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Un concert hommage pour le 70e anniversaire de l’artiste cri Tomson Highway

Portrait de Tomson Highway sur fond noir.

Tomson Highway est un écrivain à succès, dramaturge et virtuose cri originaire du nord-ouest du Manitoba.

Photo : Sean Howard

Véronik Picard

Bien que sa pièce de théâtre The Rez Sisters soit inspirée de la pièce Les Belles-soeurs de Michel Tremblay, qu’il habite à Gatineau et qu’il parle couramment français, l’artiste cri Tomson Highway demeure moins connu au Québec que dans le reste du Canada.

Pour souligner le 70e anniversaire de ce virtuose, ICI Musique a enregistré quelques pièces inspirées de chansons de l’une de ses pièces de théâtre musicales en collaboration avec l’Orchestre classique de Montréal.

Boris Brott et Julie Boulianne.

Le chef d'orchestre Boris Brott et la mezzo-soprano Julie Boulianne.

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Des onze chansons initialement jazz du spectacle The (Post) Mistress, quatre ont été arrangées pour un orchestre classique par l’altiste et arrangeur François Vallières. La mezzo-soprano Julie Boulianne prête sa voix aux pièces Quand je danse, On dit que la rose, T’ai-je dit? et Les rouges-gorges de l’aube.

Il faut savoir un peu de l’histoire de The (Post) Mistress. C’était une postière qui avait le pouvoir de savoir exactement ce qui était écrit dans les lettres, alors elle savait tout dans ce petit village. Les chansons sont à propos de ce qu’il y a dans ces lettres, ce sont des chansons romantiques d’amour, explique le chef d’orchestre Boris Brott.

François Vallières.

L'altiste et arrangeur François Vallières lors de l'enregistrement du concert à la salle Bourgie à Montréal.

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

L’altiste et arrangeur François Vallière explique que les chansons de Tomson Highway témoignent de moments d’introspection dans des airs d’une simplicité et d’une transparence qu’il a tenu à maintenir.

Boris Brott, pour sa part, souligne le sens de la mélodie de Tomson Highway.

Aujourd’hui, c’est très difficile de trouver des compositeurs qui ont le courage de composer des mélodies, et Tomson est l’un de ces compositeurs, il a ce courage. Il aime la mélodie, on peut chanter ses mélodies et c’est très important, ajoute Boris Brott.


Quand je danse

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Concert pour célébrer les 70 ans de Tomson Highway

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Lettre destinée à une femme qui habite dans le même village que la postière :

Quand je danse sous les étoiles, dans tes bras, oui avec toi, je te regarde dans les yeux et sais-tu ce que je vois? Ce que je vois dans tes yeux est le reflet de ces étoiles et la lumière de ton amour.


L’homme derrière l’artiste

Dès son plus jeune âge, cet artiste né dans le petit village du Lac Brochet dans le nord-ouest du Manitoba se passionne pour l’univers de la musique. Son père et son grand-père lui transmettent d’abord cette passion qui se renforce lorsqu’il entre au pensionnat pour Autochtones à l’âge de 6 ans.

Je suis né dans une forêt au nord du Manitoba, dans un paysage absolument magique.
Une citation de Tomson Highway

Quand je suis allé à l’école, j’ai vu et entendu le piano pour la première fois, c’est ça l’instrument que j’ai choisi, que mon cœur a choisi. Je crois que les musiciens ne choisissent pas leur instrument, c’est l’instrument qui les choisit, confie Tomson Highway dans une entrevue donnée à l'émission de radio Place à l'opéra sur ICI Musique.

Partition de musique.

Paroles de l'une de ses pièces musicales : « On dit que la rose ne vit que quelques jours. On dit qu’elle fleurit, qu'elle respire et puis qu’elle se fane ».

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Avec les années, Tomson Highway constate que ses œuvres se démarquent grâce à l’influence de la langue crie, qu’il décrit comme une langue rythmée et humoristique. En 2008, il compose le premier opéra en langue crie : Pimooteewin, qui signifie le voyage et qui aborde le deuil à travers l’histoire de personnages mythologiques cris.

La langue crie, c’est musical, c’est très musical, c’est magnifique. La musicalité de ma langue maternelle va très bien avec ma musique, explique celui qui n'avait jamais parlé anglais ni français avant l'âge de 7 ans.

La première langue occidentale que j’ai apprise, c’est au pensionnat. Mon père, lui, parlait quatre langues autochtones, même s’il n’est jamais allé à l’école. J'adore m'en vanter, souligne Tomson Highway en riant.

Entre les âges de 23 ans et 30 ans, Tomson Highway a cessé de jouer du piano. Il avait pris la décision de consacrer sa vie, son travail et son éducation à son peuple. Il est devenu travailleur social auprès des Autochtones qui habitaient en ville.

En retournant vers le milieu artistique, il a ajouté des cordes à son arc en devenant dramaturge et écrivain. Les pièces de théâtre The Rez Sisters et The (Post) Mistress ont connu un grand succès.

Aviron sur la rivière des Mille-îles

Ses romans transportent le lecteur dans un univers contemplatif du territoire en valorisant toujours l'intelligence, ainsi que les cultures, traditions et savoirs des nations autochtones. Champion et Ooneemetoo (The Kiss of the Fur Queen) a d'ailleurs été traduit en français par Robert Dickson et le livre audio est lu par l'artiste huron-wendat Charles Bender.

On est en train de produire une génération d’artistes [autochtones]. Je fais partie de cette révolution et j’ai contribué à cette révolution de façon réelle. Pour permettre à une société d’avoir la santé, d’être, il faut avoir un esprit, une âme saine. Ça, c’est la responsabilité de tous les artistes du monde, de travailler avec l’esprit de leur peuple pour l’améliorer, ajoute Tomson Highway.

Voulant jeter un regard rétrospectif sur sa vie, l’écrivain et musicien cri a décidé d’écrire lui-même sa biographie en cinq tomes. Le premier, sorti cet automne, est intitulé Permanent Astonishment (Étonnement permanent) et il y raconte les 15 premières années de sa vie.

Véronik Picard

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