1. Accueil
  2. Société
  3. Autochtones

Lancement de deux dictionnaires en langue atikamekw

Jeannette Coocoo, enseignante en atikamekw à l'école secondaire Nikanik, à Wemotaci.

Jeannette Coocoo, enseignante en atikamekw à l'école secondaire Nikanik, à Wemotaci.

Photo : Radio-Canada / Claude Brunet

RCI

Un dictionnaire Atikamekw-Français et un dictionnaire Français-Atikamekw sont maintenant disponibles. Le Conseil de la Nation Atikamekw (CNA) et l’Université de Carleton ont travaillé sur ces deux ouvrages de référence sur la langue Atikamekw Nehirowimowin dans le but de contribuer au maintien et à la vitalité de cette langue qui est un élément fondateur de l’identité de cette nation.

Les écoles des communautés atikamekw se serviront de ces dictionnaires papier et numériques pour valoriser l’utilisation de la langue atikamekw auprès de leurs élèves et que cette langue soit désormais conservée à l’écrit.

La langue atikamekw est de tradition orale, mais avec le temps, nous avons dû développer une orthographe standard avec des lettres de l’alphabet latin moderne, explique la coordonnatrice des services linguistiques atikamekw au CNA Nicole Petiquay, par voie de communiqué.

Le passage à l’écrit permet, selon une enquête menée par le CNA et l’Université de Carleton, d’universaliser la portée des connaissances linguistiques et historiques des Atikamekw pour qu’elle puisse être davantage transmise et qu’elle soit renforcée pas seulement à l'intérieur des communautés atikamekw.

Dictionnaire Atikamekw-Français.Agrandir l’image (nouvelle fenêtre)

Le premier dictionnaire Atikamekw-Français est sorti le 29 novembre 2021.

Photo : Conseil de la Nation Atikamekw

Nicole Petiquay tient à souligner l’apport de tous les aînés atikamekw qui sont les seuls à parler l’atikamekw de façon quasi exclusive. Leurs connaissances de l’histoire et la langue atikamekw ont été mises à contribution pour la création de cet outil de conservation de la langue.

Les dictionnaires seront d’une grande utilité pour la conservation de notre langue.
Une citation de Nicole Petiquay, coordonnatrice linguistique au CNA

L’atikamekw est parlé dans les communautés de Manawan, Wemotaci et Opitciwan ainsi que dans quelques villes avoisinantes et elle demeure l’une des langues autochtones les plus couramment parlées. La situation démographique de la population atikamekw est d’ailleurs favorable. En effet, l’âge moyen de la population est de 27 ans, selon Statistiques Canada.

Cependant, plus que jamais, nous devons continuer nos efforts pour la transmettre aux générations futures. Les dictionnaires constitueront des outils formidables en ce sens, souligne le Grand Chef de la Nation Atikamekw, Constant Awashish.

Une grande majorité, soit 65,5 % des répondants à une enquête menée par le CNA et l’Université de Carleton disent avoir tendance à privilégier l’atikamekw pour communiquer dans au moins la moitié des cas. Par contre, 7,75 % des répondants disent utiliser uniquement l’atikamekw pour s’exprimer.

Des ressources adéquates et l'éducation peuvent contribuer à diminuer cette érosion qui est constatée chez les plus jeunes qui alternent davantage entre le français et l’atikamekw pour s’exprimer.

Ce dictionnaire permet de cristalliser la langue atikamekw et de conserver beaucoup de mots de la forêt qui tendent à s’oublier, ajoute M. Awashish.

Selon l’enquête menée par le CNA et l’Université de Carleton en 2016, la transmission par la famille, la légitimation par l’école et la transmission de l’identité par la communauté sont des facteurs essentiels à la conservation de la langue.

En offrant également des définitions en atikamekw, ce dictionnaire est un des premiers dictionnaires de langue autochtone à proposer des définitions unilingues et bilingues, ajoute la linguiste à l’Université Carleton Marie-Odile Junker.

Elle explique également que la lexicologie est une science complexe et que ce genre de travail peut considérablement aider à la conservation de la langue atikamekw. Pour elle, la prochaine étape serait que des professeurs atikamekw enseignent dans les universités.

Le dictionnaire sera mis à jour régulièrement pour que les nouveaux mots y soient ajoutés. De plus, les termes qui n’existaient pas à l’époque sont également adaptés. Par exemple, le mot drone est traduit par le terme ka pamikicikowaskowacta. Il existe d’ailleurs une section sur la terminologie pour ces néologismes.

À la une