1. Accueil
  2. Politique
  3. Politique fédérale

20 ans plus tard, le Canada continue de rater sa cible en immigration francophone

Le commissaire aux langues officielles s'inquiète; la FCFA parle de « torts irréparables ».

Une personne tient un petit drapeau du Canada

La cible fédérale de 4,4 % d’immigration francophone hors Québec fixée en 2003 n’a jamais été atteinte.

Photo : La Presse canadienne / Sean Kilpatrick

Simon Deschamps

Dans un rapport publié mardi, le commissaire aux langues officielles signale que le Canada n’est jamais parvenu à atteindre son objectif de 4,4 % d’immigration francophone hors Québec, et « il est incertain que cette cible soit atteinte » même si l’échéance pour parvenir à cet objectif a déjà été repoussée de 2008 à 2023.

Le commissaire Raymond Théberge rappelle que l’objectif initial de cette cible était d’augmenter ou d’au moins maintenir à 4,4 % le poids démographique de la population d’expression française vivant à l’extérieur du Québec, en prenant comme base les données du recensement de 2001.

Pour atteindre cette cible, plus de 75 000 personnes francophones auraient dû être admises au Canada à l’extérieur du Québec entre 2008 et 2020, souligne Raymond Théberge. Ce nombre correspond à la taille d’une ville canadienne moyenne comme North Bay en Ontario ou Medicine Hat, en Alberta, explique-t-il.

Mais même si la cible avait été atteinte de façon constante depuis l’échéance initiale de 2008, cela n’aurait pas été suffisant pour maintenir le poids démographique de la population d’expression française à l’extérieur du Québec, et encore moins pour contribuer à sa croissance, poursuit le commissaire Théberge.

Selon des données d’Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada citées dans le rapport, plus de 340 000 résidents permanents ont été admis au Canada en 2019, avant le début de la pandémie. À l’extérieur du Québec, parmi les 300 000 résidents permanents admis, moins de 10 000 personnes étaient d’expression française, ce qui équivaut à moins de 3 %.

Le poids relatif de la francophonie diminue, donc ça a un impact sur les écoles, sur les services, sur l’économie. Ça a un impact sur tout le développement de nos communautés, a ajouté Raymond Théberge en entrevue avec Radio-Canada.

Raymond Théberge parle avec une femme.

Raymond Théberge est le commissaire aux langues officielles du Canada (archives)

Photo : Commissariat aux langues officielles

Des torts irréparables selon la FCFA

La présidente de la Fédération des communautés francophones et acadiennes (FCFA) du Canada, Liane Roy indique que son organisation est très heureuse que le Commissariat aux langues officielles ait fait ce rapport et endosse presque à 100 % des conclusions qui ne la surprennent pas.

Le rapport démontre les torts irréparables qui sont faits à nos communautés francophones et acadiennes depuis 2003 au niveau de l’immigration francophone, exprime-t-elle.

Une femme souriante, portant des lunettes.

Liane Roy est la présidente de la Fédération des communautés francophones et acadiennes du Canada.

Photo : Radio-Canada / Contribution

La Fédération des communautés francophones et acadienne rappelle que la cible a été établie conjointement entre le gouvernement et les communautés francophones, mais celles-ci n’ont jamais consenti à des années de stagnation à moins de 2 % par année, avec un creux historique de 1,5 % en 2015. Elle qualifie la dernière année de perdue en matière d’immigration francophone.

Presque 76 000 personnes, c’est beaucoup de francophones, beaucoup de personnes dans nos communautés qui pourraient faire une différence au niveau de la vitalité de nos régions, au niveau d’obtenir des écoles, d’obtenir des places en garderie, d’obtenir tous ces services.
Une citation de Liane Roy, présidente de la Fédération des communautés francophones et acadiennes (FCFA) du Canada

Mme Roy indique que la Fédération des communautés francophones et acadienne fera une étude démographique pour tenter de trouver une cible qui permettra une croissance de la population francophone.

Pour nous c’est très important de s’assurer que la prochaine cible qui sera mise en place va tenir compte de ces torts irréparables, et va aussi être une cible pour la progression, la croissance et pas juste une cible de maintien.

La Fédération des communautés francophones et acadienne demande au ministre de l’Immigration, des Réfugiés et de la Citoyenneté, Sean Fraser, de s’engager immédiatement à augmenter de manière importante les niveaux d’immigration francophone ailleurs qu’au Québec dès 2022 en plus d’adopter une cible de réparation dès 2023, après avoir consulté les communautés francophones.

De plus, la Fédération des communautés francophones et acadienne demande au gouvernement de développer une politique qui permettrait de rétablir le poids démographique tel qu’il était en 2001, et favoriserait la croissance démographique francophone.

Recommandations du commissaire aux langues officielles

Raymond Théberge recommande qu’avec l’arrivée de l’échéance de 2023, le ministère de l’Immigration adopte une cible plus élevée et établisse des mesures de reddition de comptes pour l'objectif même comme pour l’atteinte de la nouvelle cible.

Parmi les pistes de solutions proposées pour faciliter l’immigration francophone au Canada, le rapport suggère notamment de miser sur l’immigration provenant de l’Afrique francophone, de faciliter l’obtention de la résidence permanente pour les candidats d’expression française, et de créer une catégorie d’immigrants économiques francophones.

Daniel Boucher donne une entrevue à Radio-Canada à l’extérieur d’un bâtiment en briques, vêtu d’un manteau couleur ocre. Derrière lui on retrouve un sapin.

Daniel Boucher, directeur général de la Société de la francophonie manitobaine

Photo : Radio-Canada

Apport de l’immigration francophone

Le directeur général de la Société de la francophonie manitobaine, Daniel Boucher, espère que les provinces et le fédéral pourront mieux travailler ensemble pour améliorer l’immigration francophone au pays.

Il affirme que les communautés francophones minoritaires sont perdantes lorsque le pays n’atteint pas sa cible.

On a vu le succès de l’immigration francophone quand les gens viennent dans nos communautés, s’intègrent et sont inclus à parts égales. On le voit tous les jours au niveau du talent qui existe. C’est une grande perte quand on ne peut pas aller chercher le plein potentiel de l’immigration francophone , dit-il.

Avec des informations de Thibault Jourdan et Jérémie Bergeron

Simon Deschamps

À la une