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Davantage de souplesse à la frontière, réclame la conseillère scientifique de Trudeau

« Les mesures en vigueur à la frontière doivent être adaptées à la réalité du terrain », affirme Mona Nemer, qui plaide, à l’instar d’autres experts, pour un allègement des exigences d’entrée au Canada par avion.

Une affiche indique un endroit où on fait passer des tests de dépistage à l'aéroport Montréal-Trudeau.

L'utilité des tests de dépistage PCR exigés en arrivant au Canada est vivement critiquée par de nombreux experts.

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Romain Schué
Romain Schué

Ce discours peut paraître étonnant eu égard à la situation sanitaire au Canada. Pourtant, de nombreux experts jugent inadaptées, voire incohérentes, les mesures restrictives imposées actuellement aux voyageurs aériens qui arrivent à la frontière. Ils réclament un assouplissement, tant pour les enfants que pour les adultes pleinement vaccinés.

Les mesures les plus sévères doivent être revues lorsqu’il y a moins de transmission au pays, explique Mona Nemer, conseillère scientifique en chef de Justin Trudeau et de son cabinet.

Selon Mme Nemer, la question d’une révision des règles se pose dès maintenant en raison du degré [élevé] de transmission communautaire du variant Omicron. Les voyageurs, reprend-elle, sont soumis à la dynamique du pays.

Les mesures aux frontières doivent être continuellement évaluées selon l’évolution de l’épidémie et de la transmission communautaire. Il faut de la souplesse.
Une citation de Mona Nemer, conseillère scientifique en chef du premier ministre Trudeau

Depuis le début de décembre (nouvelle fenêtre), en complément d’un résultat négatif à un test PCR déjà exigé avant l’embarquement (moins de 72 heures), un nouveau test PCR est requis pour les voyageurs qui arrivent au Canada.

Ce test, initialement aléatoire dans les aéroports canadiens, vise désormais 100 % des voyageurs vaccinés qui n'arrivent pas directement des États-Unis, indique une porte-parole de Santé Canada.

Les voyageurs vaccinés qui arrivent d'un pays autre que les États-Unis ne sont plus sélectionnés au hasard. Les tests aléatoires sont limités aux voyageurs entièrement vaccinés qui arrivent des États-Unis.
Une citation de Tammy Jarbeau, porte-parole de Santé Canada

Responsables de l'administration de ces tests de dépistage à la suite d'une entente avec Ottawa, les laboratoires privés sont actuellement débordés, comme l’a récemment démontré Radio-Canada (nouvelle fenêtre).

À Montréal, par exemple, les résultats obtenus grâce aux analyses effectuées par Dynacare peuvent prendre une semaine avant d’être transmis. Durant cette période d'attente, les personnes concernées, déjà doublement vaccinées, doivent s’isoler.

Ces délais ne sont pas raisonnables, confie Mona Nemer, au courant de cette situation.

Est-ce la meilleure manière d'utiliser nos ressources limitées au moment où nous ne sommes plus capables de faire passer des tests à des gens qui ont des symptômes ou à des cas contacts? s’interroge-t-elle en faisant allusion aux restrictions imposées (nouvelle fenêtre) par certaines provinces, notamment le Québec et l'Alberta (nouvelle fenêtre), en ce qui a trait à l’accès aux tests PCR.

Est-il raisonnable de concentrer nos ressources [sur des tests PCR aux aéroports]? Il faudrait réimposer un contrôle [véritablement] aléatoire, [car] le volume actuel de tests n’est plus gérable.
Une citation de Mona Nemer, conseillère scientifique en chef du premier ministre Trudeau
Portrait de Mona Nemer en entrevue.

Mona Nemer est la conseillère scientifique en chef du premier ministre du Canada.

Photo : Radio-Canada / Jonathan Dupaul

Un échec de Trudeau, clame l'opposition

Ces longs délais de traitement suscitent d'ailleurs la colère des partis d'opposition à Ottawa.

C’est déplorable, clame Alexandre Boulerice, député du Nouveau Parti démocratique (NPD). C’est comme si le gouvernement libéral n’a pas les moyens de ses ambitions.

Le plan des libéraux ne marche pas. Ils paient des prix inconsidérés [à des laboratoires privés] qui ne livrent pas la marchandise.
Une citation de Alexandre Boulerice, député du Nouveau Parti démocratique

Les échecs de Justin Trudeau en matière de gestion de la COVID-19 normalisent les confinements et les restrictions interminables, juge l’élu conservateur Luc Berthold.

Ce sont les Canadiens qui paient chèrement le prix de l’incapacité [du gouvernement Trudeau] à gérer adéquatement les tests de dépistage dans les aéroports du pays. Il n’y a aucune excuse. Les Canadiens méritent de vraies solutions.
Une citation de Luc Berthold, député du Parti conservateur du Canada

Un contrat de 80 millions pour Dynacare

Le gouvernement Trudeau a conclu plusieurs ententes avec des laboratoires privés, par exemple Switch Health, LifeLabs, Biron ou encore Dynacare. Le laboratoire Dynacare, présent aux aéroports de Montréal et de Winnipeg, avait signé avec Ottawa, dès l’été dernier, un contrat pouvant atteindre une valeur de 80 millions de dollars pour réaliser ces tests de dépistage. Impossible néanmoins de savoir si le montant de cet accord a été modifié ou s'il comprend des clauses concernant les délais de traitement. Ottawa n'a pas répondu aux questions de Radio-Canada sur ce sujet.

Entre la fin novembre et la fin décembre, plus de 330 000 tests ont été effectués dans les aéroports canadiens. Durant cette période, le taux de positivité pour les voyageurs doublement vaccinés a été de 1,08 %. Dans le cas des voyageurs partiellement ou nullement vaccinés, ce taux s'est établi à 1,55 %. Désormais, Ottawa dit avoir la capacité de faire passer 26 000 tests par jour.

Des tests rapides pour les voyageurs?

Mona Nemer n’est pas la seule scientifique à évoquer la possibilité d'un allègement des règles sanitaires pour les voyageurs aériens adéquatement vaccinés. De nombreux experts contactés par Radio-Canada abondent dans ce sens.

Si un résultat négatif à un test de dépistage avant l’embarquement est toujours jugé indispensable, la pertinence à l’arrivée d’un nouveau test PCR, plus long à analyser, est unanimement remise en question.

On pourrait même laisser tomber ce test. Sinon, un test rapide à remettre aux voyageurs qui arrivent au Canada serait un bon compromis acceptable, résume Benoît Barbeau, professeur au Département de sciences biologiques à l’UQAM.

La transmission communautaire est déjà tellement active que ce ne sont pas ceux qui vont venir qui vont empirer la situation.
Une citation de Benoît Barbeau, expert en virologie

Il faut être plus flexible dans nos approches, ajoute-t-il.

Selon Mona Nemer, les voyageurs pourraient effectivement s’autotester le lendemain de l’arrivée, puis deux jours après. Une telle séquence avec des tests rapides pourrait également être utilisée pour les plus jeunes enfants non vaccinés, affirme la conseillère scientifique.

Un test de dépistage rapide.

Les tests rapides seraient plus utiles dans les aéroports, soutiennent plusieurs experts.

Photo : CBC/David Horemans

Les restrictions pour les jeunes enfants vivement décriées

Depuis des mois, des familles déplorent la « quarantaine déguisée » (nouvelle fenêtre) qui est imposée aux bambins de retour au Canada.

Durant les 14 jours qui suivent leur arrivée au pays, ils sont soumis à l'interdiction de fréquenter leur école ou leur garderie. Ils peuvent néanmoins aller au parc et accompagner leurs parents à l’épicerie.

Au gouvernement fédéral, rien ne laisse présager un changement prochain de ces mesures prises pour protéger la santé et la sécurité des Canadiens, répète-t-on au ministère de la Santé.

Les mesures aux frontières sont fondées sur les données disponibles, les preuves scientifiques et la surveillance de la situation épidémiologique au Canada et à l'étranger.
Une citation de Anne Génier, porte-parole de Santé Canada

Au Québec, pourtant, les règles visant les plus jeunes (nouvelle fenêtre), particulièrement les moins de cinq ans qui ne peuvent pas être vaccinés, ont considérablement évolué. Désormais, un enfant déclaré positif à la COVID-19 peut sortir d’isolement après cinq jours et les cas contacts peuvent continuer à fréquenter leur garderie.

Il y a vraiment une nécessité d’arrimer les politiques provinciales et fédérales, assure Roxane Borgès Da Silva, professeure à l’École de santé publique de l’Université de Montréal.

Il y a une incohérence. Ça crée de la confusion à plusieurs égards. Pourquoi nuire à ces enfants et à leur développement cognitif et émotionnel?
Une citation de Roxane Borgès Da Silva, professeure à l'École de santé publique de Montréal

Être à la maison, séparé des amis et du milieu scolaire ou de la garderie pour une durée aussi longue, c’est problématique. Il faut revoir ces règles et adapter cette procédure, juge également Francine Ducharme, pédiatre au Centre hospitalier universitaire (CHU) Sainte-Justine.

Maintenant que des tests rapides sont disponibles, il faut intégrer leur usage et revoir la pertinence d'une durée d'absence aussi longue.
Une citation de Francine Ducharme, pédiatre au Centre hospitalier universitaire Sainte-Justine, à Montréal

À partir du moment où les enfants n’ont pas de symptômes et sont déclarés négatifs après trois ou quatre jours, on peut entrevoir [un retour à la garderie]. Ces enfants devraient être soumis aux mêmes règles que les autres, clame Mona Nemer.

Au moment où ces mesures ont été instaurées, c’était la bonne chose à faire. Mais peut-être qu’il faut revoir tout ça et alléger. Il faut envoyer un message de bon sens et de souplesse.

Une décision politique, regrette un expert

Malheureusement, soutient un spécialiste qui est membre d’un comité fédéral chargé d'évaluer ces dispositions et qui ne peut pas parler publiquement, aucun changement ne semble figurer à l'ordre du jour.

C’est une décision politique, avance-t-il, alors que le cabinet du ministre fédéral de la Santé, Jean-Yves Duclos, n'a pas répondu aux questions de Radio-Canada.

La seule raison [du maintien de ces mesures], c’est pour décourager les voyages à l’étranger. Mais en date d’aujourd’hui, avoir encore de telles mesures, c’est aberrant.
Une citation de Un membre d’un comité fédéral

Un élu nous a également confié qu'un tel sujet n'est pas payant politiquement à l'heure actuelle.

De son côté, l'industrie aérienne persiste. Le voyage est la seule activité qui exige que les personnes soient non seulement entièrement vaccinées et asymptomatiques, mais aussi qu'elles subissent non pas un mais deux tests PCR, rappelle Suzanne Acton-Gervais, présidente intérimaire du Conseil national des lignes aériennes (CNLA).

Nous pensons que le fait d’imposer ces tests à l’arrivée à tous les passagers ne démontre pas d’avantage pour la santé publique.
Une citation de Suzanne Acton-Gervais, présidente intérimaire du Conseil national des lignes aériennes

Ces ressources seraient plus utiles si elles étaient redistribuées dans les communautés qui en ont besoin, plaide-t-elle, tout en souhaitant la fin de la quarantaine sur la famille.

Plusieurs pays, comme la France, l’Autriche et les Pays-Bas, permettent aux enfants voyageant avec leurs parents vaccinés de bénéficier du même traitement. Nous ne pensons pas qu'il existe des données qui soutiennent cette mise en quarantaine.

Avec la collaboration d’Aude Garachon

Romain Schué
Romain Schué

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