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Quel avenir pour les compagnies aériennes à bas prix au Canada?

Un avion aux couleurs de la compagnie Swoop sur le tarmac.

Swoop, compagnie aérienne à bas prix détenue par WestJet, a débuté en 2018. Elle fait partie des plus anciennes du secteur.

Photo : La Presse canadienne / Tara Walton

Axel Tardieu

Elles promettent aux consommateurs des prix très bas pour économiser sur les billets d’avion et dépenser plus une fois arrivés à destination. De nouvelles compagnies aériennes arrivent ainsi dans le ciel canadien, malgré les effets dévastateurs de la pandémie sur le secteur. Des acteurs de l'industrie nous expliquent les raisons derrière cet optimisme.

Un aller Ottawa - Cancún pour 129 $, c’est l’offre alléchante que la compagnie à bas coût Flair Airlines annonce en ce début d’hiver pour faire bouillir l'intérêt des consommateurs. En octobre, l’entreprise, basée à Edmonton, a ajouté 14 destinations à sa liste.

En l’espace que quelques semaines, deux autres nouveaux transporteurs se sont lancés. Air Lynx, offrant des lignes aériennes abordables, espère faire décoller ses avions d'ici la fin de l'année. Jetlines, spécialisé dans les voyages tout inclus vers Cuba ou le Mexique, verra le jour début 2022.

Les Canadiens n’ont pas pu voyager pendant les deux dernières années. Tout le monde a hâte de prendre des vacances, explique Eddy Doyle, président de Jetlines, confiant.

Leurs méthodes

Selon l'agence de voyages en ligne Kiwi, le Canada est effectivement loin d'être le pays où il est facile de voyager sans se ruiner. En 2017, la plateforme le classait 65 sur 80 dans les pays les plus abordables à partir desquels voler.

Lynx Air a choisi Calgary pour installer son siège social (nouvelle fenêtre) et s'inspire des modèles d’affaires d’autres transporteurs aériens aux prix très avantageux et populaires en Europe, comme Ryanair et easyJet.

Les Canadiens font face à des prix trop élevés depuis trop longtemps, martèle Merren McArthur, directrice générale de Lynx Air. Notre modèle repose sur la simplicité.

Comment comptent-ils offrir ces bas tarifs? D'abord, en économisant sur le carburant qui peut représenter jusqu'à 30 % des coûts d'exploitation d'un avion. Lynx Air se dote donc de 46 appareils de dernière génération, soit des Boeing 737 Max.

Un avion décolle; d'autres sont au sol.

Selon Statistique Canada, Toronto (190,60 $) a dépassé Vancouver à titre de ville où le tarif aérien intérieur moyen a été le plus élevé en 2018. À l'inverse, Saskatoon (147,20 $) offre le tarif le plus bas depuis 2014.

Photo : Reuters / ALY SONG

Ils consomment 14 % moins de carburant que le précédent modèle. Puisqu’ils sont nouveaux, nous pouvons les faire voler davantage et les rentabiliser plus vite, dit Mme McArthur. Nos coûts de maintenance sont réduits, tout comme les prix pour le consommateur.

Ces nouveaux avions voleront le plus possible. Ils ne resteront au sol que 30 ou 35 minutes pour passer plus de temps dans le ciel et ainsi les rentabiliser un peu plus, explique Merren McArthur.

Pour acheter un billet, les clients devront se rendre uniquement sur le site de Lynx Air et n'auront le choix qu’à une classe économique. Tout autre service sera payant, comme la nourriture à bord ou plus d’espace pour les jambes.

Lynx Air cible les aéroports canadiens où les prix pour des vols internes sont les plus élevés pour stimuler la demande.

Le Canada, marché difficile

La réduction radicale du trafic aérien pendant la crise sanitaire a fait baisser le prix des avions et, contrairement à 2018-2019, les transporteurs n'ont aucun mal à recruter parmi les nombreux pilotes et agents de bord mis à pied.

Le Canada n'a cependant jamais été un marché facile pour les nouveaux transporteurs aériens. Une demi-douzaine de lignes ont déjà échoué par le passé.

Pendant longtemps, le marché des transporteurs à très bas prix a eu du mal à se développer, rappelle Robert Kokonis, consultant en aviation pour le cabinet AirTrav.

Nous sommes un pays de 5000 km de large avec peu de gens à l'intérieur de ces frontières. Nous n’avons pas beaucoup d’aéroports secondaires pouvant casser les prix.
Une citation de Robert Kokonis, consultant en aviation, Air Trav

Le directeur du Centre d'études sur le transport à l'Université de la Colombie-Britannique (UBC), David Gillen, confirme : Ils faisaient face à des coûts très élevés en matière d'aviation. Les taxes des aéroports sont supérieures à ceux des États-Unis.

Les Canadiens habitués aux prix modiques

Les conditions ont cependant changé et les Canadiens commencent à s’habituer au modèle du très bas coût, selon Robert Kokonis. 

La multiplication de ces trajets courts sans escale va pousser les gens à voyager par avion en créant une nouvelle clientèle, notamment avec celle qui préférait prendre la route, pense-t-il.

Un homme pousse un chariot à bagages dans un aéroport.

L’industrie du transport aérien au Canada a connu une demande accrue entre 2009 et 2018.

Photo : La Presse canadienne / Paul Chiasson

Si ces nouveaux acteurs surgissent, c’est aussi grâce à un changement opéré par Transports Canada en juin 2018. Pour les transporteurs aériens canadiens, les restrictions en matière de propriété internationale passent de 25 à 49 % des intérêts avec droit de vote, peut-on lire dans le communiqué de presse de l’époque.

Cela n’a jamais été un problème pour Air Canada qui a une politique fédérale l’empêchant d’échouer. C’était, par contre, un énorme obstacle pour toute nouvelle compagnie aérienne, explique David Gillen, directeur du Centre d'études sur le transport à l'Université de la Colombie-Britannique.

Plus d'investissements

Sans cette restriction plafonnant à 25 % les investissements étrangers, les entrepreneurs sont maintenant plus intéressés à investir au Canada.
Une citation de David Gillen, Centre d'études sur le transport

Cet expert de l'aviation croit cependant que ces nouveaux acteurs de l’industrie survivront uniquement s’ils ont les reins solides financièrement. 

Vous entrez sur un marché où les opérateurs historiques sont très populaires. Ils vont devoir massivement investir dans la publicité et le marketing pour gagner la confiance du public, décrypte David Gillen.

Lynx Air ou Flair Airlines devront aussi jouer finement pour ne pas provoquer une guerre des prix en menaçant les parts de marché d’Air Canada ou de WestJet.

L'optimisme du secteur aérien pourrait toutefois être bousculé dans les prochaines semaines par le nouveau variant Omicron qui assombrit l'horizon économique. Sa découverte a déjà mené au resserrement de mesures aux frontières et à l'annulation de vols entre certains pays (nouvelle fenêtre).

Avec des informations de Tiphanie Roquette

Axel Tardieu

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