1. Accueil
  2. International
  3. Politique internationale

Vol PS752 : un rapport allègue que l’Iran a utilisé les passagers comme boucliers

Deux femmes se consolent avec en arrière-plan les portraits des victimes de l’écrasement du vol PS752.

Des proches des victimes s'étaient réunis à Kiev un an après l’écrasement du vol PS752, abattu par erreur par l’armée iranienne près de Téhéran.

Photo : Getty Images / GENYA SAVILOV

RCI

Dans leur propre rapport sur la destruction du vol PS752 abattu en Iran en janvier 2020, les familles des victimes allèguent que Téhéran a délibérément laissé son espace aérien ouvert pour utiliser des appareils civils et leurs passagers comme boucliers humains, dans l’éventualité d’une attaque des États-Unis.

Le 8 janvier 2020, deux missiles sol-air tirés par le Corps des Gardiens de la révolution islamique ont atteint le Boeing assurant le vol PS752 d'Ukraine International Airlines entre Téhéran et Kiev, peu après son décollage. Les 176 passagers à bord ont péri; il s’agissait en majorité de Canadiens et d’Iraniens, plusieurs ayant la double nationalité.

Insatisfaits du peu de réponses obtenues des différents gouvernements impliqués dans l’enquête, y compris celui du Canada, les familles des victimes ont mené pendant 17 mois leur propre investigation. Elles affirment avoir obtenu des enregistrements audio de hauts responsables iraniens et des résultats de tests menés sur des téléphones portables ayant appartenu aux victimes et retrouvés sur les lieux de l’écrasement. Les familles ont aussi consulté des militaires et experts en défense aérienne.

Le président de l’association représentant les familles des victimes du vol PS752, Hamed Esmaeilion, affirme que ces dernières sont reconnaissantes du travail effectué par ces gouvernements, mais qu'elles sont frustrées par le peu de progrès accomplis à ce jour pour obtenir justice de la part de l’Iran.

Les gouvernements, notamment celui du Canada, ont publié plusieurs rapports en ce qui concerne le vol PS752, mais ils ont une portée limitée, a écrit M. Esmaeilion, dont l’épouse et la fille de 9 ans sont mortes dans l’écrasement.

Une photo de famille posée sur une table.

Hamed Esmaeilion photographié avec son épouse Parisa Eghbalian et leur fille de neuf ans, Reera. La femme et la fillette ont péri dans l'écrasement du vol PS752.

Photo : CBC/Madeline McNair

Dans le rapport de 200 pages qu’elles ont rédigé, les familles des victimes disent croire que l’appareil a été abattu de manière intentionnelle et que de hauts responsables iraniens, et non une poignée de subalternes, comme l’affirme Téhéran, en sont responsables.

L’Association des familles des victimes du vol PS752 croit que le vol PS752 n’a pas été abattu à la suite d’une erreur humaine, ou à la suite de multiples erreurs dans le système de défense, comme l’affirme l’Iran, est-il écrit dans le rapport.

Dans leur rapport, les familles des victimes font valoir que l’Iran avait pris la décision de laisser son espace aérien ouvert le 8 janvier après que les forces iraniennes eurent lancé des missiles sur des bases en Irak où des troupes américaines étaient postées. L’Iran avait mené ces représailles après l'assassinat (nouvelle fenêtre), le 3 janvier précédent, de Qassem Soleimani, commandant de la force Al-Qods, unité d'élite des Gardiens de la révolution, par les États-Unis.

Aux plus hauts niveaux de l’appareil militaire, le gouvernement iranien a utilisé des vols civils comme boucliers humains contre de possibles attaques américaines, en choisissant délibérément de ne pas fermer son espace aérien.
Une citation de Extrait du rapport de l'association des familles

Le document cite de nombreux experts qui affirment que les systèmes de missiles et de défense utilisés par les forces iraniennes n’avaient pas pu confondre l’avion civil avec une cible hostile et qu’il n’était pas possible que le système de missiles ait pu être orienté dans la mauvaise direction, comme l’Iran l’a prétendu.

[…] La destruction de preuves, et les informations trompeuses de l’Iran, tout indique que le vol 752 de l’Ukraine International Airlines a été abattu de manière délibérée.
Une citation de Extrait du rapport

L'association des familles dit avoir obtenu des preuves selon lesquelles l'ADN prélevé sur certaines des dépouilles des victimes ne concordait pas avec leur identité comme établie par les autorités iraniennes.

Elle affirme aussi qu'un examen de certains appareils (portables, téléphones cellulaires et autres) retournés aux familles aurait montré qu'ils avaient été endommagés de manière délibérée après l'écrasement.

Vers une plainte indépendante

Les familles des victimes entendent s'appuyer sur leur rapport pour porter plainte, de manière indépendante, auprès de la Cour internationale de justice. Elles entendent aussi soutenir tout gouvernement qui portera l'affaire devant ce tribunal.

Le ministre des Transports du Canada, Omar Alghabra, a promis que le gouvernement passerait en revue le rapport de l'association des familles.

M. Alghabra a précisé à CBC que plusieurs faits concordaient avec ceux recueillis dans l'examen mené par les autorités canadiennes, mais que ces deux rapports en avaient des interprétations différentes.

Sur la base des éléments obtenus de diverses sources dont nous avons pris connaissance, nous n'avons pu trouver de preuve crédible [que l'avion] ait été ciblé de manière intentionnelle ou délibérée. Toutefois, il y a de plus en plus de preuves de négligence qui pourrait même atteindre un niveau criminel.
Une citation de Omar Alghabra, ministre des Transports du Canada

Mercredi, la ministre des Affaires étrangères du Canada, Mélanie Joly, et ses homologues de la Suède, de l’Ukraine et du Royaume-Uni, ont publié une déclaration commune pour exprimer leur profonde déception du fait que la République islamique d'Iran n'ait pas accepté [leurs] multiples demandes concernant la tenue d'une rencontre le 22 novembre 2021.

Nous rappelons à la République islamique d'Iran qu'elle doit s'acquitter de la responsabilité juridique internationale qui lui incombe de faire des réparations intégrales au groupe des pays concernés, et réitérons donc notre appel à négocier de bonne foi et à le faire avant la fin de cette année, exhorte le groupe international.

Vendredi, Mme Joly s’était entretenue avec son homologue britannique pour discuter de l'engagement du Canada et du Royaume-Uni à rechercher la justice en tenant l'Iran responsable.

Le groupe international soutient qu'il n'aura d'autre choix que d'envisager sérieusement d'autres actions et mesures pour résoudre cette question si l'Iran continue d'éviter de négocier avec lui.

Avec les informations d'Ashley Burke et Nahayat Tizhoosh, de CBC News

Avec les informations de CBC et Agence France-Presse.

À la une