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Les États-Unis annoncent un boycottage diplomatique des JO d’hiver de Pékin

Ottawa étudie la possibilité d'imiter Washington, confirme la ministre des Sports, Pascale St-Onge. « On est toujours en discussion avec nos alliés. Pour le moment, il n'y a pas encore de décision qui est prise. »

Une femme photographie une statue de patineurs artistiques surmontée des anneaux olympiques devant un paysage industriel.

Une femme photographie une statue représentant un couple faisant du patinage artistique, surmontée des anneaux olympiques, dans un parc situé près des bureaux du comité organisateur.

Photo : La Presse canadienne / AP/Mark Schiefelbein

RCI

Les États-Unis vont procéder à un boycottage diplomatique des Jeux olympiques d'hiver de Pékin, qui auront lieu en février, a annoncé lundi la Maison-Blanche. Le geste risque d'entraîner la colère de la Chine, qui avait déjà prévenu qu'une telle décision entraînerait des « contre-mesures ».

L'administration Biden n'enverra aucune représentation diplomatique ou officielle aux Jeux olympiques et paralympiques d'hiver de Pékin en 2022, étant donné le génocide et des crimes contre l'humanité commis au Xinjiang par la République populaire de Chine, a détaillé la porte-parole de la Maison-Blanche, Jen Psaki.

Les athlètes de l'équipe américaine ont tout notre soutien. Nous les appuierons à 100 % en les encourageant de la maison, a-t-elle ajouté, et le boycottage ne s'étendra pas au niveau sportif, a-t-elle précisé.

En étant présente, la représentation diplomatique américaine traiterait ces Jeux comme si de rien n'était, malgré les violations flagrantes des droits de la personne et les atrocités de la Chine au Xinjiang. Et nous ne pouvons tout simplement pas faire cela, a encore dit Mme Psaki.

L'annonce de la Maison-Blanche est survenue après des jours de rumeurs (nouvelle fenêtre), et quelques heures à peine après que le ministère chinois des Affaires étrangères eut prévenu qu'un boycottage entraînerait des contre-mesures.

Pure et simple provocation politique

S'adressant aux journalistes dans le cadre de son point de presse quotidien, le porte-parole de la diplomatie chinoise Zhao Lijian avait assimilé un possible boycottage à de la pure et simple provocation politique.

Sans même être invités, les politiciens américains continuent de faire grand bruit avec leur soi-disant boycottage diplomatique des Jeux olympiques d'hiver de Pékin, alors qu'il s'agit uniquement de vœux pieux et de démagogie, avait-il commenté.

Si les États-Unis tiennent à prendre leur propre voie, la Chine prendra des contre-mesures fermes, avait-il prévenu.

Sans citer le boycottage diplomatique des Américains, Le Yucheng, le vice-ministre chinois des Affaires étrangères, a évoqué la question de la démocratie.

L'Afghanistan, la Libye ou l'Irak, la démocratie imposée s'est terminée en catastrophe, et ce sont les civils qui ont payé le prix, a-t-il déclaré lors d’une conférence lundi.

L'envoi de délégations d'importants représentants à chacun des Jeux olympiques est une tradition de longue date observée par les États-Unis et de nombreuses autres nations. George W. Bush avait d'ailleurs assisté aux Jeux olympiques d'été de Pékin en 2008. Plus tôt cette année, la première dame, Jill Biden, se trouvait à la tête de la délégation américaine aux Jeux de Tokyo.

Entrevue avec les députés Alain Rayes, Alexis Brunelle-Duceppe et Alexandre Boulerice.

Pas encore de décision à Ottawa

La décision de l'administration Biden met de la pression sur le Canada, qui songe également à un boycottage diplomatique des Jeux olympiques avec d'autres pays occidentaux. La ministre des Sports, Pascale St-Onge, a cependant refusé lundi après-midi de s'avancer sur cette possibilité.

Le Canada demeure préoccupé par la situation des droits de l'homme en Chine. On est toujours en discussion avec nos alliés. Pour le moment, il n'y a pas encore de décision qui est prise. Ce n'est pas une décision qu'on prendra à la légère. De mon côté, comme ministre des Sports, évidemment, ma préoccupation, c'est nos athlètes et [leur] succès, a-t-elle déclaré.

Le chef conservateur Erin O'Toole avait pour sa part rappelé en matinée que son parti a déjà proposé un boycottage diplomatique des Jeux olympiques. C'est ce que nous pouvons faire de mieux, en collaboration avec nos alliés, pour mettre de la pression, sans en faire payer le prix aux athlètes, a-t-il déclaré.

Alexis Brunelle-Duceppe, porte-parole du Bloc québécois en matière de droits de la personne, est lui aussi d'avis qu'Ottawa devrait emboîter le pas à Washington.

Dans une déclaration transmise par courriel, il affirme que le gouvernement Trudeau doit sortir de son immobilisme face aux exactions du régime chinois et prêcher par l’exemple en annonçant le boycottage diplomatique des Jeux olympiques de Pékin, un strict minimum face à un régime qui multiplie les violations contre les droits de la personne.

M. Brunelle-Duceppe va même jusqu'à exiger du gouvernement fédéral qu'il demande le report des Jeux olympiques afin de permettre à une mission indépendante de se rendre sur place, au Xinjiang, où un génocide est commis par le régime contre la minorité ouïgoure.

Un ancien ambassadeur prône le boycottage

Guy Saint-Jacques.

Guy Saint-Jacques

Photo : Radio-Canada

En entrevue à l’émission En direct avec Patrice Roy sur les ondes d'ICI RDI, Guy Saint-Jacques, ancien ambassadeur du Canada en Chine, estime que le boycottage diplomatique des Jeux olympiques peut produire des résultats.

On sait toute l’importance que le président Xi Jinping accorde à ses jeux qu’il veut utiliser à des fins politiques pour montrer que la Chine, maintenant, est une superpuissance qui, en fait, peut tout se permettre, et aucun pays ne voudra s’opposer à ses désirs parce qu’elle est trop importante sur le plan économique, a-t-il indiqué.

Il a souhaité qu’Ottawa suive le même chemin que celui pris par Washington.

Le message que les États-Unis envoient est un message très clair : on ne peut pas tolérer les comportements de la Chine. On sait très bien ce qui se passe au Xinjiang avec les Ouïgours. Et j’espère que le Canada et plusieurs autres Occidentaux vont se joindre à ce boycottage.

M. Saint-Jacques estime toutefois que, pour le Canada, c’est un peu compliqué, parce [...] qu’on n’a pas encore annoncé la décision sur la compagnie Huawei. Est-ce qu’on permet à Huawei de participer ou non au développement de la 5G au Canada?

Selon l’ex-ambassadeur, si le Canada avait fait cette annonce plus tôt, ça serait derrière nous.

Il s’agit pour le Canada de deux décisions en suspens qui pourraient être deux mauvaises nouvelles potentielles pour la Chine.

Concernant Huawei, M. Saint-Jacques dit ne pas comprendre pourquoi la décision n’a pas été annoncée plus tôt.

L’-ex-ambassadeur estime que le Canada n’aura pas d’autre choix que de boycotter les Olympiques de Pékin.

Nos intérêts doivent être alignés avec ceux des Américains. On n’a pas le choix.
Une citation de Guy Saint-Jacques, ancien ambassadeur du Canada en Chine

J’espère que, malgré les difficultés que ça va créer dans la relation, on va annoncer nous aussi le boycottage des Jeux [olympiques de Pékin] , a-t-il soutenu.

En ce qui concerne les éventuelles représailles de la Chine, M. Saint-Jacques avance que, selon les statistiques sur le commerce cette année, on va battre tous les records d’exportation vers la Chine, malgré le fait que les relations sont difficiles. Ce qui prouve que la Chine va toujours avoir besoin de nos produits, de notre cuivre, de notre minerai de fer, de nos produits agroalimentaires. Donc, ça nous donne une certaine marge de manœuvre.

Cependant, il tempère ses propos en soulignant que si la Chine veut nous pénaliser, elle peut le faire.

Zone économie : entrevue avec Roromme Chantal, professeur à l’École des hautes études publiques de l’Université de Moncton.

Un boycottage des athlètes serait nuisible

Dans une déclaration écrite à Radio-Canada, le chef de la direction et secrétaire général du Comité olympique canadien, David Shoemaker, a évité de se prononcer sur le bien-fondé d'un boycottage diplomatique, en soulignant qu'un boycottage de l'équipe olympique serait nuisible aux athlètes.

Nous comprenons et respectons que les gouvernements fassent tout ce qu’ils croient comme étant utile pour envoyer un message ou provoquer des changements, notamment un boycottage diplomatique d’événements d’envergure. La décision des représentants du gouvernement d'être sur place ou non leur appartient, fait-il valoir.

L’histoire a démontré que les boycottages par une équipe complète ne nuisent qu’aux athlètes et ne créent aucun changement significatif, a-t-il ajouté. Nous croyons qu’en participant aux Jeux, nous pouvons continuer d’attirer les regards sur les enjeux tout en créant des occasions d’inspirer les Canadiens à bâtir des liens entre les personnes.

Les relations entre Ottawa et Pékin sont notoirement tendues depuis que deux Canadiens, Michael Kovrig et Michael Spavor, ont été arrêtés en Chine en décembre 2018, dans un geste de représailles à l'arrestation à Vancouver de la directrice financière de Huawei, Meng Wanzhou. Tous ont été libérés cet automne.

En février dernier, la Chambre des communes a adopté à l'unanimité une motion stipulant qu'un « génocide » était actuellement perpétré par la Chine contre les Ouïgours (nouvelle fenêtre). Le premier ministre Justin Trudeau et tous les ministres s'étaient abstenus lors de ce vote politiquement délicat dans le contexte de la détention des deux Michael en Chine.

Avec les informations de Associated Press et Agence France-Presse.

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