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Les fabricants de vaccins à ARN messager en mode Omicron

Une seringue est remplie d'une dose de vaccin.

Une seringue est remplie d'une dose du vaccin Pfizer contre la COVID-19 dans une clinique de vaccination.

Photo : Getty Images / PATRICK T. FALLON

RCI

Les fabricants de vaccins anti-COVID-19 utilisant la technologie de l’ARN messager se préparent activement à développer de nouveaux produits pour contrer le nouveau variant Omicron, dont l’émergence entraîne un vent de panique partout dans le monde.

C’est ce qu’ont affirmé les patrons de Pfizer, Albert Bourla, et de Moderna, Stéphane Bancel, dans des entrevues accordées à la chaîne d’informations financières CNBC lundi matin, tout juste avant l’ouverture des marchés.

À l’heure actuelle, nul ne sait si un nouveau vaccin sera bel et bien nécessaire pour endiguer ce nouveau variant, qui suscite essentiellement l’inquiétude en raison du nombre exceptionnellement important de mutations qu’il présente.

Ces mutations, qui se concentrent sur la protéine de spicule, ou spike, clé d’entrée du virus dans l’organisme, font craindre que le variant soit plus contagieux, entraîne des symptômes plus sévères et résiste mieux aux vaccins que ses prédécesseurs.

De l’avis de nombreux spécialistes, il est encore trop tôt pour déterminer avec certitude ce qu’il en est. Selon eux, il pourrait s’écouler deux à trois semaines avant que le monde puisse commencer à obtenir des réponses à ces questions.

Pfizer a néanmoins commencé à travailler sur une nouvelle version de son vaccin ciblant plus spécifiquement le variant Omicron, au cas où le vaccin actuel ne serait pas suffisamment efficace pour le contrer, a déclaré lundi à CNBC son PDG, Albert Bourla.

Il y a encore beaucoup d'inconnues autour du nouveau variant, a-t-il souligné. Nous saurons l'essentiel de ce qu'il y a à savoir d'ici quelques semaines, a-t-il ajouté, précisant que des tests pour évaluer l'efficacité du vaccin de sa compagnie, développé avec BioNTech, contre le variant auront lieu au préalable.

Si le vaccin [actuel] protège moins et que nous avons besoin de créer un nouveau vaccin, nous avons commencé à travailler dessus vendredi, nous avons fait notre premier modèle d'ADN, qui est la première étape du développement d'un nouveau vaccin.
Une citation de Albert Bourla, président-directeur général de Pfizer

Pfizer a déjà créé par le passé deux nouvelles versions de son vaccin en moins de 100 jours contre les variants Delta et Beta, qui n'ont finalement pas été utilisées. Au besoin, en 95 jours, nous aurons le nouveau vaccin contre Omicron, a assuré M. Bourla.

Selon lui, Pfizer pourrait en produire 4 milliards de doses l'an prochain, au besoin.

Nous surveillons en permanence pour vérifier si la protection de notre vaccin reste efficace face à de nouveaux variants, a également confirmé Pfizer Canada dans une déclaration transmise à Radio-Canada.

Nous commençons à effectuer des tests de neutralisation [pour mesurer la réponse immunitaire, NDLR] sur le nouveau variant Omicron et nous espérons obtenir des données initiales dans les semaines à venir, indique une porte-parole, Christina Antoniou.

Préparer des doses plus fortes serait plus rapide, affirme Moderna

En entrevue à CNBC, Stéphane Bancel de Moderna a dit anticiper que le variant Omicron sera plus infectieux, mais a reconnu qu’il faudra au moins deux semaines pour déterminer s’il diminue l’efficacité des vaccins.

En fonction du niveau de cette baisse, nous pourrions décider […] de donner une dose plus forte du vaccin actuel […]. Peut-être que les gens qui sont à très haut risque, les immunosupprimés et les personnes âgées auront besoin d’une quatrième dose.
Une citation de Stéphane Bancel, président-directeur général Moderna

Une dose plus forte pourrait être faite immédiatement, mais il faudra des mois avant qu’un vaccin spécifique pour le variant Omicron soit prêt à être livré en quantités massives, a cependant prévenu M. Bancel dans l’entrevue accordée à l’émission Squawk Box.

Le président-directeur général de Moderna dit croire que ce variant s’est déjà répandu dans le monde. Je crois que la plupart des pays qui ont eu des vols directs avec l’Afrique du Sud au cours des sept à dix derniers jours ont probablement des cas dont ils ne sont pas encore au courant, a-t-il anticipé.

De l'avantage des vaccins à ARN messager

En entrevue à RDI, le spécialiste en virologie Benoit Barbeau a convenu qu’il s’agissait là d’un avantage indéniable des vaccins utilisant de l’ARN messager : ils peuvent être modifiés rapidement pour contrer un nouveau variant.

C’est des molécules d’ARN […] : on peut les synthétiser relativement facilement et les adapter en fonction du variant, a expliqué le professeur au Département des sciences biologiques de l'Université du Québec à Montréal (UAQM).

Le meilleur des scénarios, c’est que le vaccin fonctionne avec l’Omicron, qu’il empêche les complications importantes, comme il le fait [pour] le Delta, a commenté lundi le directeur national de santé publique du Québec, le Dr Horacio Arruda, lors d'une conférence de presse.

Si jamais [...] on avait l’impression qu’il n’est pas assez efficace, les compagnies vont pouvoir ajuster leur vaccin, particulièrement celles qui font de l’ARN messager. On pense qu’en dedans de trois ou quatre mois, on peut avoir un nouveau vaccin.
Une citation de Dr Horacio Arruda, directeur national de santé publique du Québec

Entrevue avec le virologue Benoit Barbeau

Reste à voir si de tels vaccins seront nécessaires. Un expert sud-africain des maladies infectieuses, Salim Abdool Karim, a plutôt avancé lundi que les vaccins existants contre la COVID-19 devraient être très efficaces pour éviter les infections graves et les hospitalisations liées au nouveau variant Omicron.

Sur la base de ce que nous savons et de la façon dont les autres variants préoccupants ont réagi à l'immunité vaccinale, nous pouvons nous attendre à ce que l'efficacité en matière d'hospitalisation et de formes graves reste élevée et que la protection des vaccins reste forte.
Une citation de Salim Abdool Karim, expert sud-africain des maladies infectieuses

Celui qui fut le principal conseiller du gouvernement sud-africain au début de la pandémie estime qu'il est encore trop tôt pour dire si le variant Omicron peut entraîner des symptômes cliniques plus graves que les variants précédents.

Il a toutefois déclaré que le nouveau variant semblait plus contagieux et plus susceptible d'infecter des personnes vaccinées ou ayant déjà été contaminées. Il dit d’ailleurs s’attendre à ce que l’Afrique du Sud enregistre 10 000 nouveaux cas quotidiens avant la fin de la semaine, alors que le pays en recensait un peu plus de 2850 dimanche.

Avec les informations de Agence France-Presse, Reuters et CNBC.

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