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[Reportage] Six événements marquants dans les relations Canada-Chine en 2021

Les drapeaux de la Chine et du Canada imprimés sur une dalle de béton fissurée.

Les relations sino-canadiennes ont déjà connu des jours meilleurs.

Photo : iStock

Yan Liang

Les conservateurs fédéraux ont pris la décision de ne plus soutenir le Comité spécial sur les relations sino-canadiennes et ont été critiqués pour leur faiblesse.

En 2020, lors d’une émission spéciale à l’occasion du 50e anniversaire des relations diplomatiques entre le Canada et la Chine, les cinq experts interviewés par Radio Canada International (RCI) ont affirmé que ces relations étaient au plus bas à cause des arrestations de Meng Wanzhou et des deux Michael (Michael Kovrig et Michael Spavor).

En 2021, bien que Mme Meng et les deux Michael soient retournés dans leurs pays respectifs, tout porte à croire que les relations entre les deux pays ne se sont pas améliorées, et la confrontation est devenue plus évidente.

À la fin décembre, RCI a demandé à deux spécialistes de revenir sur les grands événements des relations Canada-Chine de l’année 2021.

Invités :

Margaret McCuaig-Johnston, chercheuse en résidence à l’Institut de recherche sur la science, la société et la politique publique de l'Université d'Ottawa.

Chang Xi, commentateur d’actualité politique

1. Les deux Michael libérés

La directrice financière de Huawei Meng Wanzhou a été libérée le 24 septembre 2021, après avoir conclu un accord avec les procureurs américains. Presque en même temps, Michael Kovrig et Michael Spavor, détenus en Chine pendant près de trois ans, ont été libérés.

Devant l'avion, Michael Kovrig et Vina Nadjibulla s'enlacent.

Michael Kovrig prend son ex-conjointe Vina Nadjibulla dans ses bras à son arrivée à l'aéroport Pearson de Toronto.

Photo : Reuters / CHRIS HELGREN

C’est sans doute l’événement le plus important de l’année dans les relations Canada-Chine. Chang Xi estime toutefois qu’il ne peut être considéré comme une avancée ou une occasion d’amélioration des relations. La réalité est qu’il y a encore plus de 100 citoyens canadiens détenus en Chine, et que la discordance entre la Chine et les pays démocratiques continue de s’agrandir sur des questions telles que Huawei, Hong Kong et le Xinjiang.

Selon Margaret McCuaig-Johnston, la détention des deux Michael a perturbé les relations sino-canadiennes de façon si profonde qu’elles ne peuvent plus revenir au même niveau qu’auparavant.

2. Les conservateurs accusent la Chine de s’immiscer dans les élections fédérales

Après les élections fédérales de septembre dernier, le Parti conservateur du Canada (Parti conservateur du Canada) a soupçonné la présence d'ingérence étrangère dans la défaite de ses candidats dans 13 circonscriptions.

En avril 2021, le Service canadien du renseignement de sécurité (SCRS) avait prévenu le gouvernement fédéral que les efforts de la Chine pour déformer l'information et influencer les médias au Canada s'étaient normalisés, et que l’ingérence de la Chine et d’autres pays était devenue plus sophistiquée, plus fréquente et plus insidieuse.

Mais curieusement, le Parti conservateur n’a pas soutenu la poursuite des activités du Comité spécial sur les relations Canada-Chine dans le nouveau Parlement après les élections. Cette décision a suscité des questions et des critiques.

David Mulroney, ancien ambassadeur du Canada en Chine, a été un des premiers à reprocher aux conservateurs de céder à l’ingérence chinoise.

Le comité qui nous renseignait sur les opérations d'influence de la Chine a été fermé par une opération d’influence chinoise… Une grande victoire pour le Parti communiste chinois.
Une citation de David Mulroney, ancien ambassadeur du Canada en Chine

Yuen Pau Woo, le sénateur indépendant de la Colombie-Britannique, a quant à lui applaudi la décision des conservateurs fédéraux et a accusé certains membres du Comité du maccarthysme.

Margaret McCuaig-Johnston

Margaret McCuaig-Johnston, chercheuse en résidence à l’Institut de recherche sur la science, la société et la politique publique de l'Université d'Ottawa.

Photo : Radio-Canada / submitted by Margaret McCuaig-Johnston

Margaret McCuaig-Johnston affirme que des enquêtes prouvent que la Chine tente de s’ingérer dans la politique canadienne et de rendre la position du Canada moins intransigeante à son égard de plusieurs façons. L'une d'elles est d’attaquer les candidats conservateurs qui critiquent la Chine. Mais je dois dire que beaucoup de Canadiens d’origine chinoise ne soutiennent pas les politiques de Pékin, et nous ne devons pas rester silencieux face aux opérations de la Chine.

Mme McCuaig-Johnston demande au gouvernement canadien d’élaborer une loi sur l’ingérence étrangère dans les élections et de mener une enquête approfondie sur les circonscriptions où les conservateurs dénoncent l’influence étrangère.

Le commentateur Chang Xi estime que les facteurs qui influencent le scrutin sont nombreux et ne se limitent pas aux relations Canada-Chine. Pendant les élections fédérales de 2021, les conservateurs ont perdu des points sur différents enjeux comme le racisme, les services de garde, les changements climatiques et la violence liée aux armes à feu.

Mais Chang Xi signale également qu’après les élections fédérales de 2021, une association des conservateurs d’origine chinoise a réclamé la démission d’Erin O’Toole en raison de sa position sur la Chine. En liant cet incident au changement de position des conservateurs par rapport au Comité spécial, il est possible de croire que ce genre de pression électorale constitue une forme dissimulée d’ingérence étrangère.

Après tout, c'est grâce à l’initiative et aux efforts des conservateurs fédéraux qu'est né le Comité spécial sur les relations Canada-Chine en décembre 2019. Erin O’Toole, alors ministre du cabinet fantôme du Parti conservateur du Canada responsable des affaires étrangères, avait déclaré que les défis auxquels le Canada fait face dans ses relations avec la Chine affecteront la prochaine génération.

Au cours des deux années suivantes, le Comité a tenu des audiences sur la situation à Hong Kong, sur les droits de la personne au Xinjiang et sur l’ingérence chinoise au Canada, et son influence sur les politiques canadiennes à l’égard de ces sujets est remarquable.

3. Le boycottage diplomatique des Jeux olympiques d’hiver de Pékin en 2022

Le 9 décembre, le gouvernement canadien a annoncé qu’il n’enverra aucun représentant officiel à l’ouverture des Jeux olympiques d’hiver de Pékin en février prochain pour les boycotter de façon diplomatique.

Conférence de presse.

Le premier ministre Justin Trudeau a annoncé le boycottage diplomatique des Jeux olympiques de Pékin.

Photo : The Canadian Press / Adrian Wyld

Le premier ministre Justin Trudeau a déclaré que son gouvernement était profondément troublé par les violations des droits de la personne en Chine. Le boycottage diplomatique a pour but de montrer la position du Canada au gouvernement chinois.

Les États-Unis, le Royaume-Unis et l’Australie ont pris la même décision avant le Canada. Irrité, le gouvernement chinois a affirmé que ces pays ont politisé les Jeux olympiques… et ils en paieront le prix.

4. La Déclaration contre la détention arbitraire dans les relations d’État à État

En ralliant 57 pays, le Canada a lancé la Déclaration contre la détention arbitraire dans les relations d’État à État en février 2021.

Margaret McCuaig-Johnston rappelle que l’Union européenne et 66 pays ont signé la Déclaration jusqu’à maintenant. Les jours du procès à huis clos des deux Michael et de la condamnation de Michael Spavor, des dizaines de diplomates représentant plus de 20 pays sont allés rejoindre leurs collègues canadiens à l’ambassade du Canada à Pékin et même à l’extérieur de la cour locale de Dandong en signe de soutien au Canada.

Mme McCuaig-Johnston estime que la Chine est perturbée par la solidarité des pays démocratiques contre elle depuis l’arrivée au pouvoir de l’administration Biden.

5. La Chambre des communes reconnaît le génocide des Ouïgours au Xinjiang

Le 22 février 2021, la Chambre des communes du Canada a adopté une motion qui reconnaît que les Ouïgours en Chine ont été et sont toujours victimes d'un génocide.

La motion a été déposée par Michael Chong, le ministre du cabinet fantôme conservateur responsable des affaires étrangères. Bien que non contraignante, elle exprime les préoccupations et la position des Canadiens et des représentants de l’opinion publique sur la situation au Xinjiang.

Le 21 mars 2021, Marc Garneau, le ministre des Affaires étrangères de l’époque, a annoncé que le Canada se joignait à ses alliés pour imposer de nouvelles sanctions contre quatre fonctionnaires et une entité impliqués dans des violations des droits de la personne au Xinjiang.

6. Le Canada ouvre des voies d’immigration pour les Hongkongais

En juin 2021, le gouvernement canadien a ouvert des voies supplémentaires pour aider les résidents de Hong Kong à immigrer au Canada, après avoir annoncé des politiques du même genre en novembre 2020. Chang Xi rappelle que ces mesures visent principalement à aider les jeunes Hongkongais détenteurs de diplômes d'études postsecondaires à venir travailler et vivre au Canada.

Note : ce reportage est également disponible en chinois traditionnel et en chinois simplifié, et a été traduit en français par Wei Wu

Yan Liang

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