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Des projets pilotes d’immigration sans candidats

Annoncés en grande pompe par Québec, trois programmes d’immigration n’ont quasiment sélectionné aucun candidat.

Le bureau du MIFI à Montréal.

Les programmes pilotes lancés par le ministère québécois de l'Immigration sont peu alléchants et contraignants, selon des avocats en immigration.

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Romain Schué
Romain Schué

« Attirer et retenir la main-d'œuvre ». Telle était l’ambition avouée du gouvernement Legault en vantant, à plusieurs reprises (nouvelle fenêtre), la création de trois « programmes pilotes » d’immigration permanente pour « répondre aux besoins » de l’économie québécoise.

Ces projets visent les préposés aux bénéficiaires, les travailleurs de la transformation alimentaire et les experts du secteur de l’intelligence artificielle. Quelque 550 personnes pouvaient être sélectionnées, annuellement, dans chaque programme, soit 1650 immigrants au total.

Mais dans les faits, quelques mois après l’entrée en vigueur de ces programmes, au tout début du printemps, l’objectif semble loin d’être atteint.

Le nombre de personnes sélectionnées par Québec se compte quasiment sur les doigts de la main, selon une information obtenue par la Loi sur l'accès aux documents des organismes publics et sur la protection des renseignements personnels.

Nombre de candidats sélectionnés (au 3 novembre) :

  • Préposés aux bénéficiaires : 8
  • Travailleurs de la transformation alimentaire : 0
  • Travailleurs des secteurs de l’intelligence artificielle, des technologies de l’information et des effets visuels : 5

À peine 13 candidats ont obtenu leur certificat de sélection du Québec (CSQ). Ce sésame permet de recevoir, par la suite, la résidence permanente.

Ce nombre représente moins de 1 % du quota annuel évoqué par le gouvernement Legault, qui prévoit même de revoir cette jauge à la hausse (nouvelle fenêtre) l’an prochain.

Une coquille vide, dénonce le PLQ

Ces données en disent long sur l'incompétence du gouvernement en matière d'immigration, clame le député libéral Monsef Derraji. Le porte-parole de l'opposition pour les dossiers d'économie et du travail dénonce le manque de sérieux de Québec pour régler la pénurie de main-d'œuvre. Ces programmes ne servent à rien, ils ne fonctionnent pas. C'est une coquille vide. Pourtant, le manque de travailleurs dans ces domaines est extrême, le premier ministre n'arrête pas de le dire, affirme Monsef Derraji.

Un flop prévisible, jugent des experts

Annoncés par trois fois, en mai (nouvelle fenêtre) et en octobre (nouvelle fenêtre) 2020, puis en mars 2021 (nouvelle fenêtre), par les ministres Simon Jolin-Barrette et Nadine Girault, ces programmes avaient rapidement été critiqués (nouvelle fenêtre) par plusieurs experts, qui déploraient les conditions d'admissibilité.

Une expérience de travail d’au moins un an, au Québec, est par exemple exigée dans le programme réservé aux préposés aux bénéficiaires, et de deux ans dans celui visant la transformation alimentaire. Une bonne connaissance du français est aussi indispensable, hormis dans une partie (nouvelle fenêtre) du projet visant les travailleurs de l’intelligence artificielle.

C’était un flop annoncé, assure l’avocat en immigration Maxime Lapointe.

Ces programmes ont été mal réfléchis. À quoi servent-ils? Demander autant d’expérience de travail au Québec, ça n’a pas de sens, soutient Guillaume Cliche-Rivard, ex-président de l’Association québécoise des avocats et avocates en droit de l’immigration, qui avait rédigé un mémoire l'an passé pour alerter le ministère de l'Immigration.

Selon ce dernier, le gouvernement Legault doit rapidement revoir ses critères pour sélectionner avant tout des candidats à l’étranger.

Ces projets auraient du sens s’ils permettaient de chercher de nouvelles personnes à l’étranger.
Une citation de Guillaume Cliche-Rivard, avocat en immigration

Ça fait plusieurs fois que le ministère consulte et sollicite des experts, mais ne les écoute pas, déplore-t-il.

Ces avocats rappellent que ces projets pilotes ont été créés à la suite de la réforme du Programme de l’expérience québécoise (PEQ), dont les débats l'entourant ont chamboulé le mandat de l’ancien ministre de l’Immigration, Simon Jolin-Barrette (nouvelle fenêtre).

Est-ce que ça valait la peine de charcuter le PEQ pour avoir ces résultats?
Une citation de Maxime Lapointe, avocat en immigration

On a enlevé certaines professions de l’accès au PEQ, dont les préposés aux bénéficiaires. Québec a raté sa cible, souligne Maxime Lapointe.

Relancé à plusieurs reprises, le ministère de l’Immigration, de la Francisation et de l’Intégration n’a pas répondu aux questions de Radio-Canada.

Romain Schué
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