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Ottawa envisage d’autoriser le rejet de l’eau des sables bitumineux dans la nature

Une mer de boue noire.

Un bassin de décantation dans la région de Fort McMurray

Photo : Reuters / Todd Korol

RCI

Le gouvernement fédéral élabore une réglementation pour autoriser les producteurs de sables bitumineux de l'Alberta à rejeter l’eau des bassins de décantation dans la rivière Athabasca et d'autres cours d’eau.

Situés dans le nord de la province, les bassins de décantation récupèrent l’eau qui a été utilisée, entre autres, pour séparer le sable du bitume et produire du pétrole. Cette eau est ainsi contaminée par des métaux lourds et des produits chimiques.

Les projets de règlement sont visés pour 2024 et les règlements définitifs devraient être publiés en 2025.
Une citation de Ministère de l'Environnement et du Changement climatique

Ottawa envisage de lever cette interdiction en respectant de strictes normes environnementales, car jusqu’à présent la Loi sur les pêches interdit de déverser cette eau dans la nature en raison de cette toxicité.

Les Premières Nations sont inquiètes

Plusieurs Premières Nations de la région discutent de cette question avec Ottawa depuis janvier 2021.

L’une d’elles est celle de Fort McKay, qui est entourée par neuf mines de sables bitumineux et 20 bassins de décantation. Son directeur du développement durable, Bori Arrobo, avoue que cette éventualité inquiète les membres de sa communauté.

Une des installations de Suncor le long de la rivière Athabasca, près de Fort McMurray et Fort McKay.

Une des installations de Suncor le long de la rivière Athabasca, près de Fort McMurray et Fort McKay

Photo : Getty Images / AFP/Mark Ralston

Nous ne voulons pas échanger un problème environnemental que posent les bassins de décantation contre un autre, qui pourrait provoquer la détérioration de la qualité de l'eau de la rivière Athabasca et en aval.

Il est important de participer à toutes les tables [de négociations] où ces discussions ont lieu.
Une citation de Bori Arrobo, directeur du développement durable, Première Nation Fort McKay

S’il juge qu’il est important d'être à la table des négociations pour faire valoir les droits des Premières Nations de la région, d'autres communautés autochtones estiment qu’elles ne devraient même pas avoir lieu en raison des risques trop importants pour la santé publique et l’environnement.

Le fait qu’on veuille rejeter l’eau des bassins dans la rivière Athabasca est un crime international contre les droits de la personne, affirme Jesse Cardinal, directrice générale du groupe environnemental autochtone Keepers of the Water.

Une nécessité pour les pétrolières et des experts

Les pétrolières ont l'obligation légale de nettoyer l’espace utilisé durant l’exploitation de leurs mines de sables bitumineux. Elles affirment que les efforts de réclamations environnementales sont ralentis en raison du volume important d’eau dans les bassins de décantation.

Plus il y a d'eau stockée sur le site, moins le site lui-même peut être réclamé jusqu'à ce qu'il soit possible de rejeter l'eau et de libérer cet espace, affirme Brendan Marshall, de l'Association minière du Canada.

Dans un courriel, le ministère fédéral de l’Environnement et du Changement climatique ajoute que le rejet de cette eau permettra de limiter le nombre de bassins de décantation et de réduire les risques d’infiltration dans les eaux souterraines. (nouvelle fenêtre)

Si le rejet de l’eau des sables bitumineux est contrôlé et qu'il remplit les critères environnementaux, je serai davantage rassuré que si l'on se retrouve dans une situation incontrôlée, affirme Greg Lawrence, professeur d'ingénierie à l'Université de la Colombie-Britannique, qui fait des recherches sur l'eau toxique provenant des sables bitumineux depuis 2013.

Beaucoup d’eau à assainir

Ces bassins contiennent 1,4 billion de litres d’eau toxique, soit l'équivalent de 560 000 piscines olympiques. Elle devra être traitée avant d'être rejetée dans la nature, mais son assainissement est encore très coûteux, selon Mohamed Gamal El-Din, professeur à l’Université de l’Alberta, qui se spécialise dans le traitement des eaux des bassins de décantation des sables bitumineux.

Des technologies peuvent le faire, dit-il, mais ce n’est pas faisable économiquement.

L’industrie et des groupes de recherche tentent de trouver des méthodes abordables d’assainir ces eaux toxiques. Il y a, en ce moment, une centaine de recherches en cours.

D'après les informations de Kyle Bakx

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