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[Reportage] D’ingénieur pétrolier à producteur maraîcher : « Je n’ai jamais regardé en arrière »

Un homme souriant.

Cai Cai Dong (Jianyi Dong), un ancien ingénieur pétrolier chinois, s'est lancé dans le maraîchage.

Photo : Radio-Canada

Yan Liang

« Le Canada est un pays formidable, généreux avec sa population. Cela nous encourage à rester ici et à contribuer à la société ».

Il s’appelle Jianyi Dong, mais sa femme l’a rebaptisé Cai Cai Dong pour plaisanter lorsqu’il a commencé à construire une serre pour y cultiver des légumes et des fruits. Selon la même logique, elle s'est donné le surnom Guo Guo Wang. Cai [prononcé tsaï en chinois] signifie légume, et Guo, fruit.

En 2018, le couple de Calgary a construit de toutes pièces une des premières serres solaires à double arche et double bâche au Canada avec des équipements rudimentaires qu’ils ont fabriqués eux-mêmes. Cette serre produit des légumes-feuilles, même en hiver, sans avoir recours au chauffage électrique ni au gaz, ce qui est très rare au Canada.

Cette année, ils se sont familiarisés avec les caractéristiques de différents fruits et légumes et ont finalement eu une récolte abondante. Leurs produits commencent à se bâtir une réputation, et leur ferme, You Xian Mei Di, à faire des profits.

Cai Cai Dong et Guo Guo Wang ont une chaîne YouTube (nouvelle fenêtre), pour laquelle des amis enthousiastes les aident à produire des vidéos pour documenter leur travail et leur vie à la ferme tout en offrant de l’information à ceux qui s'intéressent à la culture maraîchère.

M. Dong commence toujours sa vidéo avec la même phrase : Je suis Cai Cai Dong, maraîcher au Canada.

Il a accordé une entrevue à Radio Canada International (RCI) il y a deux semaines.

Un couple.

Cai Cai Dong et sa femme Guo Guo Wang.

Photo : Radio-Canada

Je voulais simplement bâtir quelque chose

Ingénieur pétrolier de formation, Cai Cai Dong ne connaissait rien à l’agriculture avant de venir au Canada.

M. Dong est né à Tangshan dans la province de Hebei. En 2000, il a été admis au Département de géologie de l’Université de Pékin. En 2007, il a obtenu sa maîtrise, puis il a été recruté par la célèbre entreprise pétrolière Schlumberger Chine.

Un étudiant.

Cai Cai Dong à l'Université de Pékin.

Photo : Radio-Canada

Cai Cai Dong a démissionné et a immigré au Canada en 2014. Quand il est arrivé à Calgary, la crise pétrolière avait déjà commencé. Le prix du pétrole brut a chuté de plus de 100 $ US à 26 $ US du baril.

M. Dong décrit le marché du travail de Calgary à l’époque comme une terre où grouillent des gens désespérés. En tant que nouvel arrivant, il avait très peu de chance d’y trouver un emploi dans son domaine.

Cai Cai Dong explique qu’il avait toujours eu l’intention de bâtir quelque chose, mais qu’il n’avait pas eu l'occasion de le faire. C’est peut-être le destin. Sans la chute du prix du pétrole et le manque de travail, j’aurais trouvé un emploi à Calgary et j’aurais continué mon ancienne carrière. Mais le chômage m’a apporté cette opportunité. J’ai quitté le milieu pétrolier et ai lancé ma propre affaire.

M. Dong a commencé par deux ans de recherche en faisant du bénévolat dans une ferme de Winnipeg et en voyageant dans différentes régions du nord de la Chine pour apprendre les techniques de construction de serres solaires. Il a finalement décidé de devenir producteur maraîcher et d’essayer ces techniques au Canada. Il n’y a pas beaucoup de producteurs de légumes dans les régions froides de l’Alberta et il est encore plus difficile d'y cultiver des légumes toute l’année.

Au début, ce n’était pas sans regret que j'ai abandonné une spécialité que j’avais étudiée pendant plusieurs années. Mais puisque j’avais fait mon choix, il fallait foncer tête baissée. De toute façon, ce n'est pas si grave, avec le monde qui change rapidement.
Une citation de Cai Cai Dong, producteur maraîcher de Calgary
Une ferme.

La ferme de Cai Cai Dong.

Photo : Radio-Canada

La première serre, une construction extrêmement difficile

Cai Cai Dong estime que la construction d’une serre solaire représente 70 % de travail pour un maraîcher comme lui.

Il a réussi à appliquer les techniques avancées qu’il avait apprises en Chine, où il a acheté tous les matériaux nécessaires, y compris trois tonnes de couvertures ouatées.

La serre solaire que j’ai construite utilise la terre pour absorber et stocker la chaleur du soleil pendant la journée et en dégager pendant la nuit. En plus de la couverture ouatée sur le toit, la température est maintenue de façon efficace. C’est donc différent de la serre chauffée de façon traditionnelle. Ma serre ne consomme presque pas d’énergie, tandis que les serres traditionnelles en consomment énormément pour le chauffage, peu importe qu’elles utilisent une chaudière, du gaz ou de l'électricité.
Une citation de Cai Cai Dong, producteur maraîcher de Calgary

Cai Cai Dong dit qu’il a commencé sa ferme à partir de rien. En tant que nouvel immigrant, il n’était pas en mesure d’obtenir un prêt de la banque ni de trouver un investisseur. Il a dû emprunter son capital de départ de sa famille et de ses amis.

M. Dong a rencontré deux grands défis pendant la construction. D’abord, il fallait tasser de la terre dans le mur arrière, par lequel la serre est réchauffée dans la nuit en hiver. La terre est le meilleur matériau – et gratuit – pour absorber et stocker la chaleur. Mais pour que la serre soit assez chaude, ce mur doit faire 100 m de longueur, 4 m de hauteur et 1 m de largeur. Il fallait quelques centaines de tonnes de terre pour le remplir, et Cai Cai Dong n’avait pas l'équipement ni l'aide nécessaires. Il a finalement lui-même fabriqué une benne et a travaillé pendant un mois avec sa femme.

Ensuite, comment mettre la couverture ouatée sur le toit sans avoir une grue? M. Dong et Mme Wang ont fini par se débrouiller avec les moyens du bord, de façon improvisée et assez dangereuse.

Une serre.

La serre solaire de Cai Cai Dong.

Photo : Radio-Canada

Refuser d’abandonner

La serre de Cai Cai Dong fonctionne très bien maintenant. La plupart de ses produits sont parmi les légumes préférés des Chinois, comme les concombres à épines, les melons miel, les aubergines rondes, les haricots chinois et les poivrons à peau fine.

Cai Cai Dong est satisfait de l’état actuel de sa ferme. Il compte la faire croître étape par étape, espérant faire davantage la promotion de la technologie des serres solaires.

Parlant des difficultés qu’il a connues pendant ces dernières années, M. Dong a réfléchi un moment avant d’attribuer sa persévérance à son université : Il me semble que les anciens étudiants de l’Université de Pékin sont tous persévérants. En plus, je suppose que le désir de réussir doit être assez fort pour y arriver.

Au moment le plus difficile, j’étais désespéré. Tous les jours, je me demandais pourquoi je me trouvais à faire cette corvée. Mais le lendemain matin, je me levais et continuais. Je n’avais pas le choix.
Une citation de Cai Cai Dong, producteur maraîcher de Calgary

Cai Cai Dong constate qu’il a passé deux ans – 2019 et 2020 – à faire de l'essai-erreur, à se démener et à affronter toutes sortes de difficultés.

Avec du recul, M. Dong pense qu’il aurait pu éviter certaines embûches. Mais le problème, c'est qu’il ne trouvait personne ayant de l’expérience et qui pouvait lui donner des conseils dans les environs. Il devait faire son apprentissage seul, ce qui était d'autant plus difficile pour quelqu’un comme lui qui avait changé de métier. C’est beau de rêver d'avoir une ferme, mais il faut beaucoup de travail et de connaissances concrètes pour le réaliser.

Par exemple, il pensait auparavant que les légumes étaient bons tant qu’ils étaient consommables. Il n’a découvert que plus tard l’importance de leur apparence. Par ailleurs, les climats extrêmes comme la chaleur accablante, le froid arctique et la pluie diluvienne deviennent de plus en plus fréquents, ce qui rend le maraîchage plus difficile aujourd’hui.

Lors de l’entrevue, Cai Cai Dong a tenu à remercier sa femme Guo Guo Wang en particulier pour sa conviction inébranlable dans ses choix et le grand soutien qu’elle lui offre depuis le début. Je n’aurais pas réussi à faire ce que je fais sans elle.

Le couple a maintenant deux filles adorables; l’aînée a deux ans et demi, et la cadette est née en septembre dernier.

Guo Guo Wang s’occupe non seulement des deux enfants, mais aussi de la réception des clients, de la promotion de la ferme, de la vente des produits et de la comptabilité.

Une vidéo de Cai Cai Dong : Un an pour construire une serre (en chinois, sous-titré en anglais) :

Les avantages du Canada

Bien qu’il n’ait pas pu travailler dans son domaine de la géologie pétrolière, et qu’il ait rencontré d’innombrables obstacles dans son nouveau métier, Cai Cai Dong n’a jamais pensé retourner dans son pays natal.

Il s'explique.

Je suis du genre intellectuel, d’un caractère assez simple, et je préfère la vie et les relations simples. À Calgary, il n’y a pas beaucoup de monde et la relation entre les gens est plus proche et plus harmonieuse. En plus, le Canada est un pays formidable, très généreux avec sa population. Ici, l'éducation et les soins médicaux sont gratuits, beaucoup de gens font du bénévolat, on se respecte et on s'entraide. Tout cela vous donne envie de rester ici, puis de faire quelque chose pour contribuer à la société.
Une citation de Cai Cai Dong, producteur maraîcher du Calgary
Un homme.

Cai Cai Dong était un ingénieur pétrolier avant de devenir maraîcher.

Photo : Radio-Canada

Note : ce reportage est également disponible en chinois traditionnel et en chinois simplifié, et a été traduit en français par Wei Wu

Yan Liang

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