1. Accueil
  2. Science
  3. Santé publique

Deux ans de pandémie : où en est la science?

Anne-Marie Dussault et Charles Tisseyre.

Anne-Marie Dussault et Charles Tisseyre faisaient le point sur l'état de la science, après deux ans de COVID-19.

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

RCI

Lors des premières semaines de l’année 2020, le monde s’est trouvé aux prises avec un nouveau coronavirus et avec la maladie qu’il cause : la COVID-19. Depuis, les connaissances scientifiques ne cessent de s'approfondir et les questions se multiplient. Retour sur l’émission spéciale de Découverte animée par Anne-Marie Dussault et Charles Tisseyre, diffusée dimanche, qui dresse un portrait de la situation actuelle.

Omicron, le variant qui a tout changé

Une ambulancière parle à un patient sur une civière dans le corridor de l'urgence.

Pour comprendre le variant Omicron, voici un reportage préparé par l'équipe de l'émission « Découverte ».

Photo : CBC/Evan Mitsui / Evan Mitsui

Le variant Omicron s’est imposé dès novembre 2021. Sa propagation rapide menace maintenant les systèmes nationaux de santé et brouille les cartes quant au moment de la sortie de crise.

Omicron a attiré l’attention de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) dès son apparition, en Afrique du Sud et au Botswana, en raison de sa séquence génétique. Ce variant comporte un nombre anormalement élevé de mutations – une cinquantaine – par rapport au virus d’origine. Par comparaison, le variant Delta en compte une quinzaine.

Les experts s’inquiètent surtout de l’emplacement de ces mutations. La majorité d’entre elles se situent sur le spicule, qui est une protéine à la surface du virus. Le spicule permet au virus de s’accrocher aux cellules et de les infecter.

Des mutations sur le spicule aident le virus à déjouer en partie le système immunitaire, même chez les personnes vaccinées. Par ailleurs, Omicron se répand bien plus vite que le virus initial et ses autres variants. En revanche, les données actuelles suggèrent qu’Omicron cause des infections moins graves, car il contamine différemment les cellules.

Plusieurs études préliminaires montrent que ce variant peine à infecter les poumons. Il se développerait surtout dans la partie supérieure du système respiratoire. Cette réalité contribuerait à expliquer plusieurs phénomènes. Plus concentré dans le nez et dans la gorge, le virus fait moins de dommages et se transmet plus facilement.

Une chose reste certaine : les vaccins aident le corps à se défendre contre Omicron lorsqu’il est infecté et rendent les formes graves de la COVID-19 moins fréquentes.

De plus, selon une étude sud-africaine, les personnes infectées par le variant Omicron posséderaient les anticorps nécessaires pour contrer la souche Delta.

La vague Omicron pourrait alors freiner des variants plus vigoureux et contribuer à faire apparaître une certaine immunité dans la population.

La probabilité que la COVID-19 disparaisse est faible, mais la pandémie ne sera pas éternelle pour autant. Si la transmission diminue et se stabilise sur une assez longue durée, la maladie sera déclarée endémique, au même titre que le rhume et la grippe.

Vaccination des enfants : questions et hésitations

Une personne applique un petit coton à l'endroit de la piqûre du vaccin.

La vaccination des enfants représente un grand défi... On se demande en quoi elle est essentielle dans un reportage préparé par l'équipe de l'émission « Découverte ».

Photo : Getty Images

Le 19 novembre dernier, Santé Canada a donné le feu vert à l’emploi du vaccin de la pharmaceutique Pfizer-BioNTech chez les enfants. Depuis, au pays, environ 39 % des enfants de 5 à 11 ans ont reçu leurs premières doses de vaccin contre la COVID. Au Québec, ce taux s’élève à 56 %.

À l’heure actuelle, plusieurs parents hésitent encore à faire vacciner leurs enfants même si les risques sont décrits comme étant faibles. Ces parents se posent des questions. Leurs enfants en tireront-ils vraiment des bienfaits? Doivent-ils les faire vacciner au bénéfice de la collectivité? Comment la majorité des experts peuvent-ils recommander avec tant de certitude ce nouveau vaccin malgré le peu de recul?

Il faut savoir que, pour rendre leur décision, les experts se sont tout particulièrement penchés sur les études de phase 1-2 et 3 menées par la pharmaceutique concernée, sur la qualité du vaccin et sur son processus de fabrication.

Sur la base de ces données, ils [Santé Canada] considèrent que le vaccin est assez efficace et assez sécuritaire pour pouvoir l'administrer ou le donner à la population canadienne, explique Caroline Quach, responsable de l'unité de prévention et de contrôle des infections du Centre hospitalier universitaire (CHU) Sainte-Justine.

Toutefois, ce n’est pas Santé Canada qui décide si le gouvernement doit recommander le vaccin aux enfants et la posologie.

Ces décisions reviennent à des scientifiques indépendants qui réanalysent les données et qui se font leur propre opinion.

Pour conseiller le gouvernement fédéral, le Comité consultatif national de l’immunisation (CCNI) réunit une quinzaine d’experts indépendants. Au Québec, un autre groupe, le Comité sur l’immunisation du Québec, d’une quinzaine de scientifiques indépendants fait le même travail. La Dre Quach en fait partie.

Quand les comités-conseils se penchent sur ces questions-là, on regarde vraiment tous les angles de la médaille.
Une citation de Caroline Quach, microbiologiste-infectiologue pédiatrique au Centre hospitalier universitaire Sainte-Justine

Leur travail consiste à déterminer si les enfants tirent un bienfait direct du vaccin puisque les complications de la COVID-19 sont très rares chez les jeunes.

Pour l’heure, tout indique qu’à court terme, les bienfaits connus pour la santé l’emportent sur les risques du vaccin. Mais qu’en est-il des effets à long terme?

Pédiatre au Centre hospitalier universitaire Sainte-Justine, le Dr Elie Haddad affirme qu’il est possible d’avoir une réaction immunitaire fâcheuse lors de l’injection d’un vaccin, mais qu’il n’a jamais constaté d'effets secondaires à long terme.

Ces informations concernent cependant les vaccins conventionnels et non ceux à ARN messager. Or, le fonctionnement de ces vaccins nouvelle génération rassure plutôt les experts.

Quand on compare un virus avec le vaccin et qu’on comprend comment ça marche, à aucun moment on ne peut dire : "je préfère rencontrer le virus".
Une citation de Elie Haddad, pédiatre au Centre hospitalier universitaire Sainte-Justine

Lors d’une infection, l’enfant reçoit des coronavirus complets, actifs, avec une vingtaine de types de séquences d’ARN distinctes, qui permettent au virus de pénétrer ses cellules et de se reproduire.

Lorsqu’il s’agit d’un vaccin à ARN messager, on injecte un infime morceau de ce virus, un de ses ARN messagers, qui permet ensuite aux cellules de produire brièvement une autre petite partie du virus, les spicules. Cette présentation du spicule au système immunitaire apprend alors à celui-ci à reconnaître le virus.

Cette technologie est scrutée depuis des décennies par des scientifiques de nombreuses disciplines.

Le Comité d’immunisation du Québec a donc tranché de manière unanime : les bienfaits du vaccin surpassent les risques. Ce comité arrive à la même conclusion que son pendant fédéral, que Santé Canada, que la FDA américaine et que l’Organisation mondiale de la santé.

Quand je vois à quel point ces débats sont intenses, intelligents, bien faits, ça me rassure complètement. La probabilité que tous ces comités sur la planète disent la même chose et que cette même chose soit fausse, elle est à peu près à zéro.
Une citation de Elie Haddad, pédiatre au Centre hospitalier universitaire Sainte-Justine

En outre, le comité a choisi de recommander au gouvernement d’offrir le vaccin aux enfants plutôt que de vacciner les enfants, une recommandation moins forte que celle qui concerne les groupes plus âgés.

Il n’y a rien d'obligatoire dans cette recommandation. On s'est bien assurés que le vaccin ne serait pas attaché au passeport vaccinal, justement parce que le bénéfice direct pour l'enfant, ce n'est pas la même chose que le bénéfice direct d'une vaccination pour une personne de 65 ans et plus, note Caroline Quach.

Paxlovid, un traitement efficace contre la maladie

Des pilules.

La vaccination contre la COVID-19 reste un grand défi, mais il y a l'espoir de traitements prometteurs contre la maladie. L'OMS a d'ailleurs recommandé deux nouveaux traitements.

Photo : Reuters

L’entreprise pharmaceutique Pfizer a créé un traitement antiviral qui permet de soigner à la maison les symptômes de la COVID-19. Santé Canada doit rendre une décision d’ici la fin de janvier en ce qui concerne sa commercialisation. L’Agence américaine des médicaments (FDA) l’a approuvée en décembre dernier.

Comment fonctionne ce médicament? Le SRAS-CoV-2 a besoin de nous pour se reproduire. Quand il entre dans les cellules, son matériel génétique est retranscrit en protéine sous forme d’une longue chaîne qui est ensuite découpée en plusieurs morceaux. La paire de ciseaux, c’est une enzyme appelée protéase.

Pour stopper la progression du virus, la molécule mise au point par Pfizer bloque l’action de cette protéase. Elle empêche les protéines du virus de se former correctement, donc de produire de nouveaux virus.

Appelé Paxlovid, ce traitement comprend aussi une deuxième molécule antivirale, également utilisée contre le virus de l'immunodéficience humaine, qui ralentit l’élimination de la première pour en prolonger l’action.

L’essai clinique de Pfizer a été mené chez des gens qui n’étaient pas vaccinés.

Près de 1000 adultes âgés de 60 ans et plus ou qui présentaient au moins un facteur de risque de complication grave de la COVID-19 ont reçu le médicament après avoir développé des symptômes de la maladie; 1000 autres adultes ont reçu un placébo. Pas moins de 66 personnes qui ont reçu le placébo ont dû être hospitalisées pour la COVID; parmi celles-ci, 12 sont décédées. Seulement huit personnes qui ont reçu le traitement ont dû être soignées à l’hôpital.

La prise de la molécule aurait donc réduit le risque d’hospitalisation de 88 %.

De pandémie à endémie

Tôt ou tard, la maladie devrait passer au stade de l’endémie. Qu’est-ce que ça veut dire et comment y arrive-t-on? Reportage sur ce scénario de l'endémie.

Au début de la pandémie, l’arrivée de la vaccination contre le SRAS-CoV-2 a souvent été présentée comme la solution à la crise. Toutefois, la couverture vaccinale inégale sur la planète et la capacité du virus à muter ont brouillé les cartes, tandis que l’arrivée fulgurante d’Omicron a réduit cet espoir en cendres.

Aujourd’hui, le consensus scientifique se consolide : le virus est là pour de bon. En d’autres mots, il deviendra endémique. Le SRAS-CoV-2 sera alors le cinquième coronavirus à l’être, aux côtés des quatre autres coronavirus qui causent les rhumes communs.

Selon les Centres pour le contrôle et la prévention des maladies américains, un virus est dit endémique lorsqu’il est présent de manière constante dans une population avec un taux d’infection relativement prévisible et une circulation stable du virus. Pour y parvenir, la maladie doit atteindre une forme d’équilibre avec l’immunité collective d’une population.

Cette forme d’immunité peut être acquise par la vaccination ou par une infection. Elle serait alors suffisante pour empêcher des sommets de propagation, mais insuffisante pour stopper la contamination. Cette immunité pourrait s’affaiblir dans le temps ou être perturbée par des mutations du virus.

Cette situation est bien différente de celle qui prédomine actuellement, dite pandémique, dans laquelle de vastes groupes sont encore sans immunité, ce qui permet encore des flambées de propagation et plonge à répétition les systèmes de santé dans la tempête.

Au 20e siècle, l’humanité a vu plusieurs pandémies faire cette transition. Par exemple, la grippe espagnole de 1918, après trois vagues mortelles, est devenue une grippe saisonnière endémique et est toujours présente de nos jours.

L’arrivée de l’endémie se profile donc à l’horizon. Mais le chemin vers l’endémicité ne sera pas forcément tranquille : il peut encore prendre des détours surprenants.

La Dre Sylvie Briand, directrice du département des maladies pandémiques et épidémiques à l'Organisation mondiale de la santé, évoque trois scénarios possibles pour le passage de la pandémie à l’endémie. Dans le premier, le plus favorable, le virus deviendrait endémique comme les autres coronavirus (rhumes) qui provoquent des maladies bénignes.

Le deuxième scénario ressemblerait à celui de la grippe saisonnière qui emporte annuellement entre 450 000 et 650 000 personnes et qui demande un programme de lutte bien organisé.

Le troisième, qui est un peu le scénario catastrophe, c’est qu’on va avoir d’autres variants qui vont émerger qui seront différents de ceux qu’on connaît et qui demanderont qu’on remette en cause [...] les vaccins et les traitements, explique la Dre Briand.

Selon la Dre Briand, le moment du passage entre la pandémie et l’endémie demeure incertain.

Le virus s’adapte et nous aussi on s’adapte. C’est un marathon. Je pense qu’on est dans les derniers kilomètres de ce marathon, mais je ne vois pas encore la ligne d’arrivée.
Une citation de Sylvie Briand, directrice du département des maladies pandémiques et épidémiques à l'Organisation mondiale de la santé

Une chose est certaine, l’Humanité est de mieux en mieux préparée pour faire face aux prochains mois. On espère de meilleurs vaccins[...], des meilleurs traitements pour tous les stades de la maladie, et des tests rapides plus fiables. On pourrait faire en sorte de vivre avec cette maladie grave. On pourrait apprendre à vivre avec et réduire son impact, non seulement sur la santé, mais aussi sur nos sociétés, conclut-elle.

À la une