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COVID-19 et froid extrême, un cocktail explosif pour les itinérants autochtones

Une personne sans abri avec ses effets personnels une journée d'hiver.

Les organismes communautaires travaillent activement pour améliorer le quotidien des personnes en situation d'itinérance alors qu'une vague de froid s'installe au Québec.

Photo : Radio-Canada / Charles Contant

Delphine Jung
Delphine Jung

La vague de froid extrême qui traverse le sud de la province met encore un peu plus la pression sur les hébergements d’urgence destinés aux itinérants autochtones de Montréal. La Ville a annoncé une série de mesures. Trop peu trop tard, pour certains intervenants.

On a eu Raphaël André (mort en janvier 2021, NDLR), Elisapee (morte en novembre 2021, NDLR) et maintenant cette personne âgée (nouvelle fenêtre). Combien de gens doivent mourir avant que quelqu’un fasse quelque chose. Pourquoi on n’apprend pas de ça? On savait que cette vague de froid viendrait, lance Nakuset, la directrice du Foyer pour femmes autochtones de Montréal.

Découragée, frustrée, Nakuset continue pourtant de se battre pour offrir un toit et un endroit sécuritaire à tous les itinérants autochtones de la métropole.

Nakuset, les bras croisés, debout dans la foule.

La directrice générale du Foyer pour femmes autochtones de Montréal, Nakuset est épuisée, mais elle continue malgré tout de se battre pour améliorer les conditions des itinérants autochtones.

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Pour se protéger de la vague Omicron, elle a décidé de fermer les portes du foyer à de nouveaux usagers. Le risque de contamination est énorme pour le personnel. On avait déjà dû fermer deux semaines durant la première vague à cause d’une éclosion, dit-elle.

Car une nouvelle éclosion entraînerait une baisse radicale de personnel.

Huit personnes qui travaillent à la tente Raphaël André du square Cabot ont eu la COVID-19… Si on doit fermer cette tente, où vont aller les gens?, ajoute Nakuset.

Hommes et femmes autochtones qui travaillent dans une tente.

La tente Raphaël André accueille entre 15 et 20 personnes pour dormir.

Photo : facebook de Maria-Louise Nanipou / Alexandra Ambroise

Le 9 janvier, 414 personnes ont visité la tente en question et 23 y ont passé la nuit. Mais une tente, ça reste une tente, explique Alexandra Ambroise, la coordonnatrice de la tente Raphaël André, qui aimerait pouvoir obtenir un local plus grand.

Avec la vague de froid, Nakuset aimerait aussi que plus de ressources soient accessibles aux itinérants.

1800 places disponibles

Une demande que semble avoir entendue la Ville de Montréal puisque mardi après-midi, la mairesse, Valérie Plante, a annoncé qu’un centre de soccer situé dans Villeray–Saint-Michel–Parc-Extension ouvrirait jeudi (nouvelle fenêtre) pour accueillir jusqu’à plus de 300 personnes itinérantes atteintes de la COVID-19 et qui ne nécessitent pas une hospitalisation.

Un homme assis à un arrêt de bus avec un panier rempli de cannettes vides.

Les itinérants ne souhaitent pas toujours se rendre dans des établissements d'urgence, selon la mairesse.

Photo : Radio-Canada / Jean-Claude Taliana

Ces places permettront de déplacer les cas positifs de l'hôtel Chrome et de l'Abri du voyageur, réquisitionnés le 30 décembre dernier, et d'offrir les 200 lits qui s'y trouvent à ceux qui ne souffrent pas de la COVID-19.

Au total, 1800 places dans des hébergements d’urgence sont disponibles à Montréal.

La mairesse a assuré, lors de cette conférence de presse, que le défi n’est pas de trouver des lieux, mais du personnel qualifié. Il y a assez de places, a-t-elle encore dit.

Par ailleurs, le ministère de la Santé a annoncé qu’une halte chaleur était ouverte depuis lundi, et ce, jusqu’à mercredi. Il se situe au gymnase du Centre du Plateau et peut accueillir au moins 50 personnes.

Des affaires telles que des couvertures déposées au sol.

Des hôtels ont été réquisitionnés pour offrir des places d'hébergement supplémentaires.

Photo : Radio-Canada / Jean-Claude Taliana

L’Hôtel des arts, situé sur la rue Saint-Dominique, doit aussi accueillir 50 itinérants autochtones en février. Trop tard, selon Nakuset et Alexandra Ambroise. Les gens n’ont pas le luxe d’attendre plusieurs semaines.

Février, c’est un peu loin… Il aurait fallu l’ouvrir hier.
Une citation de Alexandra Ambroise, coordonnatrice de la tente Raphaël André

Heather Johnston, la directrice de Projet autochtone du Québec, qui administrera ce refuge est moins catégorique.

Comme c'est un déménagement d'un autre site avec le même nombre de lits, je ne le trouve pas trop tard. C'est dommage qu'on n'ait pas pu déménager plus tôt, mais c'est un projet à long terme.
Une citation de Heather Johnston, la directrice de Projet autochtone du Québec

La Ville explique ce retard par le fait que recruter du personnel qualifié ne se fait si rapidement, d’autant plus que ce personnel devra en particulier être en mesure d’offrir des services culturellement adaptés.

Mercredi matin, elle précisait que la date d'ouverture serait finalement le 24 janvier.

En attendant, Nakuset explique que la gestion des hébergements devient de plus en plus compliquée puisque c’est au personnel sur place d’organiser les zones en fonction des contaminations. La directrice se dit dépassée.

Delphine Jung
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