1. Accueil
  2. Société
  3. Pauvreté

Des policiers communautaires à la rencontre d’itinérants

Trois policiers à côté d'une voiture de police, sous un viaduc.

L'Équipe de concertation communautaire et de rapprochement du SPVM va à la rencontre des personnes en situation d'itinérance dans toutes sortes de lieux de la métropole pour s'assurer qu'elles se portent bien.

Photo : Radio-Canada / Pascal Robidas

Pascal Robidas
Pascal Robidas

L'endroit, entouré de béton, est peu accueillant. Les graffitis prédominent. Nous sommes sous l'autoroute Ville-Marie, où des dizaines de tentes abritent des personnes en situation d'itinérance. Une petite communauté pour passer à travers l'hiver.

À l'arrivée de l'équipe, personne n'a pris les jambes à son cou pour fuir les lieux. Bien au contraire : certains entament la conversation, tandis que d'autres suivent des policiers vers les autopatrouilles remplies de matériel et de vêtements pour leur permettre d'affronter le climat hivernal.

Une policière discute avec une personne itinérante.

La policière Audrey Couture-Conan discute avec une personne en situation d'itinérance pour s'informer de ses besoins en cette période de froid polaire qui touche la ville de Montréal.

Photo : Radio-Canada / Pascal Robidas

Les policiers que nous accompagnons sont membres de l'Équipe de concertation communautaire et de rapprochement (ECCR), lancée en 2021 à la demande du directeur du Service de police de la Ville de Montréal (SPVM), Sylvain Caron. Pour ce dernier, la prévention du crime passait également par la prévention sociale.

Fini, donc, les appels d'urgence au 911 et la répression pour cette nouvelle équipe qui patrouille essentiellement à pied. La priorité est de bâtir des relations humaines avec les personnes les plus vulnérables qui se retrouvent à l'hôpital pour des problèmes de consommation et des troubles de santé mentale.

C'est une véritable communauté qui se trouve sous l'autoroute Ville-Marie. Des tentes et des abris improvisés longent les piliers de béton sur plusieurs centaines de mètres.

Des tentes sous un viaduc.

Les policiers du SPVM feront le tour de toutes les tentes pour s'assurer que chaque occupant est en mesure de répondre. En cas de silence, ils s'assurent que la personne, si elle est présente, n'est pas en situation critique pour sa santé.

Photo : Radio-Canada / Pascal Robidas

D'autres itinérants, qui ont plus d'expérience dans la rue, ont récupéré tous les matériaux utiles pour se construire de véritables abris de fortune munis de divisions. N'empêche que toutes les personnes en situation d'itinérance sont vulnérables face à l'hiver.

Celles-ci ont en commun de vouloir rester dans leur abri, loin des refuges et des ressources offertes par la Ville de Montréal.

On est dans l'approche humaniste. Personne de mon équipe n'est dans le jugement. On est ici pour aider des gens qui en ont grandement besoin.
Une citation de Laurent Gingras, sergent et superviseur de l'Équipe de concertation communautaire et de rapprochement du SPVM
Les policiers du SPVM, membres de l'équipe ECCR, offrent des bottes d'hiver et des couverture à cet itinérant qui s'est fabriqué un abri de fortune pour se protéger du froid.

Les policiers du SPVM, membres de l'équipe ECCR, offrent des bottes d'hiver et des couverture à cet itinérant qui s'est fabriqué un abri de fortune pour se protéger du froid. Le reportage de Pascal Robidas.

Photo : Radio-Canada / Pascal Robidas

On cherche à aller vers des gens qui vivent en marge de la société. On veut trouver des solutions pour améliorer leur vie, explique le sergent Laurent Gingras, qui est le superviseur de cette équipe communautaire. C'est une façon de faire de la prévention en allant vers les gens avant qu'ils ne soient judiciarisés. Pour ce faire, nous avons besoin de nos partenaires communautaires pour bâtir le lien de confiance avec ces gens-là.

Deux policiers du SPVM.

Le sergent Laurent Gingras invite le public à donner de la nourriture ou des vêtements pour aider les personnes en situation d'itinérance. L'argent donné spontanément sur la rue sert souvent à consommer des drogues ou de l'alcool au profit du crime organisé, selon lui, ce qui crée des problèmes supplémentaires pour le SPVM.

Photo : Radio-Canada / Sébastien Lauzon, caméraman

Après plusieurs mois à se faire connaître à pied par la communauté itinérante du centre-ville, les policiers communautaires du Service de police de la Ville de Montréal voient leurs efforts qui commencent à faire jaser dans la rue.

Alexandre Caisse croyait bien se faire arrêter, la semaine dernière, en se trouvant sur la voie publique après l'entrée en vigueur du couvre-feu.

Moi, ils m'ont vu. C'était dépassé le couvre-feu [...] puis ils m'ont donné des couvertures chaudes pour m'abriller. Tu sais, c'était fantastique, dit-il, lui qui vit dans la rue depuis environ six mois.

L'approche plus humaine de ceux qui portent l'uniforme est un baume pour cet itinérant de 32 ans qui dit avoir tout perdu à cause de problèmes de consommation.

J'ai pris de la drogue. J'ai tout perdu : ma blonde, ma maison, ma job... Quand tu es dans la rue, tu découvres que tu n'es plus rien aux yeux des gens que tu croises. Quand tu as des policiers qui viennent te voir pour savoir comment tu vas, ça fait du bien, ajoute-t-il.

Alexandre Caisse.

Alexandre Caisse, qui vit dans la rue depuis six mois, avoue que l'approche communautaire du SPVM le réconcilie avec la police.

Photo : Radio-Canada / Charles Pépin, caméraman

Les organismes communautaires de Montréal sont devenus des alliés pour la police de Montréal. La Mission St-Michael, en plein cœur du centre-ville, ne tarit pas d'éloges pour ces policiers qui parcourent les rues à temps plein.

Je considère que nos locaux sont devenus le quartier général du sergent Gingras et son équipe, tellement ils viennent passer du temps chez nous. Les policières qui sont de l'équipe n'ont pas l'approche traditionnelle du patrouilleur quand elles abordent notre clientèle, explique la directrice générale de l'endroit, Chantal Laferrière.

Moi, c'est la façon dont je veux travailler avec la police. C'est une approche différente... Tellement facilitant dans nos actions. Ils font partie des gens qui vont faire le travail de rue avec nous.
Une citation de Catherine Laferrière, directrice générale de la Mission St-Michael

L'Équipe de concertation communautaire et de rapprochement a plusieurs partenaires, comme les patrouilles mixtes autochtones du centre-ville. Les personnes autochtones qui vivent dans la rue sont de plus en plus nombreuses à Montréal.

Des policiers en intervention dans le métro.

L'Équipe de concertation communautaire et de rapprochement du SPVM fait également partie des patrouilles mixtes autochtones qui viennent en aide aux personnes issues des Premières Nations, des communautés inuit ou métisses, de plus en plus nombreuses à vivre dans les rues de Montréal.

Photo : Radio-Canada / Pascal Robidas

Dans le métro, les personnes en situation d'itinérance n'hésitent pas à aller vers les policiers, malgré la présence de notre caméra. Les policiers se font appeler par leur prénom. L'approche est naturelle, de toute évidence.

Des policiers dans le métro.

Les policières Kim Fortin et Ann-Marie Houle offrent à une dame en pleurs dans le métro, qui dit avoir faim, de la rediriger vers des ressources communautaires pour qu'elle y trouve un repas chaud et un endroit pour se reposer.

Photo : Radio-Canada / Pascal Robidas

À la sortie de la station de métro Peel, la policière Joanna Benatar affirme que toutes ses coéquipières – l'équipe n'est composée que de policières pour le moment – ont choisi de remplir ce rôle communautaire.

Plusieurs de mes collègues ont des préférences et se dirigent vers les enquêtes, les stupéfiants, etc. Moi, j'ai toujours eu un intérêt pour le travail communautaire. Je sens que je suis utile pour la société en faisant ma part, explique la policière, qui compte 18 années de service.

J'ai des membres de ma famille qui ont souffert de la maladie mentale. Quand cette réalité vient nous toucher dans notre vie, on comprend mieux ce que vivent les gens qui en souffrent.
Une citation de Joanna Benatar, policière au Service de police de la Ville de Montréal

En plus d'une première équipe déployée dans la zone du centre-ville et dans celle du nord-est, qui a été le théâtre de violence armée au cours des derniers mois, le Service de police de la Ville de Montréal compte ajouter une autre équipe dans l'ouest de l'île de Montréal d’ici à l’automne prochain.

Pascal Robidas
Pascal Robidas

À la une