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Violences faites aux femmes : des commémorations pour éveiller les consciences

Des fleurs posées sur une stèle.

Plusieurs commémorations ont eu lieu à Ottawa et Gatineau pour souligner la tuerie de l’École polytechnique de Montréal.

Photo : Radio-Canada

RCI

Trente-deux ans après la tuerie de l’École polytechnique de Montréal, différentes cérémonies, organisées lundi à Ottawa et à Gatineau, ont commémoré ce drame durant lequel 14 femmes ont été assassinées, le 6 décembre 1989. L’occasion de dénoncer les violences faites aux femmes et de sensibiliser le public.

À Ottawa, la journée nationale de commémoration et d'action contre la violence faite aux femmes a notamment été marquée par une démarche conjointe de la Coalition d'Ottawa contre la violence faite aux femmes (COCVFF) et l’Initiative : une ville pour toutes les femmes (IVTF).

Devant l’hôtel de ville, les deux organismes ont accroché quelque 13 000 rubans symbolisant le manque de logements abordables pour les survivantes des violences basées sur le genre et pour leurs familles, tel qu'estimé par la Coalition d'Ottawa contre la violence faite aux femmes. Sur Twitter, l'organisme indique qu'il faut attendre dix ans pour accéder à de telles infrastructures.

Pour insuffler un changement à cette situation difficile pour les femmes violentées et leurs familles, la Coalition d'Ottawa contre la violence faite aux femmes invite les citoyens à agir en adressant à leurs conseillers municipaux une lettre, dont un modèle est disponible sur le site Internet de l'organisme.

Faute d’accès à du logement hyper abordable, les survivantes de violence — les femmes comme les membres de la diversité sexuelle et de genre — courent un risque plus grand de vivre de l’itinérance cachée, de la pauvreté, de l’exploitation et de la violence, notamment des agressions sexuelles, fait notamment valoir cette lettre.

De son côté, l’Initiative: une ville pour toutes les femmes a convié le public à soutenir cette cause lors d'un rassemblement devant le monument des femmes du parc Minto, dans le centre-ville de la capitale nationale, en fin de journée, lundi.

Les drapeaux de la ville ont par ailleurs été mis en berne.

Lignes d’écoute et d’assistance gratuites, confidentielles et disponibles 24 heures sur 24, sept jours sur sept, pour les personnes qui subissent de la violence conjugale :

  • Au Québec, SOS Violence conjugale au 1 800 363-9010

  • En Ontario, Fem’aide pour un service en français au 1 877 336-2433

  • En Ontario, Talk4Healing, service pour les femmes autochtones et leurs familles, service en anglais, ojibway, oji-cree et cree au 1 855 554-4325

  • Beendigen, service pour les femmes autochtones anishinabe, au 1 888 200-9997

D’autres structures ont tenu également à s’associer à cette journée du souvenir, à l’instar du Centre national des Arts (CNA) qui diffuse sur la lanterne Kipnes pour les noms des victimes de la tuerie de 1989.

Plusieurs commémorations en Outaouais

De l’autre côté de la rivière des Outaouais, devant le monument Jeannine Boissonneault du parc Mémoire d’Elles de Gatineau, une vigie commémorative s’est tenu à midi à la mémoire des victimes de Montréal, mais aussi des femmes assassinées par leurs conjoints et les femmes et filles autochtones disparues et assassinées.

Des feuilles suspendues sur lesquelles sont écrits des noms de femmes.

La journée de lundi visait à sensibiliser aux violences faites aux femmes.

Photo : Radio-Canada

L’événement était co-organisé par différents organismes, dont Maison Unies-Vers-Femmes (MUVF), L'Autre Chez-soi ou encore la Maison d'hébergement pour Elles des Deux Vallées.

À Maniwaki, une commémoration à la mémoire de 19 femmes et enfants victimes, cette année, au Québec a été initiée par le comité femme, maison Halte femme et Callas, en partenariat avec d'autres organismes de Maniwaki.

Des chiffres en hausse

La journée du 6 décembre est le point d’orgue de 16 jours d’activisme visant à dénoncer la violence faite aux femmes, observés du 25 novembre, qui correspond à la Journée internationale pour l'élimination de la violence à l'égard des femmes, au 10 décembre, qui marque la journée des droits de l'homme.

Depuis le début de l'année, on a une hausse assez importante, partout au Canada et notamment en Ontario, des féminicides [...] Dans la majorité des cas, ce sont des meurtres commis par un conjoint ou un ex-conjoint, ou par un membre de la famille ou quelqu’un de proche, tient à souligner la directrice générale d'Action ontarienne contre la violence faite aux femmes, Maïra Martin.

La violence s’est intensifiée [durant la pandémie], note pour sa part la coordonnatrice générale de l'Alliance des maisons d'hébergement de 2e étape pour femmes et enfants victimes de violence conjugale, Maud Pontel.

Les femmes ne pouvaient plus se déplacer, n’avaient plus cette opportunité d’aller à l'extérieur [pour chercher de l’aide], poursuit Maud Pontel, ajoutant que le contexte pandémique a constitué une opportunité pour les auteurs de violences coercitives qui ont ainsi pu resserrer l’emprise qu’ils avaient sur leurs conjointes.

Maud Pontel

Maud Pontel, coordonnatrice générale de l'Alliance des maisons d'hébergement de 2eétape pour femmes et enfants victimes de violence conjugale (archives)

Photo : Radio-Canada / Franca G. Mignacca

Même analyse du côté de la directrice générale de Maison d'amitié, Josée Chalifoux, qui note une recrudescence des besoins en raison de la pandémie. On doit malheureusement refuser des femmes. [...] Ce qu’on a remarqué aussi, c’est que les degrés de violence se sont accentués, poursuit la directrice de cette maison d'hébergement temporaire qui vient en aide aux femmes francophones victimes de violence et à leurs enfants.

Changer les mentalités

Pensé pour protéger les citoyens dans un contexte sanitaire inédit, le confinement a exclu [les femmes] et [les] a gardées aux mains de leurs agresseurs, déplore Mme Chalifoux.

J’ai l’impression qu’on tente de blâmer la pandémie, mais [en fin de compte] c’est vraiment ancré dans la socialisation patriarcale qui s’entrecroise avec le racisme, le colonialisme, la transphobie, le capitalisme, etc., énumère Kim Dubé, chargée de cours en travail social à l'Université du Québec en Outaouais (UQO) et candidate au doctorat à l'université d’Ottawa, qui a tenu à être présente à l’un des événements de commémoration organisés ce 6 décembre.

Il faut être capable de nommer que c’est une violence systémique, il faut aller plus loin et changer l'idéologie du peuple québécois pour éliminer les violences faites aux femmes.
Une citation de Kim Dubé, chargée de cours en travail social à l'Université du Québec en Outaouais (UQO) et candidate au doctorat à l'université d’Ottawa

Pour Miriame Bergeron, intervenante sociale à la Maison Unies-Vers-Femmes, en Outaouais, la solution passe par la sensibilisation.

Au niveau des écoles secondaires et même primaires, il devrait y avoir de la sensibilisation à la violence. Les relations amoureuses, ça commence tôt, c’est là qu’il faut qu’il y ait de la sensibilisation de faite. On a encore beaucoup de chemin à faire.

Maïra Martin, directrice de l'Action ontarienne contre la violence faite aux femmes

Maïra Martin, directrice de l'Action ontarienne contre la violence faite aux femmes (archives)

Photo : Radio-Canada

La violence faite aux femmes ne peut pas être réglée par des petites mesures par-ci, par-là. Ça demande un cadre, des investissements assez importants, mais cela demande aussi de ne pas réfléchir qu’en termes de violence conjugale, de violence à caractère sexuel, mais de penser aussi de façon plus large à tout ce qui peut rendre susceptible à la violence, prône Mme Martin, citant en exemple un travail de fond qui doit être entrepris pour lutter contre la pauvreté qui peut rendre les femmes vulnérables à tous types de violence.

Des pancartes dénonçant les violences faites aux femmes.

Les participants aux rassemblements de lundi avaient plusieurs messages à faire passer.

Photo : Radio-Canada

En 2020, 160 femmes et filles ont été tuées au Canada, selon le dernier rapport de l'Observatoire canadien du féminicide pour la justice et la responsabilisation (OCFJR). Le même document établissait que plus d’une victime de féminicide sur cinq était autochtone.

Au cours de la dernière année, 58 féminicides ont été commis en Ontario, soit 20 femmes décédées de plus que l’année précédente. Le Québec compte pour sa part au moins 18 féminicides depuis le début de l'année 2021. (nouvelle fenêtre)

Avec les informations d'Émilie Bergeron et Laurie Trudel

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