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[Reportage] Comment l’Hôpital chinois de Montréal réussit-il à résister à la COVID-19?

Quatre membres du personnel prennent la pose derrière un résident assis.

L’Hôpital chinois de Montréal a reçu la médaille de l'Assemblée nationale du Québec.

Photo : Radio-Canada / Yan Liang

RCI

Depuis le début de la pandémie, il n’y a eu que quatre cas d’infection, un décès et aucune éclosion chez les résidents du CHSLD de l'Hôpital chinois de Montréal.

Plusieurs Centre d'hébergement et de soins de longue durée du Québec ont connu des éclosions de cas de COVID-19 qui ont tué près de 4000 résidents depuis le début de la pandémie. Le bureau de la coroner fait une enquête afin de rendre les mesures contre l’épidémie plus efficaces à l’avenir.

Des audiences de l’enquête ont révélé la performance exceptionnelle du Centre d'hébergement et de soins de longue durée de l'Hôpital chinois de Montréal.

Pour comprendre comment cette résidence a réussi à résister au virus, Radio Canada International (RCI) a rendu visite à ses employés et à ses résidents.

Nous avons pris toutes les bonnes mesures très tôt

Dès janvier 2020, les infirmières de l’Hôpital ont commencé à raconter à leur coordonnatrice Sandra Lavoie ce qui se passait, à Wuhan, en Chine. La ville était aux prises avec un virus respiratoire qui a causé une pandémie similaire à celle du Syndrome respiratoire aigu sévère. Les employés, inquiets, ont pris l’initiative de porter des masques.

Beaucoup de facteurs ont contribué à notre succès. Toutes les bonnes mesures ont été prises très tôt. Nous sommes très chanceux, et nous avons fait de bons choix.
Une citation de Sandra Lavoie, coordonnatrice à l’Hôpital chinois de Montréal

De 60 à 70 % des employés de l’Hôpital sont d’origine chinoise. Leurs communications fréquentes avec leurs parents et amis en Chine leur ont permis de connaître à temps l’ampleur de la pandémie.

Sandra Lavoie explique qu’elle ne pouvait pas prendre des décisions basées sur quelques textes sur WeChat. D’ailleurs, nous pensions tous à ce moment-là que le virus était très loin du Canada, et qu'il était encore moins probable que la pandémie éclate ici.

Selon les témoignages des travailleurs de la santé lors des audiences de l’enquête de la coroner, des Centre d'hébergement et de soins de longue durée ont même interdit aux infirmières et aux préposés de porter des masques au début de la pandémie, à moins d'être en contact direct avec les résidents.

Elle est debout près d'un arbre illuminé.

Sandra Lavoie, coordonnatrice à l’Hôpital chinois de Montréal

Photo : Radio-Canada / Yan Liang

En février 2020, des employés de l’Hôpital qui étaient allés fêter le Nouvel An chinois en Chine sont rentrés à Montréal, mais le gouvernement du Canada n’avait pas encore exigé la mise en quarantaine des voyageurs, ce qui les rendait encore plus inquiets. Ils ont demandé à leur gestionnaire la permission de porter des masques.

Sandra Lavoie a finalement accepté. Elle explique que les employés ont pris plus de précautions de leur propre chef. Par exemple, ils évitaient volontairement d’entrer en contact avec les membres de leur famille et leurs amis. Ils ont arrêté de prendre l’autobus et se désinfectaient les mains régulièrement. Ces gestes ont grandement aidé à la prévention au début de la pandémie.

Ils étaient en même temps nerveux, croyant à tout moment que la pandémie allait se déclencher à leur résidence.

La communauté chinoise de Montréal, également sur un pied d'alerte, a annulé les célébrations du Nouvel An chinois.

Rétrospectivement, Sandra Lavoie et son personnel pensent que l’Hôpital chinois a échappé à la catastrophe grâce aux mesures de prévention prises très tôt et à la vigilance des employés tout au long de leur travail.

La coroner Géhane Kamel, responsable de l’enquête sur les décès en Centre d'hébergement et de soins de longue durée pendant la pandémie, a qualifié l’expérience de l’Hôpital chinois de succès extraordinaire. Lors de l’audience du 1er décembre, elle a souligné à nouveau que la préparation des Centre d'hébergement et de soins de longue durée pour faire face à la COVID-19 était trop peu trop tard.

L’Hôpital chinois de Montréal a reçu la médaille de l’Assemblée nationale, la récompense la plus prestigieuse pour un institut provincial.

Il montre la récompense dans un étui.

Tim Chan est fier de la médaille que son CHSLD a obtenue.

Photo : Radio-Canada / Yan Liang

Je ne m’inquiète pas du tout maintenant

Assis dans un fauteuil roulant, médaille d’or des Jeux olympiques de l’âge d’or de l’Hôpital au cou, Tim Chan a accordé une entrevue à RCI au sixième étage de l’établissement. Le résident aura bientôt 97 ans, mais il est rayonnant et lucide et a la parole facile.

M. Chan raconte qu’il s’est inquiété au début, quand il a appris aux nouvelles la vitesse de la propagation du virus. Mais les infirmières et les préposés ont aussitôt pris des mesures comme le port du masque, la distanciation physique et la désinfection régulière.

Il ne tarit pas d'éloges envers Sandra Lavoie et les employés.

Elle [Sandra Lavoie] est vigilante. Elle organise des réunions du personnel chaque semaine. D'abord, pour l’Hôpital, le plus important est l’hygiène. Ensuite, il faut garder la distance sociale, même entre les résidents. Finalement, il y a la prévention. Chaque fois que quelqu'un a des symptômes, ils le prennent très au sérieux et désinfectent très minutieusement.
Une citation de Tim Chan, résident de l’Hôpital chinois de Montréal

Immigré de Hong Kong au Canada il y a plus de 40 ans, M. Chan était ingénieur en construction avant sa retraite. Il est arrivé à l’Hôpital chinois il y a cinq ans. En sortant de sa poche le menu de son petit-déjeuner, il dit qu’il est très habitué à la nourriture offerte par l’Hôpital.

Sandra Lavoie explique qu’il y a des cuisiniers d’origine chinoise. Les repas préparés selon des recettes chinoises rendent plus confortable la vie des résidents. Beaucoup d’infirmières et de préposés sont capables de communiquer avec eux en mandarin ou en cantonais.

Ils portent un masque.

Annie Zhu et Zinuo Zeng travaillent à l'Hôpital chinois de Montréal.

Photo : Radio-Canada

La collaboration entre l’Hôpital et la communauté

Au début de la pandémie, l’Hôpital a invité des professionnels à donner des conférences sur les virus afin d’atténuer les inquiétudes des employés.

La fondation de l’Hôpital a organisé des collectes de fonds dans la communauté chinoise. Elle a ainsi fourni des équipements de protection comme des masques, des bonnets et des combinaisons de protection réutilisables aux employés.

Annie Zhu travaille à l’Hôpital chinois depuis sept ans et est devenue infirmière-chef il y a trois ans. Elle a participé à la coordination et à la gestion du système de prévention de l’Hôpital.

Nous étions inquiets, mais nous travaillons ensemble avec un seul et même objectif, qui est d'empêcher quiconque d'être infecté par la COVID-19.
Une citation de Annie Zhu, infirmière-chef de l’Hôpital chinois de Montréal

Mme Zhu rappelle que les employés acceptent de faire des heures supplémentaires pour éviter de faire venir des infirmières de l’extérieur, qui travaillent dans plusieurs CHSLD, parce que leurs déplacements augmentent le risque d’infection.

Le bâtiment de l’Hôpital chinois a été construit en 1999. Il contient maintenant 128 lits et compte près de 200 employés, dont 15 infirmières. Il faut en général attendre de deux à trois ans pour y être admis comme résident.

Selon Sandra Lavoie, il y a d'autres raisons qui expliquent la façon dont la résidence a réussi à résister au virus. Par exemple, aucun nouveau résident n’a été admis depuis le début de la pandémie et le bâtiment, qui est relativement neuf, est assez spacieux.

Affiche en caractères chinois et en français

L'Hôpital chinois de Montréal se trouve à côté du quartier chinois de la ville.

Photo : Radio-Canada / Yan Liang

Ce n’est pas encore terminé

Sandra Lavoie possède plus de 25 ans d’expérience dans le domaine de la santé. Elle n’avait pourtant jamais imaginé qu’elle vivrait une pandémie aussi importante. Elle croyait que ce genre de situation n'existait que dans les manuels universitaires.

La journée même de cette entrevue, la découverte du nouveau variant Omicron a fait la manchette de tous les médias.

Interrogée sur l’avenir, Mme Lavoie a pris une grande respiration : Ce n’est pas encore le moment de lâcher. Il faut être plus vigilant, car les gens commencent à être désabusés par les mesures sanitaires.

Nous devons rappeler à tout le monde que la pandémie n’est pas encore terminée. Le virus pourrait se faufiler chez nous si nous baissons la garde, même pour quelques jours. Je crois que c’est une période stressante pour tous les médecins et toutes les infirmières.
Une citation de Sandra Lavoie, coordonnatrice de l’Hôpital chinois de Montréal

J’aime mon travail

Annie Zhu et l’infirmier auxiliaire Zinuo Zeng travaillent toujours en première ligne. Ils se montrent calmes à la nouvelle de la propagation d’Omicron.

Selon eux, la période la plus dure était au début de la pandémie. Parfois, ils devaient travailler plus de 16 heures par jour et passer plus de temps avec leurs collègues qu’avec leur famille. À cette époque, ils étaient anxieux et manquaient de sommeil. Avec l’arrivée de l’été, le port d'une combinaison de protection est devenu une torture.

Maintenant, ils ont développé une routine de travail à laquelle sont intégrées les mesures de protection. Ils ne trouvent plus tout cela trop pénible.

Annie Zhu est née au Québec. Ses parents sont des Vietnamiens d’origine chinoise. Zinuo Zeng est né à Hong Kong. Quand ses parents ont décidé d’immigrer au Canada, il était encore bébé. Mme Zhu et M. Zeng parlent bien le chinois, qu’ils ont appris en regardant des téléromans en mandarin.

Nous aimons ce métier, bien qu’il soit compliqué et difficile. Nos parents sont des immigrants. La langue est un obstacle pour eux. Ils ont besoin de gens qui les comprennent. C’est difficile pour eux de trouver des services médicaux adéquats. En tant que descendants chinois, nous espérons faire de notre mieux pour aider notre communauté.
Une citation de Zinuo Zeng, infirmier auxiliaire à l’Hôpital chinois de Montréal

Note : ce reportage est également disponible en chinois traditionnel et en chinois simplifié, et a été traduit en français par Wei Wu

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