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Des Autochtones se réapproprient la protection de l’enfance dans les T.N.-O.

Des enfants de la Première Nation Attawapiskat dans le nord de l'Ontario s'amusent dans une structure de jeu.

Selon le rapport annuel du directeur des Services à l'enfance des Territoires du Nord-Ouest déposé mercredi, 98 % des enfants et des adolescents pris en charge par ses services sont autochtones, alors qu'ils représentent 57 % des jeunes.

Photo : Reuters / Chris Wattie

RCI

Les jeunes Inuvialuit pris en charge par des services de protection de la jeunesse n'importe où au pays recevront désormais de l'aide pour rester dans leur communauté, en vertu d'une nouvelle loi signée cette semaine à Inuvik, dans les Territoires du Nord-Ouest.

Cette nouvelle législation, baptisée Inuvialuit Qitunrariit Inuuniarnikkun Maligaksat (ou Loi sur le mode de vie familial inuvialuit en français), a été déposée par l'Inuvialuit Regional Corporation (IRC), le gouvernement qui représente les intérêts collectifs de ce peuple inuit de l'ouest de l'Arctique. Elle s'applique aux jeunes qui sont membres de la communauté et aux descendants d'un membre représenté par l'IRC.

Le député provincial de Nunakput, Jackie Jacobson, affirme que cette nouvelle loi pourrait permettre à de nombreux jeunes inuvialuit présentement placés en famille d'accueil en Alberta de rentrer chez eux.

Il s'agit de la première loi du genre conçue par un gouvernement autochtone dans les Territoires du Nord-Ouest et de la première dans une région inuit.

Au Québec, la communauté atikamekw d'Opitciwan a voté une loi semblable (nouvelle fenêtre) au début de novembre.

Les jeunes qui bénéficient actuellement des services à l'enfance et à la famille partout au Canada auront la possibilité de retourner dans les territoires inuvialuit, qui comprennent Inuvik, Aklavik, Paulatuk, Sachs Harbour, Tuktoyaktuk et Ulukhaktok.

Selon le président de lInuvialuit Regional Corporation, Duane Ningaqsiq Smith, les pensionnats pour autochtones ont occasionné des traumatismes intergénérationnels qui continuent de teinter les relations familiales des Inuvialuit.

À cause des pensionnats, les parents ont perdu contact avec leurs enfants. Certains d'entre eux ont été enlevés pendant des années, et quand ils sont rentrés à la maison, ils ne parlaient même plus la même langue [que leurs parents]. Après, c'est tout simplement devenu un cercle vicieux.
Une citation de Duane Ningaqsiq Smith, président de l'Inuvialuit Regional Corporation

Selon M. Smith, cette perte de contact a été exacerbée par les services actuels de protection de la jeunesse, qui gardent les jeunes loin de leur culture et de leur histoire.

Un homme se tient les bras croisés devant une sculpture de bois.

Duane Ningaqsiq Smith est président de l'Inuvialuit Regional Corporation (IRC)

Photo : Radio-Canada / Mackenzie Scott

Cette loi permettra à lInuvialuit Regional Corporation de créer sa propre direction de la protection de la jeunesse, qui offrira du soutien financier, culturel et éducationnel aux familles inuvialuit. Toutefois, cette nouvelle instance ne prendra pas en charge les services offerts par le gouvernement du territoire, précise Duane Ningaqsiq Smith.

Cette nouvelle entité reflétera notre culture et notre approche... et pas seulement l'approche stérile et colonialiste qui est en place depuis 100 ans, soutient-il.

Il ajoute que la communauté aura besoin de l'aide du gouvernement fédéral pour organiser son service voué à la jeunesse.

Toutes les lois existantes sur la protection de l'enfance et de la jeunesse resteront en vigueur pendant que cette nouvelle législation sera mise en œuvre. Mais la nouvelle loi exige que tous les ordres de gouvernement respectent dès maintenant certaines normes pour les enfants, les jeunes et leurs familles inuvialuit qui bénéficient des services à l'enfance et à la famille, selon un communiqué de presse de lInuvialuit Regional Corporation.

C'est nous qui décidons

Le député Jackie Jacobson, lui-même inuvialuit, et sa femme ont accueilli de nombreux enfants au fil des ans. Pour lui, l'enseignement de la culture et des traditions de son peuple à ces jeunes a toujours été une priorité.

Je suis inuvialuit. La chasse, la pêche, l'attelage des chiens... ce sont des choses que nous inculquons, affirme-t-il.

Il est en cela fort satisfait de cette nouvelle législation qui, selon lui, assurera l'immersion des jeunes dans leur culture.

C'est nous qui décidons ce qui doit arriver avec la jeunesse inuvialiut et il faut éviter que nos enfants soient envoyés en dehors de nos communautés.
Une citation de Jackie Jacobson, député à l'Assemblée législative des Territoires du Nord-Ouest

M. Jacobson espère que cette nouvelle loi permettra aux jeunes placés en famille d'accueil d'avoir un contact avec leurs parents biologiques.

Nous avons élevé beaucoup de jeunes et, pour chacun d'entre eux, leurs parents ont toujours fait partie de leur vie, affirme-t-il.

Jackie Jacobson à l'Assemblée législative.

Jackie Jacobson est le député de Nunakput.

Photo : Radio-Canada / Mario De Ciccio

Dans un communiqué, la première ministre des Territoires du Nord-Ouest, Caroline Cochrane, a félicité l'Inuvialuit Regional Corporation. Cette loi est une étape importante pour s'assurer que les décisions soient prises dans l'intérêt des enfants et des familles inuvialuit. Nous nous engageons à continuer à travailler avec l'Inuvialuit Regional Corporation pour aller de l'avant, écrit-elle.

La loi C-92

C'est la loi fédérale C-92, adoptée en janvier 2020, qui a permis aux Inuvialuit d'aller de l'avant avec cette législation.

La loi C-92 confère aux Premières Nations, aux Métis et aux Inuit l'autorité d'acquérir une compétence partielle ou complète en matière de services à l'enfance, à leur propre rythme.

Le député des Territoires du Nord-Ouest Michael McLeod a félicité lInuvialuit Regional Corporation. C'était l'objectif de la loi C-92, a-t-il dit. Assurer la sécurité des enfants autochtones est un aspect important du processus de réconciliation.

Le député Michael McLeod.

Michael McLeod est député libéral dans les Territoires du Nord-Ouest.

Photo : Radio-Canada / Mario De Ciccio

Selon le rapport annuel du directeur des Services à l'enfance des Territoires du Nord-Ouest déposé mercredi, 98 % des enfants et des adolescents pris en charge par ces services sont autochtones, alors que seulement 57 % de tous les enfants et adolescents des Territoires sont issus de ces communautés.

D'après un texte de Luke Carroll, CBC

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