et où la prévalence des problèmes de santé préexistants est élevée.

Un autre traitement antiviral développé par Merck, le molnupavir, n'a toujours pas été approuvé par Santé Canada. Ottawa en a néanmoins acheté 500 000, et a des options pour s'en procurer 500 000 de plus, sous réserve qu'il soit autorisé par les autorités.

Un médicament qui peut changer la donne

En entrevue à Tout un matin, le professeur Alain Lamarre, chercheur spécialisé en réponses immunitaires et en virologie à l’Institut national de la recherche scientifique (Institut national de la recherche scientifique), s'est réjoui de l'arrivée prochaine de ce médicament.

Si l'on se fie à ce qui a été convenu aux États-Unis, a-t-il poursuivi, le médicament risque d'être réservé aux gens qui sont à risque de développer des maladies sévères, d'autant plus qu'il sera cher.

Le coût va être important. On parle d’environ 700 $ US [environ 875 $ CA, NDLR]. Donc, ça ne sera pas distribué en vente libre à la pharmacie, a souligné le professeur Lamarre, avant que l'approbation de Santé Canada ne soit confirmée.

Il va falloir que ce soit prescrit par un médecin, parce qu’on ne voudra pas le donner à tout le monde. Il va falloir que ce soit pour quelqu’un qui a des facteurs de risque. Je ne pense pas qu’on va en donner à des jeunes en très bonne santé qui ont peu de risque de développer une maladie sévère.
Une citation de Alain Lamarre, professeur et chercheur à l'INRS

Dans les essais cliniques, c’est ce qui a été fait. On traitait en priorité soit les gens âgés de 60 ans et plus, soit [ceux] avec un facteur de risque, comme une maladie chronique – l’obésité par exemple – ou une immunodéficience.

La beauté de la chose, c’est qu’on peut le donner rapidement avant l’apparition des symptômes, a-t-il poursuivi. Parce que les gens qui ont un facteur de risque plus important ou [qui sont] plus âgés, on ne le sait pas s’ils vont développer une maladie sévère ou pas.

Le fait d’avoir un antiviral qu’on peut administrer à la maison chez tout le monde qui présente ce type de facteur de risque, peu importe la gravité des symptômes, c’est une bonne chose. Ça va vraiment pouvoir faire une différence, d’après moi.
Une citation de Alain Lamarre, professeur et chercheur à l'INRS

La vaccination contre la COVID-19 reste un grand défi, mais il y a l'espoir de traitements prometteurs contre la maladie. L'OMS a d'ailleurs recommandé deux nouveaux traitements.

François Messier

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