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[Reportage] Marche contre la violence et les armes à feu à Montréal

Plusieurs centaines de personnes ont marché dans le quartier Saint-Michel à la mémoire d’un adolescent tué il y a une semaine, le troisième depuis le début de l’année à Montréal.

Un homme portant une affiche avec les photos de trois hommes.

Abdellah Azzouz, intervenant au Forum Jeunesse de Saint-Michel, porte une pancarte avec les photos de trois adolescents tués cette année à Montréal lors de la marche contre la violence dans le quartier Saint-Michel. De gauche à droite : Myriam Boundaoui, Jannai Dopwell-Bailey et Thomas Trudel.

Photo : Radio Canada International / Samir Bendjafer

Samir Bendjafer

Le meurtre par arme à feu de Thomas Trudel, un adolescent de 16 ans, il y a une semaine dans le quartier de Saint-Michel à Montréal, a provoqué une onde de choc dans l’opinion publique.

Pour dénoncer cette violence et la circulation des armes à feu dans la métropole, quelque 500 personnes se sont rassemblées samedi dernier dans le quartier, selon la police de Montréal.

Le soleil radieux du début d’après-midi ce samedi tranchait avec l’ambiance lourde et la mine triste des centaines de personnes rassemblées derrière la bibliothèque, sur le terrain jouxtant le parc Jean-François Perreault fréquenté par les habitants de ce quartier multiculturel.

Selon les statistiques de la Ville de Montréal, en 2017, les personnes immigrantes constituaient 42 % de la population du quartier, dont 21 % sont des immigrants récents.

Les immigrants sont, pour la plupart, nés en Algérie (13 %), au Vietnam (10 %) ou en Italie (10 %).

La population du quartier âgée de plus de 15 ans compte 27 % de diplômés universitaires et le revenu médian des ménages s’élevait à 42 600 $ en 2015. Comparativement, le revenu médian des ménages de l’agglomération de Montréal s’établissait à 52 519 $ la même année.

Thomas Trudel, Jannai Dopwell-Bailey et Meriem Boundaoui

Thomas Trudel fréquentait l’école secondaire située à côté du lieu du rassemblement des jeunes, des parents et des citoyens de toutes les origines venus lui rendre hommage.

Deux adolescents tiennent deux pancartes au milieu d'une foule.

Des jeunes affichent leur refus de la violence et des armes lors de la marche à la mémoire de Thomas Trudel, 16 ans, tué dans le quartier Saint-Michel.

Photo : Radio Canada International / Samir Bendjafer

Selon ce que rapportait Radio-Canada, le jeune homme sans antécédents judiciaires pourrait avoir été abattu gratuitement (nouvelle fenêtre).

Rentrant chez lui en soirée, il aurait été interpellé par un individu dans la rue avec qui il aurait échangé quelques mots avant d'être atteint d'un coup de feu à la tête.

Munis de pancartes contre la violence et les armes à feu, les manifestants ont ensuite marché le long des 700 mètres qui séparent l’école de l’endroit où a été tué l’adolescent.

Une minute de silence a été observée sur le lieu du drame.

Le début du rassemblement organisé par le Forum Jeunesse de Saint-Michel a permis aux organisateurs ainsi qu’à des politiciens municipaux, provinciaux et fédéraux) de prendre la parole.

Le Forum est un organisme de promotion de l’implication citoyenne des jeunes du quartier.

Tout le monde a tenu à présenter ses condoléances à la famille et à dénoncer la violence et les armes à feu.

L’intervention de Pablo Rodriguez, ministre fédéral du Patrimoine, a été suivie d’un on veut de l’action très senti lancé par un participant.

Des jeunes ont aussi pris la parole, dont Abdellah Azzouz, un intervenant du Forum Jeunesse de Saint-Michel.

Il s’est adressé aux politiciens et aux personnalités publiques présentes à l’événement ou à ceux qui suivaient l’hommage à la télévision.

Pourquoi êtes-vous [les politiciens] là aujourd’hui ? Est-ce qu’il fallait un événement tragique pour que vous veniez? Prenez le temps de réfléchir et pensez à ce que vous avez mal fait ou pas fait pour qu’on se rende là aujourd’hui.
Une citation de Abdellah Azzouz, intervenant du Forum Jeunesse de Saint-Michel
Un homme avec un masque à côté d'un adolescent portant une pancarte.

Mohamed Mimoun (à droite)

Photo : Radio Canada International / Samir Bendjafer

Mohamed Mimoun, coordonnateur du Forum Jeunesse de Saint-Michel, a lui aussi pris la parole et a rappelé qu’il y a quelques mois nous avons organisé un hommage à Meriem Boundaoui. Nous aurions aimé ne pas organiser un autre hommage à un autre enfant.

Meriem Boundaoui, une adolescente de 15 ans, a été tuée le 7 février 2021 (nouvelle fenêtre) par une balle perdue lors d’une fusillade qui a éclaté dans le quartier limitrophe de Saint-Léonard. Elle a été enterrée en Algérie.

Plus récemment, le 18 octobre, un autre jeune, Jannai Dopwell-Bailey, a été poignardé à mort (nouvelle fenêtre) à côté de son école dans le quartier de Côte-des-Neiges–Notre-Dame-de-Grâce.

J’essaie d’être fort. Mais autour de moi, il y a beaucoup de colère et de peur chez les jeunes, a ajouté Mohamed Mimoun.

Pour lui, organiser cette marche et ce rassemblement, c’est d’abord en soutien à la famille et aux jeunes de l’école qui est à côté de nous et à tous les camarades de Thomas. Nous n’allons pas entrer dans un cercle vicieux de violence ou laisser s’installer un sentiment de vengeance ni un sentiment d’insécurité qui va inciter nos jeunes à aller encore vers les armes.

Il a énuméré les activités menées par les jeunes du quartier lors du confinement. Les jeunes de Saint-Michel ont réalisé de belles choses avec l’appui du milieu communautaire. Ils ont apporté du soutien informatique aux aînés pour leur permettre de rester connectés. Nous sommes un quartier solidaire et qui fait beaucoup de bonnes choses, a-t-il rappelé.

D’autres jeunes ont fait des achats et de la livraison pour les aînés et les familles du quartier. Ils ont aussi contribué à diffuser les documents, les affiches et les messages de la santé publique.

Saint-Michel n’est pas seul. Le phénomène de la violence et des armes ne concerne pas que Saint-Michel. Ça touche tous les quartiers de Montréal. Ça concerne tout le monde. Il y avait Meriem. Il y a Jannai dont nous avons célébré les funérailles hier [vendredi] et aujourd’hui nous sommes là pour Thomas.
Une citation de Mohamed Mimoun, coordinateur du Forum Jeunesse de Saint-Michel
Une femme au milieu d’une manifestation

Bochra Manaï, la commissaire à la lutte contre le racisme et la discrimination systémiques à Montréal, a participé à la marche contre la violence dans le quartier Saint-Michel.

Photo : Radio Canada International / Samir Bendjafer

Il appelle tout le monde, parents, intervenants et élus, à réfléchir à ce phénomène où l'on voit des jeunes qui veulent avoir accès aux armes et qui ont la gâchette facile pour enlever l’âme de quelqu’un.

Il déplore que certains jeunes manquent d’esprit critique et de recul pour savoir où est le danger et pour aller vers un adulte qui peut les accompagner face à certains problèmes.

Présente au rassemblement, la commissaire à la lutte contre le racisme et la discrimination systémiques à Montréal Bochra Manaï confirme en entrevue avec Radio Canada International (RCI) que la violence armée touche de plus en plus de territoires à Montréal.

Elle a rappelé que du temps où elle travaillait à Montréal-Nord, elle avait commencé à voir les effets de la prolifération des armes.

Je suis inquiète et tout le monde devrait l’être. N’importe quelle personne qui a un pouvoir en ce moment sur la vie des jeunes doit se mettre autour de la table pour parler des solutions, a ajouté Mme Manaï.

Tout en affirmant qu’il faut une sécurité publique pour tout le monde dans une ville, elle insiste pour que la sécurité publique se fasse sans discrimination et sans profilage. Pour moi, c’est très important.

Sur la question des armes, Bochra Manaï croit qu’il est important de faire des choses qui permettent de retirer les armes de la circulation. Mais, en même temps, il faut qu’il y ait des organismes qui travaillent à éviter que les jeunes aillent vers les armes.

Une femme au milieu d’une manifestation

Chahrazed Zadi, une résidente du quartier Saint-Michel, a participé à la marche contre la violence organisée dans son quartier.

Photo : Radio Canada International / Samir Bendjafer

Une idée que partage Chahrazed Zadi, une résidente du quartier et candidate aux dernières élections municipales dans le même district.

Pour elle, la solution est de travailler avec les jeunes pour qu’ils ne décrochent pas de l’école, du sport, entre autres.

Sa fille est une camarade de classe de l’adolescent assassiné. C’était son ami. Elle est sous le choc, affirme Chahrazed Zadi, qui dit qu’elle a peur pour ses enfants.

Une balle perdue aurait pu les atteindre eux aussi, explique celle qui affirme que depuis environ trois ans, nous avons commencé à entendre parler des armes à feu.

Malgré ce drame, elle ne compte pas déménager du quartier où elle réside depuis 10 ans. En plus, les loyers sont très chers ailleurs.

Note : ce reportage est également disponible en arabe

Samir Bendjafer

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