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Un déficit moins élevé que prévu au Québec, 5 G$ de nouvelles dépenses cette année

Eric Girard.

Le ministre Girard souhaite notamment favoriser l'embauche et la formation de travailleurs, ainsi que lutter contre la hausse du coût de la vie.

Photo : Radio-Canada / Sylvain Roy Roussel

Mathieu Dion
Mathieu Dion

Même les plus optimistes risquent d’être confondus à la lecture de la mise à jour économique du ministre des Finances du Québec. Eric Girard prévoit maintenant un déficit de 6,8 milliards de dollars après un versement de 3,3 milliards au Fonds des générations en 2021-2022. C’est 5,4 milliards de moins qu’anticipé au budget de mars.

Cet argent n’ira pas dans le compte en banque pour y rester, puisque 5,2 milliards de dollars de nouvelles dépenses s’ajoutent cette année pour faire face à l’inflation et à la pénurie de main-d'œuvre, et relever le réseau de la santé.

Au total sur cinq ans, Québec débloque près de 13 milliards de dollars supplémentaires, mais un déficit structurel de 4 milliards s’est installé à l’horizon. Le retour à l’équilibre budgétaire n’est encore prévu que dans sept ans, plutôt que cinq comme le prévoit la Loi sur l’équilibre budgétaire. L’Assemblée nationale devra modifier la législation.

Le ratio de dette brute par rapport au produit intérieur brut (PIB) s’établira finalement à 44,3 % d’ici le 31 mars, près 5 points de pourcentage de moins que prévu. On veut que le retour à l'équilibre budgétaire se fasse avec le moins de difficultés, a expliqué Eric Girard. En prenant sept ans, ça nous permet de faire une transition plus douce.

Croissance économique exceptionnelle

Ce revirement de situation s’explique par une croissance économique exceptionnelle de 6,5 % en 2021, suivant le choc de la pandémie l’année dernière. Le Québec aura mieux performé que le Canada, les États-Unis et la moyenne mondiale. En 2022, le produit intérieur brut devrait progresser plus lentement à 3,3 % selon le ministère des Finances, ce qui est supérieur à ce qu’envisagent la Banque Nationale et Desjardins.

Le ministère note tout de même que l’évolution de la pandémie demeure un risque pour les perspectives économiques, en plus de la rareté de main-d'œuvre, des problèmes d’approvisionnement et de la montée des prix qui pourraient exercer des pressions inflationnistes et ralentir la croissance. L’inflation pourrait atteindre près 4 % en 2021-2022.

Des chèques aux moins nantis d'ici Noël

Pour aider les Québécois à faire face au coût de la vie, le mini-budget réserve 946 millions de dollars d’ici mars, entre autres pour donner un chèque de 275 $ aux personnes vivant seules et de 400 $ aux couples dans une situation de revenu faible ou moyen. Jusqu'à 3,3 millions de personnes en bénéficieront.

Le ministre Eric Girard s'est défendu de vouloir faire des cadeaux à la veille de Noël ou de profiter de l'approche des élections en 2022. On est en pandémie, on sort de la pire récession mondiale et on a des défis de finances publiques, a-t-il fustigé en conférence de presse. Honnêtement, je n'ai pas pensé à l’élection une fois dans les 12 derniers mois.

Mon travail, c’est de m’assurer qu’on a un cadre financier solide. On a besoin que les gens se sentent en confiance pour consommer et investir. Si un jour on revient à l’équilibre budgétaire, on aimerait réduire le fardeau fiscal.
Une citation de Eric Girard, ministre des Finances du Québec

D’autres mesures pour soutenir les aînés et les ménages dans l’accès au logement sont aussi budgétées, mais rien de nouveau pour tempérer le marché de l'immobilier qui devient de plus en plus inabordable pour les premiers acheteurs.

Jusqu'à 444 millions de dollars viendront en plus s’ajouter cette année afin de bonifier, notamment, le crédit d’impôt pour frais de garde d’enfants, destiné aux parents dont un enfant fréquente un service de garde non subventionné.

Des milliards pour contrer la pénurie de main-d'œuvre

La pénurie de main-d'œuvre ne cesse de s’accroître au Québec et le vieillissement de la population fait craindre le pire. Statistique Canada comptabilise désormais 279 000 postes vacants dans la province.

D’ici cinq ans, le gouvernement Legault souhaite former, requalifier et attirer près de 170 000 travailleurs dans les secteurs de la santé et des services sociaux, de l’éducation, des services de garde éducatifs à l’enfance, de la construction et du génie ainsi que des technologies de l’information.

Près de 3 milliards de dollars seront investis pendant cette période. Une part importante des investissements prendra la forme de bourses incitatives pour les étudiants inscrits dans ces secteurs; elles seront octroyées après chaque session effectuée à temps plein.

Québec aspire en plus à stimuler la croissance économique et à combler l’écart de richesse avec l’Ontario (nouvelle fenêtre) d’ici 15 ans – il est passé à 12,9 % en 2021. Pour ce faire, plus de 400 millions de dollars seront injectés d’ici 2025-2026 pour accélérer la croissance de la productivité des entreprises : financement de projets d’investissement, déploiement des premières zones d’innovation, soutien à des projets innovants et branchement de tous les Québécois à Internet haute vitesse.

Relever le réseau de la santé

Le système québécois de la santé se remet péniblement de la pandémie. Sur 4,4 milliards de dollars prévus dans les cinq prochaines années, 3,6 milliards de plus seront dépensés cette année pour améliorer les conditions des travailleurs, avec des primes pouvant atteindre 18 000 $. Cette mesure visant également à attirer du personnel au sein du réseau avait déjà fait l'objet d’une annonce en septembre.

Les 800 millions de dollars restants seront destinés à un plan pour réduire la liste d’attente en chirurgie et rattraper le retard lié à la pandémie.

Les revenus autonomes du gouvernement du Québec bondiront de 10,6 % à 101,6 milliards de dollars en 2021-2022. À ces revenus s'ajouteront 29,5 milliards de transferts fédéraux. Quant aux dépenses, elles atteindront 134,6 milliards de dollars, ce qui comprend 7,6 milliards en mesures de soutien et de relance découlant de la COVID-19.

Déceptions chez les partis d'opposition et les entreprises

C'est une mise à jour 100 % électorale, a réagi Ruba Ghazal, de Québec solidaire. On ouvre les vannes en année préélectorale mais, dès 2023, on va fermer le robinet et renforcer le retour à l'équilibre budgétaire. La députée estime que l'argent dans les poches des familles ne sera pas suffisant pour les gens qui en ont réellement besoin.

Les porte-paroles péquistes et libéraux en matière des finances ont déploré l'obsession du gouvernement caquiste de réduire l'écart de richesse entre le Québec et l'Ontario. Votre obsession devrait plutôt être de réduire l'écart de richesse au Québec entre les plus pauvres et ceux et celles qui ont l'opportunité de bien gagner leur vie, a déclaré Martin Ouellet du Parti québécois. Cette mise à jour rate sa cible et saupoudre d'un bleu pastel des mesures qui ne vont pas permettre aux Québécois de moins s'appauvrir.

Carlos Leitão du Parti libéral a affirmé que la comparaison fondée sur le produit intérieur brut par habitant était très bien au 20e siècle, mais qu'on doit aller au-delà de ce type de mesure de nos jours. Ce qui est important dans ce contexte visant à fermer l'écart avec l'Ontario, c'est la main-d'œuvre et la réalité démographique, a-t-il précisé. Je me serais attendu à une planification pour les prochaines années en termes de population active.

Au Conseil du patronat, le président et chef de la direction Karl Blackburn a déploré le manque de mesures pour agir face à la plus grave pénurie de main-d'œuvre de l'histoire du Québec : De sa volonté de ne pas élargir le bassin de travailleurs, le gouvernement a décidé de laisser tomber des pans de l'économie.

La Fédération des travailleurs du Québec a ironiquement félicité le ministre des Finances dans sa volonté de réduire l'écart de richesse avec les Ontariens. Bravo, s'est exclamé son président Daniel Boyer. Le conseil des ministres du mois de décembre aurait l’occasion d’atteindre une partie de cet objectif en proposant une augmentation du salaire minimum à 18 $ l’heure.

Mathieu Dion
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