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Personnel infirmier formé à l’étranger : le Manitoba attire peu de francophones

Des infirmières et des médecins s'affairent autour d'un patient qui reçoit de l'oxygène.

Le Projet de personnel infirmier formé à l'étranger avait reçu plus de 1800 candidatures en décembre.

Photo : La Presse canadienne / Nathan Denette

Le journaliste Thibault Jourdan
Thibault Jourdan

Un programme provincial voulant permettre à des infirmiers formés à l’étranger de pallier rapidement la pénurie de personnel semble attirer peu de candidats francophones.

Le Projet de personnel infirmier formé à l'étranger a été mis en place par la province l’été dernier. Il vise à reconnaître plus rapidement les diplômes des professionnels obtenus dans un autre pays et à faciliter leur obtention du droit d’exercer la profession au Manitoba.

Plus de 1300 personnes ont déjà postulé et répondent aux critères d’admissibilité de base, a affirmé la ministre de la Santé, Audrey Gordon, lors d’une conférence de presse mercredi.

1813 candidatures en décembre, 4 francophones

Selon des informations obtenues par Radio-Canada, le 24 décembre, dans une demande d’accès à l’information, la province avait reçu 1813 candidatures. Le document ne fournit pas les pays d'origine des postulants, mais indique les établissements d’enseignement supérieur où ils ont obtenu leur diplôme.

En analysant ces informations, Radio-Canada n’a été en mesure d’identifier que quatre établissements francophones en Tunisie, au Sénégal, au Rwanda et en République démocratique du Congo. En tout, 912 établissements différents sont mentionnés dans la réponse à la demande d’accès à l’information.

Ça me semble très peu, on aurait souhaité en avoir beaucoup plus, dit la directrice générale de Santé en français, Annie Bédard.

Sans grande surprise, la plupart des postulants viennent d’Asie, notamment des Philippines, d’Inde et de Chine, ainsi que d’Amérique latine.

Or, des personnes de ces régions, notamment en Amérique latine, sont parfois capables de parler français, mais il est impossible de le savoir, car il n'y a aucune question à ce sujet dans le formulaire, même si celui-ci est bilingue.

En revanche, on demande clairement aux candidats s’ils ont obtenu une évaluation ou un test de maîtrise de l’anglais au Canada.

Ce test d’anglais est difficile à réussir et décourage les gens, estime Annie Bédard. Le niveau qu’on demande nous semble très élevé.

Plusieurs candidats doivent tenter le test d’anglais plusieurs fois parce qu’il est bon pour six mois et que le temps d’obtenir une place dans un programme de formation peut prendre plus de temps, ce qui force les gens à le refaire, ajoute la présidente du Syndicat des infirmières et infirmiers du Manitoba, Darlene Jackson.

Le Collège des infirmiers conteste les chiffres de Gordon

Selon Audrey Gordon, plus de 90 candidats sont sur le point d’obtenir le droit d’exercer au Manitoba et pourraient commencer dans les prochains jours.

Cependant le College of Registered Nurses of Manitoba conteste ces chiffres et affirme, par la voie de son porte-parole, Martin Lussier, que seuls 7 candidats répondent aux critères provinciaux et que 48 sont sur le point d’obtenir leur permis d’exercer.

Par ailleurs, Martin Lussier affirme que le Collège a demandé à plusieurs reprises à rencontrer la ministre de la Santé ou la première ministre, Heather Stefanson, pour aborder le sujet de la reconnaissance des infirmiers formés à l’étranger, mais sans résultat.

Dans cette veine, nous avons peu, voire pas d’information, sur les caractéristiques ou les critères que la province utilise pour déterminer qu’un candidat est admissible, au-delà des questions posées dans le formulaire en ligne, ajoute-t-il dans un courriel.

Un processus qui prend des années

De son côté, Darlene Jackson insiste sur le fait que c’est un processus qui prend plutôt de deux à trois ans.

Ce n’est pas une solution viable à court terme. Il ne suffit pas de deux semaines pour que ces [candidats étrangers] puissent rentrer dans le système de santé.

Darlene Jackson estime que la province devrait se concentrer sur la rétention du personnel déjà en place.

Je répète que c’est la meilleure solution à court terme pour faire en sorte de maintenir le fonctionnement de notre système de santé, affirme-t-elle.

La province, pour sa part, n’a pas été en mesure d’indiquer à Radio-Canada combien de temps dure en moyenne le processus de reconnaissance des compétences à travers le Projet de personnel infirmier formé à l'étranger. Cette information n’est pas surveillée, indique-t-elle en réponse à la demande d’accès à l’information.

Elle n’a pas non plus été capable de dire combien de candidats passés par ce programme avaient déjà rejoint le système de santé.

Le journaliste Thibault Jourdan
Thibault Jourdan

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